Action de Carême est présente dans quatorze pays du Sud afin d’apporter son aide aux personnes les plus démunies. Cependant, dans certaines régions, les conflits, le terrorisme ou les troubles politiques peuvent compliquer cette mission. De plus, les crises prolongées, souvent ignorées par l’opinion publique, accentuent la complexité de la situation.

Texte : Ralf Kaminski, rédacteur chez Action de Carême

À l’échelle mondiale, les crises, les conflits et les guerres ne captent que peu l’attention du grand public. Actuellement, les médias mettent principalement en lumière des situations telles que celles en Ukraine et à Gaza, reléguant ainsi au second plan des dizaines d’autres régions en proie à des conflits qui restent largement méconnus.

C’est le cas notamment de la République démocratique du Congo (RDC), où Action de Carême œuvre pour améliorer les conditions alimentaires de pas moins de 16 000 personnes à travers treize projets. Malgré ses vastes réserves de matières premières, la RDC, deuxième pays le plus étendu d’Afrique – 56 fois la superficie de la Suisse –, figure parmi les plus pauvres du monde. Près de sept millions de personnes y vivent déplacées à l’intérieur du pays, en particulier dans l’est.

RDC : bientôt trente ans de violences

En RDC, près de 200 groupes armés se disputent des territoires, principalement pour le contrôle des précieuses ressources naturelles. L’injustice et la violence sont monnaie courante et entraînent chaque jour la perte de vies humaines. De plus, une grande partie de la population est confrontée à la faim, exacerbant ainsi les souffrances.

Pendant près de 30 ans, les conflits et les guerres civiles se sont enchaînés en RDC, reléguant ses souffrances au second plan de l’attention mondiale. Seuls quelques événements, comme ceux qui ont touché Haïti en mars dernier, sont parvenus à briser cette indifférence. En effet, cet État insulaire des Caraïbes est aux prises, depuis plusieurs décennies, avec des crises récurrentes.

 

Haïti en proie à l’anarchie

Action de Carême s’engage en Haïti pour garantir la sécurité alimentaire de près de 8000 personnes à travers dix projets. Ce pays, parmi les plus démunis au monde, est actuellement en proie à une absence de gouvernement et de structures autoritaires fonctionnelles. Une véritable anarchie règne, notamment à Port-au-Prince, où des groupes armés contrôlent une grande partie de la ville depuis que le Premier ministre par intérim a démissionné sous la pression de ces bandes en mars dernier.

Bien que cette crise ait brièvement attiré l’attention des médias sur le pays, il reste largement négligé le reste du temps. Pourtant, les statistiques sont alarmantes : près de 3000 enlèvements et environ 5000 décès liés à la guerre des gangs ont été recensés rien qu’en 2023. En conséquence, 314 000 personnes ont déjà fui les violences et les pillages, tandis que plus de quatre millions de personnes, soit 43% de la population, dépendent de l’aide humanitaire.

Le Congo est riche en matières premières précieuses comme le cobalt.

Un travail efficace malgré le terrorisme et la corruption

D’autres conflits, souvent oubliés, continuent de secouer les pays où nous sommes actifs : au Burkina Faso, des attaques terroristes djihadistes se multiplient; dans certaines régions des Philippines, des groupes musulmans luttent depuis des décennies pour l’indépendance ou davantage d’autonomie; en Colombie, bien qu’un récent cessez-le-feu ait été conclu entre l’un des principaux groupes de guérilla et le gouvernement, d’autres factions armées, des dissidents et des gangs criminels continuent de semer la violence. Au nord du Kenya, se trouvent les deux plus grands camps de réfugiés au monde, accueillant plus de 600 000 personnes déplacées par les conflits dans la région.

Malgré la corruption endémique dans plusieurs pays où Action de Carême est active, avec une élite gouvernementale détournant souvent les ressources naturelles au détriment de la population, notre organisation et ses partenaires sur le terrain parviennent à faire une réelle différence. Dans ces conditions difficiles, nous continuons à améliorer la sécurité alimentaire des personnes les plus vulnérables.

Pour mieux comprendre ces crises oubliées à travers le monde, prenons un instant pour examiner de plus près la situation en Haïti et en République démocratique du Congo. Nous allons explorer le contexte de ces conflits et démontrer comment nos partenaires locaux parviennent à réaliser leurs projets malgré les défis rencontrés.

Pour en savoir plus sur l’origine de la crise en RDC, cliquez ici.

Pour en savoir plus sur l’impact de crises en RDC sur notre travail, cliquez ici.

En Haïti, malgré la situation difficile, nos projets assurent l'alimentation de 8000 personnes.

Ce site web utilise des cookies pour assurer son bon fonctionnement. Ils nous permettent d'analyser les intérêts de nos utilisatrices et utilisateurs afin d’améliorer nos contenus et vos possibilités de dons. Les données recueillies ne sont utilisées ni par nous ni par nos partenaires pour vous identifier ou vous contacter. En savoir plus

Malgré la persistance du conflit et des affrontements dans le pays, les organisations partenaires d’Action de Carême fournissent un travail efficace sur le terrain. Cependant, la crise est très éprouvante pour la population et rien ne peut être entrepris sans mesures de sécurité.

Texte : Ralf Kaminski, rédacteur à Action de Carême

Depuis 1962, Action de Carême est active en République démocratique du Congo (RDC), anciennement appelée Zaïre jusqu’en 1997. Aujourd’hui, nous travaillons en collaboration avec 13 organisations partenaires dans le pays. Ensemble, nous luttons contre la faim et la pauvreté, promouvons l’alphabétisation et une alimentation saine, réduisons l’endettement, plaidons en faveur d’une exploitation responsable des ressources naturelles et œuvrons pour améliorer l’égalité des genres.

En 2023, près de 13 000 personnes ont ainsi pu bénéficier d’une alimentation plus saine et en plus grandes quantités, dont 55 % de femmes, pour lesquelles les conditions se sont grandement améliorées. Dans le pays, il existe 649 groupes de solidarités qui accordent de petits prêts à des taux d’intérêts très faibles à leurs membres et cultivent ensemble des parcelles de terre ainsi que des étangs de pêche. De plus, l’année dernière, nous avons signé des accords avec diverses entreprises pour investir les revenus miniers dans des projets sociaux communautaires.

Déplacements limités dans le pays

Bien que nous ne menions pas de projets dans l’est du pays, une région convoitée par divers groupes, la situation instable et imprévisible de cette zone a également un impact sur notre travail. « Partout, les habitants et les habitantes suivent les violences qui sévissent dans l’est du pays, ce qui engendre du stress et des traumatismes », explique Germain Nyembo, coordinateur d’Action de Carême en RDC. « Nous sommes toutes et tous concerné·e·s par cette situation, tout comme une blessure au bras affecte le bien-être général du corps. »

Sans compter l’insécurité croissante dans d’autres régions du pays au cours des dernières années. « Les affrontements entre les milices Mobondo et les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans les provinces de Mai-Ndombe et de Kwango, à l’ouest, réduisent notre rayon d’action », explique Germain. En effet, les combats ont entraîné des déplacements de populations vers les régions voisines, notamment vers le Kwilu et Kinshasa. « L’année dernière, nous avons dû reporter ou suspendre à plusieurs reprises des missions de conseil aux côtés de nos partenaires au Kwilu en raison de problèmes de sécurité. » Aujourd’hui encore, certains tronçons peuvent être dangereux. « Il s’y produit des attaques sporadiques, d’où l’importance de ne pas voyager de nuit. »

Des habitantes du village de Lokolo montrent fièrement leur certificat d'alphabétisation lors de la Journée mondiale de la femme.

Anxiété et troubles du sommeil

Le conflit a également des conséquences pratiques sur la vie des habitant·e·s : les fonctionnaires subissent des retards de paiement en raison de dépenses imprévues liées à la gestion des conflits. La liberté de mouvement des commerçant·e·s et des consommatrices  et consommateurs est limitée. Sans compter la dévaluation de la monnaie congolaise, qui augmente les prix du carburant, des vêtements et des denrées alimentaires.

Ce contexte de crise est avant tout source d’une grande insécurité, y compris dans les projets d’Action de Carême. « Nous vivons dans l’incertitude, nous ne savons pas de quoi demain sera fait », explique Germain. « Beaucoup de gens ont des troubles du sommeil et craignent que les conflits et les affrontements ne s’étendent à d’autres régions. » Les chef·fe·s de projet sont eux et elles aussi soumi·se·s à de fortes pressions psychologiques, ce qui les prive d’une force et d’une énergie précieuses qu’ils et elles pourraient dédier à leur travail en période de stabilité.

Le retrait seulement en dernier recours

Des mesures de sécurité concrètes ont été prises pour assurer le travail au quotidien. Ainsi, les itinéraires sont tenus secrets ou modifiés à la dernière minute, et certaines visites peuvent être tout simplement annulées. Dans les régions où la situation est critique, nos partenaires locaux s’efforcent d’entretenir de bonnes relations avec les autorités. « Pour pouvoir travailler en sécurité, il est essentiel que nos actions sur le terrain soient acceptées », indique Germain.

Des mesures complémentaires peuvent également être envisagées si la situation vient à s’aggraver. « Par exemple, être accompagné·e·s par des agent·e·s de sécurité armé·e·s lors de nos déplacements, ou se retirer d’une zone si la situation y devient trop dangereuse. » Toutefois, le retrait n’est envisagé qu’en dernier recours, et il n’a jamais été nécessaire jusqu’à présent. « Malheureusement, nous devons constamment surveiller la situation en matière de sécurité, en particulier avant de nous rendre dans des zones dangereuses. » 

Pour en savoir plus sur l’origine de la crise en RDC, cliquez ici.

En RDC, Action de Carême travaille en partenariat avec des organisations locales afin de réduire durablement la faim. Dans le cadre de nos projets, nous assurons l’alimentation de 16 000 Congolaises et Congolais. Souhaitez-vous faire un don pour soutenir notre engagement en RDC et toucher encore plus de personnes ?

Germain Nyembo rapporte que de nombreuses personnes au Congo craignent une extension des conflits et des combats à d'autres régions du pays.
Germain Nyembo rapporte que de nombreuses personnes au Congo craignent une extension des conflits et des combats à d'autres régions du pays.

Depuis les premiers affrontements en 1996, le conflit en RDC a causé la perte de pas moins de six millions de vies. À l’origine des violences se trouve le génocide de 1994 au Rwanda voisin. Aujourd’hui, ce sont principalement les intérêts économiques – et le manque d’engagement de la communauté internationale – qui alimentent le conflit.

Texte : Ralf Kaminski, rédacteur chez Action de Carême

Cela fait près de trois décennies que différents groupes s’affrontent dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), pour diverses raisons. Le résultat est alarmant : environ 6 millions de personnes ont perdu la vie et plus de 6,5 millions ont été déplacées dans le pays, dont 500 000 rien qu’en 2023. Un quart de la population, soit environ 100 millions de personnes, souffre de la faim et de la malnutrition.

Les causes de la crise actuelle sont multiples. « L’est du pays regorge de minerais précieux qui suscitent les convoitises extérieures », explique Germain Nyembo, coordinateur d’Action de Carême en RDC, qui œuvre également depuis plusieurs années pour des projets de paix dans l’est du Congo. « À cela s’ajoutent des problèmes de mauvaise gouvernance, de corruption institutionnalisée, de violence et de discriminations en tout genre, sans compter l’absence de dialogue ouvert avec les pays voisins, qui s’approprient les ressources de notre pays tout en soutenant des groupes armés. »

Dans la capitale provinciale Goma, des centaines de milliers de personnes déplacées vivent dans des camps de tentes.
Dans la capitale provinciale Goma, des centaines de milliers de personnes déplacées vivent dans des camps de tentes.

Rivalités entre Hutus et Tutsis

Sur le plan historique, en revanche, ce sont les rivalités entre Hutus et Tutsis qui sont à l’origine de la crise. La colonisation belge de la RDC qui, selon des estimations, avait déjà couté la vie à plus de dix millions de personnes, a également exacerbé les tensions entre les deux ethnies. En 1994, ces tensions ont dégénéré en un génocide au Rwanda, pays voisin de la RDC. Durant cette tragédie, des Hutus extrémistes ont massacré plus de 800 000 Tutsis et Hutus modérés en l’espace de trois mois. Près de deux millions de Hutus ont fui vers la République du Zaïre (l’ancien nom de la RDC) pour se réfugier dans des camps situés dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Le conflit rwandais s’est propagé au pays voisin, déclenchant deux guerres majeures où certains pays voisins ont soutenu la RDC tandis que d’autres ont appuyé le nouveau gouvernement rwandais dirigé par le président Paul Kagame. Ce dernier a toujours affirmé que son pays était menacé par les milices extrémistes hutues opérant dans l’est du Congo.

Bien que la Deuxième Guerre du Congo se soit terminée en 2002 par un accord de paix, la situation à l’est du pays demeure instable. De nouveaux groupes rebelles ont émergé rapidement. Le plus connu, le M23, principalement composé de Tutsis, a acquis une importance politique à partir de 2012. Étant donné que, selon les analyses de l’ONU, le M23 est soutenu par le gouvernement rwandais, les relations entre les deux pays demeurent tendues encore aujourd’hui.

Des matières premières précieuses qui suscitent les convoitises

Outre une situation politique complexe, les intérêts économiques ont gagné en importance à partir des années 2000, venant encore aggraver la crise. En effet, le sol de la RDC renferme les plus grandes réserves au monde de terres et métaux rares, tels que le cobalt, le coltan, le cuivre, l’uranium ou le zinc, indispensables à la production de smartphones, d’ordinateurs et de voitures électriques. Des ressources naturelles précieuses que l’on trouve principalement dans l’est du pays. Aux diverses parties prenantes locales qui veulent tirer parti de ces ressources, viennent s’ajouter des intérêts commerciaux internationaux.

Initialement, ce sont principalement des groupes américains qui détenaient les mines, mais aujourd’hui, les entreprises chinoises sont largement dominantes. L’entreprise suisse Glencore exploite également deux importantes mines dans le pays. L’armée congolaise est intervenue à plusieurs reprises pour protéger les intérêts commerciaux chinois. En retour, la Chine aide le gouvernement congolais à lutter contre les groupes rebelles locaux en lui fournissant des drones et d’autres armes. De plus, des allégations de corruption, notamment impliquant la Chine, ont émergé, suggérant que des pots-de-vin auraient été versés au gouvernement Kabila pour obtenir des droits miniers en RDC.

Fin 2021, le conflit avec le Rwanda a repris de plus belle après quelques années d’accalmie lorsque le groupe M23 a pris le contrôle d’une grande partie du Nord-Kivu – avec le soutien financier et logistique du Rwanda, selon le gouvernement congolais et l’ONU. De son côté, le gouvernement congolais est accusé d’apporter de nouveau son soutien aux Hutus extrémistes. Parallèlement, le Rwanda et d’autres pays voisins qui soutiennent les milices au Congo ont des intérêts financiers dans les mines en RDC.

Germain Nyembo: « Cette situation nous semble profondément injuste »

Le Congo est riche en matières premières précieuses, comme le cobalt ou le zinc, qui sont nécessaires à la transition énergétique.
Le Congo est riche en matières premières précieuses, comme le cobalt ou le zinc, qui sont nécessaires à la transition énergétique.

Quid de la communauté internationale ?

Un nouvel acteur s’est récemment ajouté à la dynamique déjà complexe de l’est de la RDC : l’organisation État islamique. Jusqu’à présent, toutes les tentatives pour instaurer un cessez-le-feu durable entre les groupes rivaux ont échoué. Malgré cela, Germain Nyembo garde espoir en une amélioration de la situation. « Des efforts diplomatiques sont en cours, tant au niveau régional qu’international, pour trouver une résolution à la crise », explique-t-il. « Il est crucial d’engager un dialogue sincère avec le Rwanda et l’Ouganda, avec l’implication de la communauté internationale. » Cependant, cette dernière est actuellement absorbée par d’autres crises, notamment en Ukraine et au Proche-Orient.

« Cette situation nous semble profondément injuste », ajoute Germain. « Alors que le monde entier condamne l’agression russe en Ukraine, peu semblent se soucier des nombreux décès, déplacements forcés et violences faites aux femmes dans l’est du Congo. S’agit-il d’un cas de traitement inégal ? » Germain craint même qu’il y ait un complot visant à diviser le pays, car cette situation arrange certains acteurs de la communauté internationale, y compris des multinationales opérant depuis le Rwanda et l’Ouganda.

« Ce qui manque avant tout, c’est une volonté politique », déplore Germain. « À la tête de régimes profondément antidémocratiques, les personnes dirigeantes sont motivées par le pouvoir et les richesses tirées des ressources naturelles du Congo. Elles devraient promouvoir le dialogue et la coexistence pacifique entre nos nations, mais cela nécessiterait un soutien accru de la part de la communauté internationale. Car, au final, seule une solution politique permettra d’apaiser durablement le conflit. »

En RDC, Action de Carême travaille en partenariat avec des organisations locales afin de réduire durablement la faim. Dans le cadre de nos projets, nous assurons l’alimentation de 16 000 Congolaises et Congolais. Souhaitez-vous faire un don pour soutenir notre engagement en RDC et toucher encore plus de personnes ?

Germain Nyembo, coordinateur local de Fastenaktion au Congo, souhaite davantage de solidarité internationale.
Germain Nyembo, coordinateur local de Fastenaktion au Congo, souhaite davantage de solidarité internationale.

Avec le soutien d’une organisation partenaire d’Action de Carême, deux agronomes ont créé des étangs de pêche pour des communautés villageoises en République démocratique du Congo. Ceux-ci permettent non seulement aux éleveurs et éleveuses d’améliorer leur alimentation, mais aussi de percevoir des revenus supplémentaires grâce à la vente de poissons.

Il faut environ quatre à cinq bassins pour nourrir les habitant·e·s de six villages et élever suffisamment de poissons pour assurer une commercialisation rentable. « Les piscicultrices et pisciculteurs constituent désormais d’importants fournisseurs pour leurs communautés et sur les marchés locaux, et de plus en plus d’agriculteurs et agricultrices suivent désormais leur exemple », explique l’agronome Bruno Tshiayenyi qui, avec son collègue Daniel Katende, a contribué à ce développement durable aux retombées très positives pour la communauté locale.

Étangs, digues et protection contre les prédateurs

Avec le soutien de Coobidiep, organisation partenaire d’Action de Carême, les deux agronomes ont pu élaborer le concept d’étangs de pêche dans des communautés villageoises de la région de Kamutanga, dans le sud-ouest de la République démocratique du Congo. « Il existait déjà des bassins, mais ceux-ci étaient si petits qu’ils permettaient à peine d’assurer les besoins des pêcheurs et pêcheuses », explique Bruno Tshiayenyi. « Il s’agissait globalement de trous informes dans le sol. »

Les bassins actuels sont plus grands, plus profonds et permettent d’accueillir beaucoup plus de poissons. Les deux agronomes ont formé les producteurs et productrices à l’aménagement des étangs, à la fertilisation de l’eau, et à l’introduction ainsi qu’à l’élevage de poissons. Il s’agit notamment d’aménager des digues, des tuyaux de drainage et de débordement, des canaux ainsi que des infrastructures pour protéger les poissons des prédateurs. « La rotation des cultures est également très importante », indique Bruno Tshiayenyi. « Celle-ci est coordonnée de manière à assurer une rotation entre les bassins pour qu’il y ait toujours suffisamment de poissons. »

« Enfin, les étangs permettent de créer des emplois et ainsi de réduire le chômage des jeunes, ce qui permet de lutter contre l’exode rural »

De nombreux avantages pour les communautés locales

La pisciculture est d’autant plus avantageuse pour les communautés paysannes que le réchauffement climatique rend la météo plus imprévisible, ce qui augmente le risque de pertes de récoltes. Les revenus générés par la vente de poissons permettent aux habitant·e·s d’améliorer leur habitat, d’étendre leur accès aux soins de santé primaire et de financer la scolarité de leurs enfants, parfois jusqu’à l’université. De plus, la pisciculture aide à améliorer l’alimentation, et par conséquent la santé de la population. 

« Enfin, les étangs permettent de créer des emplois et ainsi de réduire le chômage des jeunes, ce qui permet de lutter contre l’exode rural », explique Bruno Tshiayenyi. « De cette manière, nous avons pu améliorer les conditions de vie des habitant·e·s à de nombreux égards, et leur offrir de nouvelles perspectives. »

Malgré la richesse de son sous-sol, la République démocratique du Congo est l’un des pays les plus pauvres du monde. Dans ses projets, Action de Carême met l’accent sur une sécurité alimentaire durable. Apprenez-en plus sur le programme du pays ici.

La pisciculture permet aux communautés paysannes de résister aux mauvaises récoltes, plus fréquentes en raison du réchauffement climatique.

Soutenez notre travail contre la faim et la pauvreté au Congo.

Choisissez un montant

Carine Shombe Dombo a 35 ans et est mère de huit enfants. Le projet de l’Action de Carême lui a permis d’apprendre à lire et à écrire et elle aspire désormais à l’indépendance économique.

« Enfant, je ne suis jamais allée à l’école et ensuite, je devais res ter à la maison en tant que femme au foyer. C’est par curiosité que je me suis inscrite au programme d’alphabétisation, car je voulais savoir ce qui se passait réellement pendant le cours.

Maintenant que je sais lire, écrire, compter et calculer, je comprends l’utilité d’avoir participé à cette formation.

J’ai beaucoup appris grâce à ce cours et cela me vaut le respect d’autrui. Maintenant, je peux proposer une idée à mon mari et nous en parlons afin de trouver des solutions. Nous avons aussi décidé ensemble de scolariser nos enfants. Et si d’aventure il est absent, je peux me renseigner sur les progrès des enfants et participer aux réunions de parents.

Je suis contente de savoir lire, écrire et calculer. Auparavant, lorsque je vendais mes shikwanges (pain de manioc) au marché, sachant que je ne savais pas compter, des client·e·s ne me donnaient que 1000 FC au lieu des 10 000 FC demandés. Je perdais ainsi de l’argent tous les jours, mais cela ne m’arrive plus maintenant.

J’aimerais désormais apprendre à confectionner des vêtements à la machine ou à fabriquer du savon.

Et je me dis que, maintenant que je sais lire, je trouverai un jour un travail rémunéré de sorte à être indépendante financièrement. C’est mon véritable objectif. »

Le témoignage de Carine Shombe Dombo est paru dans le magazine « Perspectives » d’Action de Carême. Vous trouverez ici plus d’informations sur le programme national en République démocratique du Congo.

Carine Shombe Dombo souhaite mettre en pratique ses compétences nouvellement acquises et devenir économiquement indépendante.
Carine Shombe Dombo souhaite mettre en pratique ses compétences nouvellement acquises et devenir économiquement indépendante.

Soutenir nos projets, c'est aussi soutenir l'engagement pour l'égalité des sexes

Choisissez un montant

Justinne Akatshi Ndjadi est animatrice pour les questions de genre auprès de notre organisation partenaire Caritas Kole à Lomela. Elle nous parle de l’engagement des femmes et des changements dans la société congolaise.

« Auparavant, nous, les femmes, étions victimes de violence domestique et de diverses discriminations. Nous n’avions pas le droit d’aller à l’école. Mais comment éduquer nos enfants si nous manquons nous-mêmes d’instruction ? La croyance qu’aller à l’école est mauvais pour les filles est profondément ancrée dans nos traditions. L’éducation n’est d’aucune utilité, pense-t-on. Dans ce contexte, nous avons organisé avec Caritas Kole, une organisation partenaire d’Action de Carême, des rencontres avec des femmes de la région et nous nous sommes mises à réfléchir à la façon d’aborder la question des droits des femmes.

Nous avons commencé à célébrer la Journée des femmes le 8 mars afin d’attirer l’attention sur nos droits et de les défendre.

Depuis huit ans, nous n’avons manqué aucune occasion de fêter ce jour consacré à toutes les femmes et à toutes les filles. Pour représenter les injustices auxquelles nous sommes constamment exposées, nous créons de petites pièces de théâtre qui abordent la discrimination sous un angle ludique.

Cette activité s’est traduite par de grands progrès dans la société : les femmes sont désormais respectées, les violences domestiques interdites et réprimées par la justice.

Les femmes peuvent aussi se déplacer librement et participer à nos assemblées, ce qui était impensable auparavant. La question de l’égalité au travail est elle aussi abordée avec le sérieux voulu. Il nous faut encore suivre un grand nombre de cours sur les questions de genre et les droits des femmes ; c’est un enjeu permanent si nous voulons que l’égalité entre hommes et femmes soit une réalité dans notre société. Une fois formées, les femmes aimeraient bien faire leurs preuves, mais ce n’est pas si simple. Pour cette raison, nous voulons créer des emplois afin d’éviter qu’elles ne retournent à la case départ. »

Le témoignage de Justinne Akatshi Ndjadi est paru dans le magazine « Perspectives » d’Action de Carême. Vous trouverez ici plus d’informations sur le programme national en République démocratique du Congo.

Justinne Akatshi Ndjadi
Justinne Akatshi Ndjadi organise depuis huit ans des actions pour la Journée de la femme.

Soutenir nos projets, c'est aussi soutenir l'engagement pour l'égalité des sexes

Choisissez un montant

Georgette Alembe Ekandji a suivi un cours d’alphabétisation dans le cadre d’un projet d’Action de Carême. Elle raconte que son mari, directeur d’une école primaire, n’a pris conscience que tardivement de l’importance pour sa femme d’être capable de lire et écrire.

« Avec mon mari, nous avons 13 enfants, dont deux sont décédés. Aujourd’hui, je peux dire en toute sincérité que nous vivons en harmonie. Cependant, il n’en a pas toujours été ainsi. En effet, selon les coutumes de notre peuple, les Tetela, les femmes n’ont pas le droit de s’exprimer en présence des hommes. Seuls ces derniers peuvent prendre la parole.

Mais c’était avant le lancement du programme d’alphabétisation, il y a sept ans, lequel a énormément fait évoluer la situation.

Depuis lors, nous célébrons nos droits à l’occasion de la Journée des femmes, le 8 mars. Nous nous sentons enfin sur un pied d’égalité avec les hommes. Je n’ai jamais fréquenté les bancs de l’école, mais lorsqu’on m’a offert la possibilité d’apprendre à lire et à écrire, mon mari a décidé que je pourrais suivre cette formation afin d’acquérir ces notions élémentaires. C’est aussi grâce à ces cours si je m’entends si bien avec lui aujourd’hui. Il est encore plus amoureux de moi depuis que j’ai appris à lire et à écrire.

Depuis que j’ai commencé les cours, j’ai appris beaucoup de choses et il me confie même son argent.

C’est moi qui gère son salaire, alors que par le passé, il considérait que je n’avais pas le droit de connaître le montant de ses revenus puisque j’étais analphabète. Désormais, il m’accorde mes droits. Et sa crainte de me voir délaisser les tâches ménagères une fois capable de lire et d’écrire ne s’est pas non plus réalisée. Une femme instruite est en mesure de tenir sa maison tout en ayant voix au chapitre. Deux de mes trois filles ont déjà terminé leurs études et elles font toute ma fierté. Il est important de poursuivre la formation et l’alphabétisation des femmes, car c’est la seule façon de transformer et faire progresser notre société. »

Le témoignage de Georgette Alembe Ekandji est paru dans le magazine « Perspectives » d’Action de Carême. Vous trouverez ici plus d’informations sur le programme national en République démocratique du Congo.

Georgette Alembe Ekandji a suivi un cours d'alphabétisation. Depuis lors, son mariage est plus harmonieux.
Georgette Alembe Ekandji a suivi un cours d'alphabétisation. Depuis lors, son mariage est plus harmonieux.

Soutenir nos projets, c'est aussi soutenir l'engagement pour l'égalité des sexes

Choisissez un montant

Mère de sept enfants, Maman Danga Essambo a fondé un groupe de solidarité aux côtés d’autres femmes. 

« Je suis présidente de l’association Anawedja, dont la dénomination signifie Les étrangères. Nous cultivons collectivement des champs de riz et d’arachides. Nous récoltons le riz au mois d’avril ou de mai. Ensuite, nous en entreposons une partie pour notre propre consommation, en vendons une autre partie et distribuons le reste parmi les membres de notre association qui s’en servent pour ensemencer leurs champs. La saison suivante, nous cultivons des arachides et vendons une partie de la récolte en vue d’acheter des uniformes scolaires, des manchettes et des livres pour nos enfants, mais aussi des houes pour travailler aux champs ainsi que des articles de première nécessité pour nos familles. Par ailleurs, nous nous procurons également du jeune bétail à élever afin de diversifier notre production agricole.

Une partie des recettes vient alimenter la caisse de solidarité.

Dans le cadre de cette dernière, nous organisons des rencontres régulières qui permettent à chaque membre de verser son écot. Cependant, tout le monde ne contribue pas dans la même mesure. Certaines personnes ne cotisent jamais, de sorte que nous pouvons difficilement les aider lorsqu’elles rencontrent des difficultés financières.

Nous, paysannes, avons besoin que les élues et élus politiques nous soutiennent dans notre volonté d’aller de l’avant.

Nous avons besoin d’être formées aux nouvelles pratiques agricoles. Nous souhaitons cultiver différents fruits et légumes afin de diversifier et d’étoffer notre production. »

Depuis plus de vingt ans, les activités d’Action de Carême et de ses organisations partenaires s’articulent autour de groupes de solidarité adaptés aux particularités culturelles de chaque pays. Une approche qui aboutit à une réduction durable de la faim. En savoir plus ici.

Danga Esambo cultive des champs avec d'autres femmes. Une partie du produit de la récolte est reversée au groupe de solidarité.
Danga Esambo cultive des champs avec d'autres femmes. Une partie du produit de la récolte est reversée au groupe de solidarité.

Soutenez notre programme en République démocratique du Congo

Choisissez un montant