En réponse au violent tremblement de terre survenu en novembre 2023 dans l’ouest du Népal, Action de Carême avait lancé un projet d’aide d’urgence. De jeunes bénévoles de différentes régions s’étaient mobilisé·e·s pour aider les familles les plus démunies à reconstruire leurs maisons le plus rapidement possible. Cette solidarité a suscité une grande reconnaissance et a également apporté une profonde satisfaction aux bénévoles.

Un texte de Ralf Kaminski, rédacteur chez Action de Carême

Dans la province de Karnali, à l’ouest du Népal, le séisme du 3 novembre 2023 avait causé la mort de 153 personnes et en avait blessé plus de 300. Les secousses avaient détruit 17 700 maisons et en avaient partiellement endommagé autant. Les infrastructures aussi avaient été gravement touchées.

Active dans cette région avec divers projets, Action de Carême avait alors réagi rapidement. En collaboration avec l’organisation partenaire locale Sahakarmi Samaj, nous avions organisé des camps de solidarité qui avaient permis aux habitant·e·s des villages et aux jeunes bénévoles venu·e·s d’autres régions du Népal d’aider les familles les plus vulnérables à reconstruire leurs maisons ou à les rendre à nouveau habitables. Les bénévoles avaient également contribué au déblaiement des décombres, à la construction d’abris temporaires, à la réparation des infrastructures publiques comme les écoles, les terrains de sport ou les toilettes, ainsi qu’aux travaux agricoles.

Soutien à 120 familles

Entre décembre 2023 et mars 2024, sept camps de solidarité avaient été organisés, permettant de venir en aide à environ 120 familles pendant près de deux semaines à chaque fois. Chaque camp mobilisait entre 40 et 45 jeunes bénévoles et plusieurs chef·fe·s d’équipe.

En outre, les bénévoles avaient organisé des collectes de fonds locales dans leurs régions et avaient pu remettre aux familles touchées environ 5000 kilos de nourriture ainsi que l’équivalent de 400 francs suisses – un montant assez important pour les standards népalais.

Ce soutien solidaire n’a pas seulement été un grand soulagement pour les familles qui avaient souvent tout perdu dans le séisme, mais il a également été une source de profonde satisfaction pour les bénévoles. Basanti Tiwari, par exemple, a exprimé sa « profonde satisfaction » après avoir été remerciée par une femme enceinte qui n’aurait plus à souffrir du froid la nuit.

Les bénévoles d'un camp de solidarité crépissent la façade d'une maison réparée.

Une grande gratitude

Action de Carême a contribué à la reconstruction avec près de 30 000 francs, collectés grâce à une campagne d’aide d’urgence particulièrement efficace.

Au total, plus de 600 personnes ont bénéficié de ce soutien. Parmi elles, plus de la moitié sont des femmes, dont plusieurs sont des Dalits. Appartenant aux castes inférieures du système de castes népalais, les Dalits sont souvent victimes de discrimination et passent parfois entre les mailles du filet de l’aide officielle.

L’aide apportée a suscité une grande reconnaissance. « Le tremblement de terre a tout détruit, il ne restait que du bois et des pierres », a raconté Harikala Damai, âgée de plus de 70 ans. « Les bénévoles, que je considère désormais comme mes propres enfants, ont fait un travail énorme. Seuls, nous n’aurions jamais pu y arriver. »

Satisfaits, les bénévoles posent devant une maison remise en état après le séisme.

Cette vidéo nous plonge au cœur des camps de solidarité et témoigne du travail remarquable accompli. Sous-titrage en anglais.

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Un groupe de solidarité soutenu par Action de Carême dans l’ouest du Népal lutte contre la discrimination des Dalits. Après quelques succès initiaux, le groupe est aujourd’hui confronté à des revers, mais ses membres ne se laissent pas décourager.

Un texte de Ralf Kaminski, rédacteur chez Action de Carême

À l’école Bhawani Basic, dans la région de Dolpa, 17 élèves sur 28 sont des Dalits. Bien qu’elles représentent environ 13 % de la population népalaise, les personnes dalits sont confrontées à de nombreuses formes de discrimination.

Au Népal, un système séculaire issu de l’hindouisme répartit les personnes en classes sociales appelées castes. Les Dalits, qui comprennent plus de 20 castes inférieures, sont traditionnellement considérés comme impurs et « intouchables ». Pour les castes plus élevées, les boissons ou les aliments touchés par les Dalits sont donc également considérés comme impurs.

Sushila B. K. est dalit et membre d'un groupe de solidarité dans la région de Dolpa.

« Nos enfants nous racontaient souvent leurs expériences à l’école », explique Sushila B. K., agricultrice, mère et membre du groupe de solidarité Dalit Batabaran Krishi Samuha. « Les élèves étaient souvent ignoré·e·s par les enseignant·e·s non-dalits, qui ne corrigeaient pas leurs devoirs, mais les punissaient plus sévèrement que les autres s’il leur arrivait d’oublier quelque chose à la maison. »

La discrimination se manifeste particulièrement autour de la nourriture et des boissons. « Deux enseignantes non-dalits demandaient toujours à des élèves non-dalits de leur apporter de l’eau quand elles avaient soif, plutôt que de demander à l’employé dalit de l’école, responsable de ce type de tâches. » Les élèves qui apportaient l’eau devaient veiller à ne pas toucher par mégarde un·e camarade dalit, sinon les enseignantes refusaient de boire l’eau. En général, les non-dalits refusaient de consommer des repas ou des boissons que l’employé dalit de l’école avait touchés.

La menace d’une plainte déclenche un changement

C’est du moins ce qui se passait jusqu’à l’automne 2023, lorsque le groupe de solidarité est intervenu auprès de l’école. « La loi est de notre côté », explique Sushila B. K. Le groupe a informé la direction de l’école que le comportement des non-dalits contrevenait à la loi en vigueur et a menacé de porter plainte. « Tout le monde était évidemment au courant de la loi, mais il a fallu que nous agissions par la menace pour provoquer un changement de comportement. »

Depuis, les responsabilités de l’employé dalit de l’école, Maan Prasad Kami, se sont élargies : « Aujourd’hui, en plus de m’occuper du matériel scolaire et de nettoyer les salles de classe, je prépare et je sers également les repas de midi, le thé et le café pour tou·te·s les enseignant·e·s, les élèves et les invité·e·s. » Avant, les repas se résumaient à de la malbouffe, comme des nouilles instantanées ou des biscuits. « Je suis très heureux d’avoir plus de responsabilités et de voir les enfants manger plus sainement. »

Les propos d’un chamane ravivent la méfiance

Depuis le mois d’octobre 2023, tout le monde mangeait ensemble à la cantine scolaire ce que Maan Prasad Kami préparait. Pendant environ cinq mois, tout se passait bien. « Progressivement, de moins en moins de personnes participaient au déjeuner », raconte Sushila B. K. À cette même période, un enfant non-dalit avait développé une éruption cutanée autour de la bouche, et ses parents l’avaient emmené chez le chamane du village. « Le chamane avait recommandé que l’enfant ne mange ni ne boive rien qui ait été touché par des personnes de castes inférieures. » Cette information s’était rapidement propagée à l’école et aujourd’hui, seuls trois des onze enfants non-dalits mangent les repas de Kami. Pourtant, l’éruption cutanée s’était probablement développée en raison de problèmes de santé.

« Quelques changements positifs ont toutefois persisté », constate Sushila B. K. « Les enfants s’assoient maintenant tous ensemble sur les mêmes bancs en classe, au lieu d’être séparés comme avant. » Malgré ce revirement, Maan Prasad Kami garde espoir. « Je n’aurais jamais cru que la discrimination envers nous, les Dalits, pourrait un jour changer. Pourtant, elle a réellement diminué, et je suis désormais convaincu que nous pouvons remporter ce combat et que les attitudes à l’école continueront de s’améliorer. » D’autant plus qu’il a également observé des changements positifs dans la cantine d’une autre école.

Maan Prasad Kami est employé à l'école Bhawani Basic dans la région de Dolpa.

Deux pas en avant, un pas en arrière

De son côté, Sushila B.K. est persuadée que l’intervention du groupe n’a fait que modifier le comportement des non-Dalits à l’école, mais pas leur attitude. « Et encore, uniquement à cause de notre menace juridique. De plus, ils craignent la réaction des autres non-Dalits. » Une enseignante a en effet été prévenue par le propriétaire de son logement qu’elle devrait déménager si elle continuait à manger les repas préparés par un Dalit à l’école.

Le fait qu’il y ait toujours des reculs dans la lutte contre la discrimination n’est pas inhabituel, explique Umakanta Bhusal, le responsable de projet local de CAED, une organisation partenaire d’Action de Carême au Népal. « Souvent, on fait deux pas en avant et un en arrière, mais cela nous fait tout de même progresser lentement. » Pour lui, la principale raison du recul à l’école Bhawani Basic réside dans l’attitude des parents non-dalits. « Ils exercent une pression sur leurs enfants et les enseignants. En fin de compte, les non-Dalits veulent conserver leur rôle privilégié aussi longtemps que possible. »

La lutte des Dalits continue

Umakanta Bhusal reconnaît qu’il est difficile de changer des attitudes sociales aussi profondément ancrées, et que changer la loi ne suffit pas. « Cependant, nous continuons à y croire, tout comme les communautés dalits avec lesquelles nous collaborons. »

Le groupe de solidarité Dalit Batabaran Krishi Samuha a demandé au directeur de l’école d’organiser une réunion entre la direction, les enseignant·e·s et le groupe pour discuter à nouveau de la situation. « Nous sommes plus déterminé·e·s que jamais à continuer de nous battre », déclare Sushila B. K.

Ce qui les intéresse avant tout, ce sont leurs enfants. « C’est pourquoi nous nous concentrons autant sur l’école, car nous savons qu’une bonne éducation ouvre de nombreuses portes. Nous voulons que nos enfants aiment aller à l’école, qu’ils apprennent beaucoup et qu’ils aient une vie meilleure que la nôtre ».

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Umakanta Bhusal est responsable de projet auprès de CAED, l'organisation partenaire locale soutenue par Action de Carême.

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Grâce au soutien d’Action de Carême, de nombreux potagers ont pu voir le jour dans un village isolé du Népal, où sont cultivées des semences locales. Cela améliore non seulement la sécurité alimentaire, mais aussi la santé des habitant·e·s.

À l’ouest du Népal, les habitant·e·s de Jhumlawang collaborent depuis toujours de manière solidaire, suivant un modèle de coopération. Une approche qui s’impose, compte tenu des conditions de vie difficiles dans les villages reculés de l’Himalaya. Bien que l’éducation soit devenue plus accessible dans ces régions au tournant des années 2000, les aides gouvernementales demeurent limitées. C’est pourquoi les Népalais·e·s émigré·e·s à l’étranger ont joué un rôle crucial dans l’obtention de soutiens financiers. De plus, les villageois·e·s n’ont pas hésité à s’engager bénévolement, consacrant l’équivalent d’au moins un mois de travail par famille à cette initiative.

C’est ainsi qu’ont été créés non seulement une école, mais aussi un centre communautaire. Néanmoins, l’accès aux soins restait insuffisant. L’hôpital le plus proche se trouvait en effet à plusieurs jours de marche, entraînant de nombreux décès de patient·e·s en chemin. Dès lors, la communauté a exprimé le souhait d’établir un dispensaire dans le village, mais cela nécessitait d’importants moyens financiers. Une bénévole française ayant séjourné à Jhumlawang lors d’un camp de santé plus de quinze ans auparavant a offert son aide aux habitant·e·s.

L’agroécologie pour une santé durable

Grâce à elle, la fondation Jhumlawang Village Foundation (JVF) a été créée, et un dispensaire de soins primaires a été établi, permettant une assistance médicale plus rapide. Cependant, ce dispositif s’est avéré insuffisant pour une amélioration durable de la situation sanitaire des habitant·e·s. Lors d’une rencontre fortuite avec Action de Carême, des représentant·e·s de JVF ont découvert l’agroécologie pour la première fois. Cette méthode agricole vise à améliorer la sécurité alimentaire, à fournir un accès à des légumes frais et à garantir un apport nutritionnel adéquat en ajustant la production aux conditions régionales et saisonnières. Convaincue des bienfaits de cette approche, JVF l’a rapidement présentée aux villageois·e·s comme une solution plus durable pour améliorer la situation sanitaire. C’est ainsi qu’en 2019, un projet pilote élaboré en collaboration et soutenu par Action de Carême a été lancé.

Une paysanne présente son potager.

Aujourd’hui, JVF constitue un modèle d’agroécologie dans la région, avec de nombreux potagers dans lesquels sont cultivés des légumes de saison et de nombreuses variétés locales. Ce mode de production contribue non seulement à améliorer la santé des habitant·e·s, mais aussi à renforcer la sécurité alimentaire. Les villageois·e·s entretiennent avec enthousiasme leurs potagers, exprimant leur satisfaction. JVF a également établi une pépinière qui produit des semences locales, garantissant la résilience à long terme des nouvelles variétés face au réchauffement climatique, tout en formant les producteurs et productrices à l’agroécologie.

Un modèle pour les autres communautés

JVF aspire à persuader les habitant·e·s d’autres villages des avantages de l’agroécologie. Forte de son ancrage local, la fondation a acquis une crédibilité considérable auprès des villageois·e·s, et son travail suscite également l’intérêt des autorités. Cependant, il faudra encore du temps pour étendre ce projet à d’autres communautés et concrétiser ce rêve.

Notre soutien à des organisations partenaires telles que JVF nous permet d’ancrer le travail d’Action de Carême au niveau local et d’adapter les mesures prises aux besoins des communautés. En effet, ces organisations locales sont bien établies auprès des communautés et connaissent le point de vue des habitant·e·s sur les évolutions à mettre en place au sein des villages. C’est ce qui nous permet de mettre en œuvre des projets durables, soutenus par la population. Pour en savoir plus sur le programme national au Népal, cliquez ici.

Les potagers améliorent la sécurité alimentaire et aident à faire face aux changements climatiques.

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Mise à jour du 21 novembre

Après le séisme qui a touché le pays, les dommages ont été évalués. D’après la Croix-Rouge népalaise, environ 30 000 maisons ont été détruites ou endommagées. Dans les zones où Action de Carême mène ses projets, 228 maisons et trois écoles n’ont pas résisté aux secousses violentes, et plus de 1 000 autres habitations ont subi des dégâts. Notre intervention est désormais en cours.

L’arrivée de l’hiver aggrave la situation pour les personnes ayant perdu leur foyer lors du tremblement de terre, plus de 34 000 familles népalaises vivant actuellement dans des tentes. Afin de les protéger du froid intense, la reconstruction rapide des maisons détruites est cruciale.

Action de Carême a lancé un projet en collaboration avec son partenaire Saharkarmi Samaj, mobilisant des jeunes bénévoles dans des « camps de solidarité » pour aider les familles sinistrées à reconstruire leurs maisons.

Les premiers travaux débuteront dans les heures à venir, se concentrant initialement sur la rénovation des écoles et des maisons des familles les plus démunies, appartenant aux castes les plus défavorisées et recevant peu de soutien. L’assistance d’Action de Carême touchera plus de 300 familles, apportant une lueur d’espoir en ces temps difficiles.

Le grave séisme du 4 novembre a aussi touché des régions dans lesquelles Action de Carême est active. Les dégâts sont immenses et certaines régions reculées restent difficiles d’accès. Pour l’instant, nous n’avons pas connaissance de personnes dans nos projets qui seraient décédées ou auraient été gravement blessées. Avec nos organisations partenaires, nous envisageons actuellement la mise en place d’une aide d’urgence.

Action de Carême mène des projets dans la zone touchée par le séisme. L’évaluation complète des dégâts est en cours, et de nombreuses régions demeurent encore difficilement accessibles. À ce jour, nous n’avons reçu aucune information indiquant que des personnes participant à nos projets auraient perdu la vie ou auraient été blessées.

Notre coordinateur de programme local, Samrat Katwal, témoigne des maisons en pierre et argile qui se sont effondrées sur elles-mêmes. Ces habitations modestes sont fréquemment habitées par les populations les plus démunies, notamment les dalits, membres de la caste la plus basse, souvent victimes de discrimination et d’exploitation.

Mesures d’aide d’urgence en cours d’élaboration

En collaboration avec nos partenaires locaux, nous sommes actuellement en train de réfléchir à la manière dont nous pouvons apporter une aide à la reconstruction. Suite au précédent séisme majeur au Népal en 2015, Action de Carême a mis en place des « workcamps », qui ont offert aux jeunes l’opportunité de participer aux travaux de reconstruction. Nous envisageons d’explorer des initiatives similaires cette fois-ci.

Les approches locales pour la reconstruction sont importantes, car une majorité de l’aide internationale est limitée dans le temps. Les foyers les plus démunis en particulier peinent à assumer seuls la reconstruction.

Actions de Carême s’engage depuis des décennies pour la sécurité alimentaire des populations au Népal. Nous mettons tout en œuvre pour que notre action à long terme se poursuive dans le pays malgré la catastrophe et que nous puissions aider les personnes touchées.  

Séisme du 4 novembre

Le séisme, d’une magnitude de 6,4 sur l’échelle de Richter, a frappé à 23h47, heure locale. Les secousses ont été ressenties à travers tout le pays, mais la région de Karnali et le district de Jajarkot dans l’ouest du Népal ont été particulièrement touchés. Le 5 novembre 2023, les autorités recensaient 157 décès et plus de 256 blessés. Des milliers de maisons ont subi d’importants dégâts et sont devenues inhabitables.

Le tremblement de terre a détruit ou fortement endommagé des milliers de maisons.

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Les effets de la crise climatique se font fortement sentir au Népal. Les pluies de mousson sont de plus en plus irrégulières, ce qui a de graves conséquences pour l’agriculture. Samrat Katwal est notre coordinateur de programme au Népal et nous parle des répercussions sur la population du pays.

« Au Népal, les pluies assurent l’irrigation d’environ deux tiers des exploitations agricoles, qui sont donc largement tributaires des précipitations liées aux moussons. Dans le pays, l’agriculture ne représente qu’un quart du produit intérieur brut, mais elle nourrit plus de la moitié de la population. L’économie népalaise est liée à l’agriculture, qui dépend à son tour des aléas climatiques. Malheureusement, les paysannes et paysans n’ont aucun pouvoir sur le climat, puisque celui-ci est influencé par les modes de vie de millions de personnes dans le monde et les politiques menées par des dizaines de pays étrangers. En maints endroits du Népal, il n’a guère plu durant l’hiver, ce qui a compromis la production de blé. S’en est suivie une deuxième période de sécheresse au printemps, touchant quant à elle la culture du maïs. Or, ces deux céréales représentent la base de l’alimentation de la population, en particulier dans les régions reculées où il est impossible de faire pousser du riz. Aussi, au début de la saison de la mousson, s’étalant du mois de juin au mois de septembre, les sources d’eau ne coulaient plus.

L’agroécologie comme solution

Au Népal, la sécheresse est une réalité de l’agriculture et la paysannerie a dû s’y adapter. Cependant, les précipitations font désormais également défaut à la saison des pluies et la sécheresse persiste, ce qui inquiète tant les chercheurs et chercheuses que les cultivatrices et cultivateurs. La solution est à trouver dans la mise en place d’un système alimentaire résilient à travers l’adaptation de l’agriculture à l’écologie locale et la création de filets de sécurité grâce à la solidarité sociale et culturelle. Dans ce sens, étudier les vieilles coutumes et les pratiques agricoles traditionnelles permet de redécouvrir la sagesse des ancêtres ainsi qu’un savoir longtemps négligé qu’il convient de faire revivre, notamment à travers la culture de variétés anciennes de tubercules, de millet et d’orties. Si l’agroécologie a démontré être un facteur de résilience en temps de crise, elle n’est pas pour autant une utopie à même de se concrétiser du jour au lendemain, mais une voie dont l’exploration exige patience et engagement. Afin d’assurer la survie des habitant·e·s, il est dès lors important de leur fournir provisoirement toute l’aide alimentaire nécessaire jusqu’à la réalisation de cet objectif. »

L’agriculteur Sete Budha emploie des méthodes de culture agroécologiques et des semences résistantes.
L'agriculteur Sete Budha a appris à utiliser des méthodes de culture agroécologiques dans le cadre du projet Action de Carême.

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Plus de 40 % des exportations mondiales de riz proviennent d’Inde. L’interdiction d’exporter du riz blanc imposée par le gouvernement au mois de juillet rend encore plus précaire la situation des pays les plus défavorisés comme le Népal ou le Sénégal, qui souffraient déjà de la forte hausse des prix des denrées alimentaires de base.

En raison de pluies de mousson tardives ou trop abondantes, l’Inde s’attend cette année à une mauvaise récolte de riz. Afin de stabiliser les prix déjà en hausse dans le pays, le gouvernement a décidé, le 20 juillet dernier, d’interdire l’export de certaines variétés de riz. La décision est avant tout motivée par des questions de politique intérieure et vise à obtenir l’adhésion des classes les plus défavorisées, qui joueront un rôle important lors des prochaines élections de 2024.

Nouvelle augmentation du prix du riz

Pour plus de trois milliards d’individus, le riz représente un aliment de base. En 2022, l’Inde a exporté plus de dix millions de tonnes des variétés de riz frappées d’interdiction d’exportation, en particulier vers des pays d’Afrique comme le Bénin, le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Togo, mais aussi vers les pays voisins comme la Chine, le Bangladesh ou le Népal. La situation des populations pauvres de ces pays, qui doivent déjà faire face à une hausse des prix des aliments de base suite à une météo capricieuse et à l’attaque russe en Ukraine, devient problématique.

Le Népal, deuxième plus grand importateur de ces variétés de riz après le Bénin, souffre en outre cette année de mauvaises récoltes dues à une grande sécheresse, et le prix du riz a déjà sensiblement augmenté dans le pays.

Eine trägt einen 30 Kilogramm schweren Reisbeutel auf ihrer Schulter.
Le Népal est fortement dépendant des importations de riz indien.

L’espoir renaît 

« Il semble toutefois que le Népal puisse s’assurer, grâce à des négociations avec l’Inde, au moins une partie des exportations habituelles pour cette année également », explique Samrat Katwal, qui coordonne les projets d’Action de Carême en lien avec l’alimentation au Népal. Il y a donc de l’espoir que l’interdiction d’exporter n’aggrave pas trop les choses.

Néanmoins, la situation alimentaire reste difficile pour de nombreuses personnes. « En cas de hausse des prix, elles sont contraintes de s’endetter davantage en renforçant ainsi leur dépendance. De telles situations renforcent les structures de pouvoir existantes qui emprisonnent les plus vulnérables de la société dans un cercle vicieux de pauvreté. » 

L’agroécologie fait partie de la solution

La transformation de l’agriculture selon les principes de l’agroécologie, telle qu’elle est soutenue au Népal, au Sénégal et dans d’autres pays d’intervention d’Action de Carême, contribue à lutter contre ce phénomène. Il s’agit d’une agriculture adaptée aux conditions locales et respectueuse de l’environnement, qui offre par ailleurs une meilleure résistance aux conséquences du réchauffement climatique. « Les pratiques agricoles traditionnelles apportent des réponses possibles à cette crise », affirme Samrat Katwal. « La sagesse des ancêtres recèle un grand potentiel pour faire face aux problèmes actuels. »

Les organisations partenaires d’Action de Carême en Asie, en Afrique et en Amérique latine s’engagent pour des approches agroécologiques. Pour en savoir plus :

Agroécologie : une science doublée d’un mouvement social – Action de Carême

Ein agrarökologisches Feld in einem nepalesischen Dorf.
Afin de réduire durablement la faim, Action de Carême mise sur une agriculture adaptée aux conditions locales et respectueuse de l'environnement.

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Pramod Dahal, CAED/NepaPramod Dahal, CAED/Nepal

Les personnes participant aux projets d'Action de Carême qui vivent dans des régions reculées ont pu continuer à travailler dans leurs champs. Cependant, le prolongement du couvre-feu jusqu'au 18 mai a empêché, à quelques exceptions près, la circulation sur les routes et aucune visite de projet n'a été possible. Pramod Dahal, coordinateur de notre organisation partenaire CAED, relate la situation.

« Une semaine avant la fermeture des frontières au Népal, près d’un demi-million de travailleuses et travailleurs migrants népalais, qui avaient été contraints de quitter leur emploi en Inde, ont tenté de franchir les frontières dans la partie occidentale du pays. Nombre d’entre eux sont toujours bloqués à la frontière indo-népalaise. Tous veulent retourner dans leurs familles et leurs villages, car c’est l’assurance de ne pas mourir de faim. L’exode massif de ces migrant·e·s représente un risque majeur de prolifération du virus dans les zones rurales.

Le chef de l’hôpital de Dolpa n’ayant pas mis en place de mesures de quarantaine et d’isolement, le chef du district a menacé de l’arrêter, ce qui a poussé les professionnel·le·s de la santé à manifester afin d’exiger protection et sécurité.

Le gouvernement de la province de Karnali a fourni des médicaments et du matériel au district par hélicoptère, dont 200 masques chirurgicaux, 25 masques NH90, 60 équipements de protection individuelle et 100 gants. Or, cela ne sert pas à grand-chose car le personnel soignant est débordé. Nous espérons que l’augmentation des températures contribuera à réduire la propagation du virus. »

Pramod Dahal, coordinateur de l’organisation partenaire CAED, début avril 2020

 

Mise à jour du 11 mai 2020

Le Népal a annoncé officiellement 134 cas d’infection à la Covid-19 et aucun décès à ce jour, mais le gouvernement craint une forte augmentation si le couvre-feu est assoupli. Le 6 mai, il a donc décidé de prolonger le couvre-feu jusqu’au 18 mai. Les vols intérieurs et internationaux sont suspendus jusqu’au 31 mai. Jusqu’à nouvel ordre, le trekking dans la région himalayenne n’est plus autorisé.

Le 30 avril, 2000 Népalais·e·s, encore bloqué·e·s à la frontière séparant l’Inde et le Népal, ont pu regagner le pays. Mi-mars, le Népal avait fermé ses frontières aux travailleuses et travailleurs migrants qui avaient perdu leur emploi en Inde et tentaient désespérément de retourner dans leurs familles et leurs villages pour échapper à la faim. Certains d’entre eux avaient parcouru plusieurs centaines de kilomètres à pied et devaient attendre dans des camps de quarantaine avant d’être autorisés à entrer dans le pays.

Action de Carême prévoit de continuer à soutenir ses organisations partenaires, dans la mesure prévue, dans ses 14 pays d’intervention, afin qu’elles ne soient pas contraintes de licencier du personnel et qu’elles puissent adapter leur travail aux circonstances. Cet appui est particulièrement nécessaire au Brésil. Vous en saurez davantage ici sur les projets d’Action de Carême au Népal.

Afin de pouvoir maintenir et poursuivre ce travail, chaque don compte.

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