Le journaliste Stefan Frey vit entre Olten et Diego Suarez, dans le nord de Madagascar. Il y a fondé l'organisation Mad'éole, qui approvisionne les villages en énergie éolienne et autres énergies renouvelables. Découvrez dans son article du 5 avril son regard d'observateur critique sur Madagascar et le Covid-19.
Le 1er avril 2020, l’Observatoire de la vie publique (SeFaFi) de Madagascar a publié une évaluation critique du système de santé malgache et a exprimé de sérieux doutes sur capacité de celui-ci à faire face à la pandémie. Dix jours plus tôt, le président Andry Rajoelina avait officiellement annoncé, dans une apparition télévisée pompeuse, que le coronavirus était arrivé sur l’île par des vols en provenance d’Europe entre le 11 et le 22 mars.
Les régions autour de la capitale Antananarivo et de la ville portuaire de Toamasina sont en quarantaine, l’espace aérien est fermé depuis le 22 mars, tout comme les ports. Selon le président, le pays comptait 59 cas de Covid-19 le 2 avril. Personne dans le pays n’y croit, c’est pourquoi des milliers de personnes prennent d’assaut les points de distribution des colis alimentaires. Les images de cet afflux massif tournent en dérision celles du président – qui s’adresse désormais à la population un jour sur deux par l’intermédiaire des médias réquisitionnés par les mesures d’urgence.
Dans sa dernière annonce, le SeFaFi fait référence à un phénomène devenu une culture : la corruption. Dans le système de santé également, les abus de pouvoir, les détournements de fonds et la corruption ouverte sont depuis longtemps devenus une menace existentielle. Les années de négligence du secteur de la santé ont pratiquement privé les hôpitaux de leurs possibilités de traitement. Par ailleurs, dans la population rurale, neuf personnes sur dix n’ont pas du tout accès au système de santé.
Stefan Frey commente ainsi les projets d’Action de Carême : « Il existe en outre de nombreux projets organisés et financés de manière purement privée, parmi lesquels celui d’Action de Carême est particulièrement remarquable. Il permet l’auto-organisation de groupes de solidarités, dont les membres parviennent à sortir de la spirale de l’endettement et à se libérer des chaînes des usuriers. Ainsi, plus de cent mille personnes ont pu développer une perspective durable. »