Christa Suter est spécialiste des systèmes alimentaires et responsable du programme d’Action de Carême au Kenya. À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, elle nous explique pourquoi tant de personnes souffrent de la faim et présente quelques initiatives porteuses d’espoir. 

À travers le monde, une personne sur dix souffre de la faim. Pourquoi ce chiffre est-il si élevé? 

Chaque région a ses spécificités. Cependant, les changements climatiques affectent l’agriculture dans le monde entier et réduisent les récoltes. À cela viennent souvent s’ajouter des facteurs politiques et économiques. Tout le monde n’a pas les moyens de se procurer des aliments sains, de qualité et en quantité suffisante.Dans de nombreuses régions, les prix des céréales et d’autres denrées alimentaires ont explosé car les coûts de l’essence et de l’énergie ont eux aussi augmenté. Sans compter l’inflation, qui est bien plus forte dans les pays où Action de Carême est présente qu’en Suisse. Dans un tel contexte, les populations les plus démunies ne peuvent tout simplement pas subvenir à leurs besoins. 

« La situation de la faim dans de nombreux pays reste très préoccupante »

Fait positif, on estime que le nombre de personnes souffrant de la faim a baissé de près de 100millions par rapport à l’année dernière, atteignant un total de 700millions. Cela serait-il le signe d’une amélioration globale de la situation? 

Pas vraiment, car la situation reste dramatique. Alors que la faim a progressivement reculé depuis l’an 2000, nous assistons depuis 2015 à une stagnation des progrès, voire à une nouvelle aggravation de la faim pendant la pandémie de Covid-19. Les succès sont ponctuels, mais la situation de la faim dans de nombreux pays est toujours très préoccupante et personne n’est à l’abri. La faim peut avoir des répercussions tout au long de la vie, notamment sur le développement des enfants. Mais pas seulement: les femmes sont également fortement touchées car ce sont souvent elles qui se privent lorsque la nourriture vient à manquer. 

Dans les faits, est-il possible de produire suffisamment de nourriture pour le monde entier? 

Oui, en réalité, il y a assez de nourriture pour tout le monde, c’est surtout la répartition qui est injuste, tant entre le Sud et le Nord qu’à l’intérieur même des pays. À cela vient s’ajouter un énorme gaspillage alimentaire. La lutte contre la faim est davantage une question éthique. Il faudrait plutôt se demander si la communauté internationale est prête à remédier à cette situation injuste. 

Plus les gens produisent eux-mêmes leurs aliments, plus ils sont indépendants des prix élevés du marché.

Vous êtes également responsable du programme national d’Action de Carême au Kenya. Quelle est la situation dans ce pays? 

Dans l’ouest du Kenya, les agriculteurs et agricultrices ont pu récolter, mais une sécheresse a suivi. Lors de la deuxième saison de culture, il a de nouveau plu. Cependant, les précipitations ont été si violentes qu’elles ont causé des inondations dans de nombreuses régions du Kenya, alors que dans d’autres, les habitant·e·s attendent toujours la pluie. Dans le sud-est du pays, cinq saisons des pluies ont été anormalement absentes. Les agricultrices et agriculteurs ne possèdent pas de systèmes d’irrigation et vivent donc à la merci de la sécheresse. Par ailleurs, au Kenya la misère s’aggrave en raison de la hausse globale des prix. 

« Une approche importante consiste à encourager la mise en réseau des agricultrices et agriculteurs  »

Quelles sont les mesures mises en place par Action de Carême pour lutter contre la faim au Kenya? 

Nous donnons aux agricultrices et agriculteurs les moyens d’établir des systèmes alimentaires locaux, indépendants et plus résistants à la sécheresse. Il s’agit d’agroécologie, une approche qui consiste à mettre en place des méthodes agricoles adaptées aux conditions locales et respectueuses de l’environnement. Une approche importante est la mise en réseau des agricultrices et agriculteurs: nous les soutenons dans la formation de groupes de solidarité afin qu’ils et elles puissent s’aider mutuellement. Dans les projets d’Action de Carême au Kenya, nous dénombrons déjà 545 groupes de solidarité, qui réunissent un total plus de 10000 membres, dont trois quarts sont des femmes. Grâce à l’agroécologie, les familles paysannes parviennent à produire suffisamment d’aliments sains et à renforcer ainsi leur résistance aux changements climatiques, notamment la sécheresse. 

Grâce aux méthodes de culture agroécologiques, il est possible de produire suffisamment de nourriture malgré les sécheresses.

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À Madagascar, l’ombre menaçante de la crise climatique se dessine, oscillant entre des périodes de sécheresse et des pluies diluviennes associées à des cyclones dévastateurs. Ces phénomènes engendrent d’importantes pertes de récoltes dans le secteur agricole, comme le souligne notre coordinatrice de programme à Madagascar, Diary Ratsimanarihaja.

« Après trois années de sécheresse consécutives à Madagascar, ce sont deux cyclones, Batsirai et Emnati, qui ont ravagé le sud de l’île en février 2022. Dans le district de Betioky, la pluie n’a fait sa réapparition qu’en février et mars de cette année. Si les habitant·e·s se réjouissent de ces précipitations, ces dernières n’apportent toutefois pas les bienfaits escomptés. Les fortes pluies, en particulier celles qui ont accompagné les cyclones, ont en effet dévasté les champs. La principale culture de la région, le manioc, n’a ainsi produit aucun tubercule, certaines boutures ayant par ailleurs pourri à cause de l’excès d’eau. En outre, les semences de légumes que les paysan·ne·s n’ont pas pu utiliser pendant les trois années sans pluie, n’ont pas germé une fois mises en terre. Cet allongement des périodes de sécheresse est imputable au réchauffement climatique. Étant donné que le sud de Madagascar connaît un climat semi-aride, les précipitations y sont déjà rares « en temps normal ». À la suite de cette longue période d’absence de pluie, la situation ne s’est pas encore rétablie. De fait, en raison des semences périmées, les récoltes engrangées cette année ne suffisent toujours pas. Si la pluie vient aussi à manquer durant la prochaine période de culture, la population de la région s’exposera à un nouveau risque de famine.

Groupes de solidarité et agroécologie : deux approches clés

Pour prévenir ces difficultés, il est important de renforcer les groupes de solidarité afin de reconstituer les épargnes collectives. La formation aux techniques de culture agroécologiques est l’un des axes du programme Tsinjo Aina, soutenu par Action de Carême. Ces pratiques sont nos alliées dans l’amélioration de la résilience face aux conséquences des changements climatiques. Il s’agit de favoriser la diversification et l’association des cultures en vue de limiter l’incidence des insectes ravageurs et de garantir une alimentation variée aux familles paysannes.

L’eau, un bien précieux

L’expression « l’eau, source de vie » prend véritablement son sens dans la région : l’or bleu représente une ressource précieuse indispensable à l’agriculture. Grâce au projet Rano Aina, certains villages disposent de puits et de forages à proximité desquels les habitant·e·s peuvent mettre en pratique les techniques agroécologiques apprises lors des formations sur des champs communautaires. En plus de participer à la production de nourriture et de semences, ces parcelles offrent aussi une source de revenus d’appoint pour les membres des groupes de solidarité. Malheureusement, plusieurs de ces puits sont vétustes et endommagés. La réhabilitation des pompes améliorerait considérablement la résilience des paysan·ne·s, qui sont prêt·e·s à s’investir dans ce travail, par exemple en mettant à disposition de la main-d’œuvre ou en fournissant du sable et des gravillons. »

Depuis plus de 20 ans, les groupes de solidarité sont au cœur du travail d’Action de Carême et de ses organisations partenaires. Grâce à cette approche, la faim diminue de manière durable et à long terme. Apprenez-en plus ici.

Der Familienvater Etahery ist Mitglied einer Solidaritätsgruppe. Er hat agrarökologische Anbaumethoden angewendet, um verschiedene Gemüsesorten anzubauen.
Etahery, père de famille, est membre d'un groupe de solidarité. Il a utilisé des méthodes de culture agroécologiques pour cultiver différentes variétés de légumes.

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