La situation en Haïti reste dramatique : bien qu’un nouveau premier ministre ainsi qu’un conseil présidentiel de transition soient désormais en fonction, la capitale Port-au-Prince est toujours sous le contrôle de bandes criminelles. La situation d’approvisionnement sur l’île des Caraïbes devient de plus en plus précaire et met en danger la sécurité alimentaire de la population. C’est pourquoi Action de Carême a décidé d’octroyer une aide d’urgence aux personnes participant à ses projets.

Texte: Ralf Kaminski, rédacteur chez Action de Carême

Les organisations partenaires d’Action de Carême sont actives principalement dans les zones rurales du nord-ouest d’Haïti. Dans ces régions, les gens vivent souvent dans des conditions difficiles et pratiquent l’agriculture pour leur propre consommation. Bien qu’ils ne soient pas directement touchés par le terrorisme, ils ne sont pas pour autant épargnés par les pénuries d’approvisionnement provoquées par les bandes criminelles, qui bloquent le port de la capitale Port-au-Prince et les routes principales à travers le pays.

De plus, la République Dominicaine voisine ayant fermé ses frontières, de nombreux biens de consommation courante ne peuvent plus circuler. Au niveau local, le prix des semences a fortement augmenté. Ces complications génèrent une inflation galopante et entraînent une augmentation rapide de la pauvreté et de la faim.

La population a besoin d’aide

Action de Carême a ainsi décidé de soutenir quatre organisations partenaires avec une aide d’urgence ciblée aux personnes les plus pauvres participant à ses projets. L’aide consiste, d’une part, à distribuer des semences pour pouvoir planter et ensuite récolter des haricots, des pois ou des ignames, en contrant ainsi la pénurie d’aliments. D’autre part, il s’agit d’organiser et de rémunérer des travaux communautaires visant à améliorer les infrastructures. Ces initiatives incluent la réparation de canaux d’irrigation, la protection des champs contre l’érosion et des projets de reforestation.

Cela permet à ces personnes de combler temporairement le manque à gagner de la vente de produits agricoles, grandement entravée par les barrages routiers. Concernant les semences distribuées, elles proviennent de la région elle-même et peuvent donc être transportées sans grandes restrictions aux agricultrices et agriculteurs touchés. En revanche, une aide alimentaire directe avec des produits de l’extérieur serait logistiquement difficile à mettre en œuvre pour le moment

Action de Carême alloue près de 80 000 francs à l’aide d’urgence en Haïti. Afin de renforcer cette initiative, nous lançons un appel aux dons. Chaque contribution est essentielle pour soutenir les communautés touchées.

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Deux habitantes d'un village en Haïti.
Deux habitantes d'un village en Haïti.

Le conseil de transition doit organiser des élections

Bien qu’un conseil présidentiel de transition de neuf membres ait été instauré fin avril, remplaçant officiellement l’ancien Premier ministre intérimaire Ariel Henry, la situation sécuritaire en Haïti demeure critique. La cérémonie d’assermentation à Port-au-Prince s’est déroulée en secret, par crainte des attaques des gangs criminels qui contrôlent encore la capitale. Le conseil de transition, composé d’une femme et de huit hommes, représente les principaux partis politiques d’Haïti, ainsi que la société civile et les communautés religieuses. Il bénéficie du soutien des États-Unis et de la communauté caribéenne Caricom, et a pour mission de nommer un cabinet et d’organiser des élections. Le Conseil a déjà nommé un nouveau Premier ministre, Garry Conille, expert en développement et ancien directeur régional de l’Unicef pour l’Amérique latine. La semaine dernière, une délégation du Kenya sous l’égide de l’ONU est également arrivée en Haïti pour préparer et diriger une mission de sécurité. Jusqu’à 1000 officiers des forces de l’ordre seront déployés pour aider à combattre les gangs et stabiliser la situation sécuritaire dans le pays.

L’espoir que le chaos prenne fin

Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, la situation en Haïti est plus chaotique que jamais. À la fin février, la situation a escaladé lorsque des bandes armées ont pris le contrôle de la capitale. Les gouvernements étrangers ont depuis évacué des centaines de leurs citoyens. Rien que cette année, 2 500 personnes ont été tuées ou blessées, et environ 1,6 million de personnes sont menacées de famine.

« Il est toujours trop dangereux de quitter Port-au-Prince », déclare le coordinateur d’Action de Carême, qui vit dans une banlieue de la capitale et travaille depuis son domicile depuis des semaines. Toutefois, il reste confiant que la situation sécuritaire s’améliorera encore cette année. « Pour cela, il est essentiel que le conseil de transition assure la sécurité dans le pays et organise des élections transparentes. » Une aide économique substantielle de l’extérieur sera également nécessaire, et il va falloir redonner des perspectives à la population. « Les processus décisionnels au sein du conseil prendront certainement du temps. Mais comme toutes les forces politiques importantes y sont représentées, il y a espoir que les blocages actuels puissent être surmontés. »

Paysan au travail.
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 Action de Carême est présente dans quatorze pays du Sud afin d’apporter son aide aux personnes les plus démunies. Cependant, dans certaines régions, les conflits, le terrorisme ou les troubles politiques peuvent compliquer cette mission. De plus, les crises prolongées, souvent ignorées par l’opinion publique, accentuent la complexité de la situation.

Texte : Ralf Kaminski, rédacteur chez Action de Carême

À l’échelle mondiale, les crises, les conflits et les guerres ne captent que peu l’attention du grand public. Actuellement, les médias mettent principalement en lumière des situations telles que celles en Ukraine et à Gaza, reléguant ainsi au second plan des dizaines d’autres régions en proie à des conflits qui restent largement méconnus.

C’est le cas notamment de la République démocratique du Congo (RDC), où Action de Carême œuvre pour améliorer les conditions alimentaires de pas moins de 16 000 personnes à travers treize projets. Malgré ses vastes réserves de matières premières, la RDC, deuxième pays le plus étendu d’Afrique – 56 fois la superficie de la Suisse –, figure parmi les plus pauvres du monde. Près de sept millions de personnes y vivent déplacées à l’intérieur du pays, en particulier dans l’est.

RDC : bientôt trente ans de violences

En RDC, près de 200 groupes armés se disputent des territoires, principalement pour le contrôle des précieuses ressources naturelles. L’injustice et la violence sont monnaie courante et entraînent chaque jour la perte de vies humaines. De plus, une grande partie de la population est confrontée à la faim, exacerbant ainsi les souffrances.

Pendant près de 30 ans, les conflits et les guerres civiles se sont enchaînés en RDC, reléguant ses souffrances au second plan de l’attention mondiale. Seuls quelques événements, comme ceux qui ont touché Haïti en mars dernier, sont parvenus à briser cette indifférence. En effet, cet État insulaire des Caraïbes est aux prises, depuis plusieurs décennies, avec des crises récurrentes.

 

Haïti en proie à l’anarchie

Action de Carême s’engage en Haïti pour garantir la sécurité alimentaire de près de 8000 personnes à travers dix projets. Ce pays, parmi les plus démunis au monde, est actuellement en proie à une absence de gouvernement et de structures autoritaires fonctionnelles. Une véritable anarchie règne, notamment à Port-au-Prince, où des groupes armés contrôlent une grande partie de la ville depuis que le Premier ministre par intérim a démissionné sous la pression de ces bandes en mars dernier.

Bien que cette crise ait brièvement attiré l’attention des médias sur le pays, il reste largement négligé le reste du temps. Pourtant, les statistiques sont alarmantes : près de 3000 enlèvements et environ 5000 décès liés à la guerre des gangs ont été recensés rien qu’en 2023. En conséquence, 314 000 personnes ont déjà fui les violences et les pillages, tandis que plus de quatre millions de personnes, soit 43% de la population, dépendent de l’aide humanitaire.

Le Congo est riche en matières premières précieuses comme le cobalt.

Un travail efficace malgré le terrorisme et la corruption

D’autres conflits, souvent oubliés, continuent de secouer les pays où nous sommes actifs : au Burkina Faso, des attaques terroristes djihadistes se multiplient; dans certaines régions des Philippines, des groupes musulmans luttent depuis des décennies pour l’indépendance ou davantage d’autonomie; en Colombie, bien qu’un récent cessez-le-feu ait été conclu entre l’un des principaux groupes de guérilla et le gouvernement, d’autres factions armées, des dissidents et des gangs criminels continuent de semer la violence. Au nord du Kenya, se trouvent les deux plus grands camps de réfugiés au monde, accueillant plus de 600 000 personnes déplacées par les conflits dans la région.

Malgré la corruption endémique dans plusieurs pays où Action de Carême est active, avec une élite gouvernementale détournant souvent les ressources naturelles au détriment de la population, notre organisation et ses partenaires sur le terrain parviennent à faire une réelle différence. Dans ces conditions difficiles, nous continuons à améliorer la sécurité alimentaire des personnes les plus vulnérables.

Pour mieux comprendre ces crises oubliées à travers le monde, prenons un instant pour examiner de plus près la situation en Haïti et en République démocratique du Congo. Nous allons explorer le contexte de ces conflits et démontrer comment nos partenaires locaux parviennent à réaliser leurs projets malgré les défis rencontrés.

Pour en savoir plus sur l’origine de la crise en RDC, cliquez ici.

Pour en savoir plus sur l’impact de crises en RDC sur notre travail, cliquez ici.

En Haïti, malgré la situation difficile, nos projets assurent l'alimentation de 8000 personnes.

Depuis les premiers affrontements en 1996, le conflit en RDC a causé la perte de pas moins de six millions de vies. À l’origine des violences se trouve le génocide de 1994 au Rwanda voisin. Aujourd’hui, ce sont principalement les intérêts économiques – et le manque d’engagement de la communauté internationale – qui alimentent le conflit.

Texte : Ralf Kaminski, rédacteur chez Action de Carême

Cela fait près de trois décennies que différents groupes s’affrontent dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), pour diverses raisons. Le résultat est alarmant : environ 6 millions de personnes ont perdu la vie et plus de 6,5 millions ont été déplacées dans le pays, dont 500 000 rien qu’en 2023. Un quart de la population, soit environ 100 millions de personnes, souffre de la faim et de la malnutrition.

Les causes de la crise actuelle sont multiples. « L’est du pays regorge de minerais précieux qui suscitent les convoitises extérieures », explique Germain Nyembo, coordinateur d’Action de Carême en RDC, qui œuvre également depuis plusieurs années pour des projets de paix dans l’est du Congo. « À cela s’ajoutent des problèmes de mauvaise gouvernance, de corruption institutionnalisée, de violence et de discriminations en tout genre, sans compter l’absence de dialogue ouvert avec les pays voisins, qui s’approprient les ressources de notre pays tout en soutenant des groupes armés. »

Dans la capitale provinciale Goma, des centaines de milliers de personnes déplacées vivent dans des camps de tentes.
Dans la capitale provinciale Goma, des centaines de milliers de personnes déplacées vivent dans des camps de tentes.

Rivalités entre Hutus et Tutsis

Sur le plan historique, en revanche, ce sont les rivalités entre Hutus et Tutsis qui sont à l’origine de la crise. La colonisation belge de la RDC qui, selon des estimations, avait déjà couté la vie à plus de dix millions de personnes, a également exacerbé les tensions entre les deux ethnies. En 1994, ces tensions ont dégénéré en un génocide au Rwanda, pays voisin de la RDC. Durant cette tragédie, des Hutus extrémistes ont massacré plus de 800 000 Tutsis et Hutus modérés en l’espace de trois mois. Près de deux millions de Hutus ont fui vers la République du Zaïre (l’ancien nom de la RDC) pour se réfugier dans des camps situés dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Le conflit rwandais s’est propagé au pays voisin, déclenchant deux guerres majeures où certains pays voisins ont soutenu la RDC tandis que d’autres ont appuyé le nouveau gouvernement rwandais dirigé par le président Paul Kagame. Ce dernier a toujours affirmé que son pays était menacé par les milices extrémistes hutues opérant dans l’est du Congo.

Bien que la Deuxième Guerre du Congo se soit terminée en 2002 par un accord de paix, la situation à l’est du pays demeure instable. De nouveaux groupes rebelles ont émergé rapidement. Le plus connu, le M23, principalement composé de Tutsis, a acquis une importance politique à partir de 2012. Étant donné que, selon les analyses de l’ONU, le M23 est soutenu par le gouvernement rwandais, les relations entre les deux pays demeurent tendues encore aujourd’hui.

Des matières premières précieuses qui suscitent les convoitises

Outre une situation politique complexe, les intérêts économiques ont gagné en importance à partir des années 2000, venant encore aggraver la crise. En effet, le sol de la RDC renferme les plus grandes réserves au monde de terres et métaux rares, tels que le cobalt, le coltan, le cuivre, l’uranium ou le zinc, indispensables à la production de smartphones, d’ordinateurs et de voitures électriques. Des ressources naturelles précieuses que l’on trouve principalement dans l’est du pays. Aux diverses parties prenantes locales qui veulent tirer parti de ces ressources, viennent s’ajouter des intérêts commerciaux internationaux.

Initialement, ce sont principalement des groupes américains qui détenaient les mines, mais aujourd’hui, les entreprises chinoises sont largement dominantes. L’entreprise suisse Glencore exploite également deux importantes mines dans le pays. L’armée congolaise est intervenue à plusieurs reprises pour protéger les intérêts commerciaux chinois. En retour, la Chine aide le gouvernement congolais à lutter contre les groupes rebelles locaux en lui fournissant des drones et d’autres armes. De plus, des allégations de corruption, notamment impliquant la Chine, ont émergé, suggérant que des pots-de-vin auraient été versés au gouvernement Kabila pour obtenir des droits miniers en RDC.

Fin 2021, le conflit avec le Rwanda a repris de plus belle après quelques années d’accalmie lorsque le groupe M23 a pris le contrôle d’une grande partie du Nord-Kivu – avec le soutien financier et logistique du Rwanda, selon le gouvernement congolais et l’ONU. De son côté, le gouvernement congolais est accusé d’apporter de nouveau son soutien aux Hutus extrémistes. Parallèlement, le Rwanda et d’autres pays voisins qui soutiennent les milices au Congo ont des intérêts financiers dans les mines en RDC.

Germain Nyembo: « Cette situation nous semble profondément injuste »

Le Congo est riche en matières premières précieuses, comme le cobalt ou le zinc, qui sont nécessaires à la transition énergétique.
Le Congo est riche en matières premières précieuses, comme le cobalt ou le zinc, qui sont nécessaires à la transition énergétique.

Quid de la communauté internationale ?

Un nouvel acteur s’est récemment ajouté à la dynamique déjà complexe de l’est de la RDC : l’organisation État islamique. Jusqu’à présent, toutes les tentatives pour instaurer un cessez-le-feu durable entre les groupes rivaux ont échoué. Malgré cela, Germain Nyembo garde espoir en une amélioration de la situation. « Des efforts diplomatiques sont en cours, tant au niveau régional qu’international, pour trouver une résolution à la crise », explique-t-il. « Il est crucial d’engager un dialogue sincère avec le Rwanda et l’Ouganda, avec l’implication de la communauté internationale. » Cependant, cette dernière est actuellement absorbée par d’autres crises, notamment en Ukraine et au Proche-Orient.

« Cette situation nous semble profondément injuste », ajoute Germain. « Alors que le monde entier condamne l’agression russe en Ukraine, peu semblent se soucier des nombreux décès, déplacements forcés et violences faites aux femmes dans l’est du Congo. S’agit-il d’un cas de traitement inégal ? » Germain craint même qu’il y ait un complot visant à diviser le pays, car cette situation arrange certains acteurs de la communauté internationale, y compris des multinationales opérant depuis le Rwanda et l’Ouganda.

« Ce qui manque avant tout, c’est une volonté politique », déplore Germain. « À la tête de régimes profondément antidémocratiques, les personnes dirigeantes sont motivées par le pouvoir et les richesses tirées des ressources naturelles du Congo. Elles devraient promouvoir le dialogue et la coexistence pacifique entre nos nations, mais cela nécessiterait un soutien accru de la part de la communauté internationale. Car, au final, seule une solution politique permettra d’apaiser durablement le conflit. »

En RDC, Action de Carême travaille en partenariat avec des organisations locales afin de réduire durablement la faim. Dans le cadre de nos projets, nous assurons l’alimentation de 16 000 Congolaises et Congolais. Souhaitez-vous faire un don pour soutenir notre engagement en RDC et toucher encore plus de personnes ?

Germain Nyembo, coordinateur local de Fastenaktion au Congo, souhaite davantage de solidarité internationale.
Germain Nyembo, coordinateur local de Fastenaktion au Congo, souhaite davantage de solidarité internationale.