Christa Suter est spécialiste des systèmes alimentaires et responsable du programme d’Action de Carême au Kenya. À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, elle nous explique pourquoi tant de personnes souffrent de la faim et présente quelques initiatives porteuses d’espoir. 

À travers le monde, une personne sur dix souffre de la faim. Pourquoi ce chiffre est-il si élevé? 

Chaque région a ses spécificités. Cependant, les changements climatiques affectent l’agriculture dans le monde entier et réduisent les récoltes. À cela viennent souvent s’ajouter des facteurs politiques et économiques. Tout le monde n’a pas les moyens de se procurer des aliments sains, de qualité et en quantité suffisante.Dans de nombreuses régions, les prix des céréales et d’autres denrées alimentaires ont explosé car les coûts de l’essence et de l’énergie ont eux aussi augmenté. Sans compter l’inflation, qui est bien plus forte dans les pays où Action de Carême est présente qu’en Suisse. Dans un tel contexte, les populations les plus démunies ne peuvent tout simplement pas subvenir à leurs besoins. 

« La situation de la faim dans de nombreux pays reste très préoccupante »

Fait positif, on estime que le nombre de personnes souffrant de la faim a baissé de près de 100millions par rapport à l’année dernière, atteignant un total de 700millions. Cela serait-il le signe d’une amélioration globale de la situation? 

Pas vraiment, car la situation reste dramatique. Alors que la faim a progressivement reculé depuis l’an 2000, nous assistons depuis 2015 à une stagnation des progrès, voire à une nouvelle aggravation de la faim pendant la pandémie de Covid-19. Les succès sont ponctuels, mais la situation de la faim dans de nombreux pays est toujours très préoccupante et personne n’est à l’abri. La faim peut avoir des répercussions tout au long de la vie, notamment sur le développement des enfants. Mais pas seulement: les femmes sont également fortement touchées car ce sont souvent elles qui se privent lorsque la nourriture vient à manquer. 

Dans les faits, est-il possible de produire suffisamment de nourriture pour le monde entier? 

Oui, en réalité, il y a assez de nourriture pour tout le monde, c’est surtout la répartition qui est injuste, tant entre le Sud et le Nord qu’à l’intérieur même des pays. À cela vient s’ajouter un énorme gaspillage alimentaire. La lutte contre la faim est davantage une question éthique. Il faudrait plutôt se demander si la communauté internationale est prête à remédier à cette situation injuste. 

Plus les gens produisent eux-mêmes leurs aliments, plus ils sont indépendants des prix élevés du marché.

Vous êtes également responsable du programme national d’Action de Carême au Kenya. Quelle est la situation dans ce pays? 

Dans l’ouest du Kenya, les agriculteurs et agricultrices ont pu récolter, mais une sécheresse a suivi. Lors de la deuxième saison de culture, il a de nouveau plu. Cependant, les précipitations ont été si violentes qu’elles ont causé des inondations dans de nombreuses régions du Kenya, alors que dans d’autres, les habitant·e·s attendent toujours la pluie. Dans le sud-est du pays, cinq saisons des pluies ont été anormalement absentes. Les agricultrices et agriculteurs ne possèdent pas de systèmes d’irrigation et vivent donc à la merci de la sécheresse. Par ailleurs, au Kenya la misère s’aggrave en raison de la hausse globale des prix. 

« Une approche importante consiste à encourager la mise en réseau des agricultrices et agriculteurs  »

Quelles sont les mesures mises en place par Action de Carême pour lutter contre la faim au Kenya? 

Nous donnons aux agricultrices et agriculteurs les moyens d’établir des systèmes alimentaires locaux, indépendants et plus résistants à la sécheresse. Il s’agit d’agroécologie, une approche qui consiste à mettre en place des méthodes agricoles adaptées aux conditions locales et respectueuses de l’environnement. Une approche importante est la mise en réseau des agricultrices et agriculteurs: nous les soutenons dans la formation de groupes de solidarité afin qu’ils et elles puissent s’aider mutuellement. Dans les projets d’Action de Carême au Kenya, nous dénombrons déjà 545 groupes de solidarité, qui réunissent un total plus de 10000 membres, dont trois quarts sont des femmes. Grâce à l’agroécologie, les familles paysannes parviennent à produire suffisamment d’aliments sains et à renforcer ainsi leur résistance aux changements climatiques, notamment la sécheresse. 

Grâce aux méthodes de culture agroécologiques, il est possible de produire suffisamment de nourriture malgré les sécheresses.

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À Madagascar, l’ombre menaçante de la crise climatique se dessine, oscillant entre des périodes de sécheresse et des pluies diluviennes associées à des cyclones dévastateurs. Ces phénomènes engendrent d’importantes pertes de récoltes dans le secteur agricole, comme le souligne notre coordinatrice de programme à Madagascar, Diary Ratsimanarihaja.

« Après trois années de sécheresse consécutives à Madagascar, ce sont deux cyclones, Batsirai et Emnati, qui ont ravagé le sud de l’île en février 2022. Dans le district de Betioky, la pluie n’a fait sa réapparition qu’en février et mars de cette année. Si les habitant·e·s se réjouissent de ces précipitations, ces dernières n’apportent toutefois pas les bienfaits escomptés. Les fortes pluies, en particulier celles qui ont accompagné les cyclones, ont en effet dévasté les champs. La principale culture de la région, le manioc, n’a ainsi produit aucun tubercule, certaines boutures ayant par ailleurs pourri à cause de l’excès d’eau. En outre, les semences de légumes que les paysan·ne·s n’ont pas pu utiliser pendant les trois années sans pluie, n’ont pas germé une fois mises en terre. Cet allongement des périodes de sécheresse est imputable au réchauffement climatique. Étant donné que le sud de Madagascar connaît un climat semi-aride, les précipitations y sont déjà rares « en temps normal ». À la suite de cette longue période d’absence de pluie, la situation ne s’est pas encore rétablie. De fait, en raison des semences périmées, les récoltes engrangées cette année ne suffisent toujours pas. Si la pluie vient aussi à manquer durant la prochaine période de culture, la population de la région s’exposera à un nouveau risque de famine.

Groupes de solidarité et agroécologie : deux approches clés

Pour prévenir ces difficultés, il est important de renforcer les groupes de solidarité afin de reconstituer les épargnes collectives. La formation aux techniques de culture agroécologiques est l’un des axes du programme Tsinjo Aina, soutenu par Action de Carême. Ces pratiques sont nos alliées dans l’amélioration de la résilience face aux conséquences des changements climatiques. Il s’agit de favoriser la diversification et l’association des cultures en vue de limiter l’incidence des insectes ravageurs et de garantir une alimentation variée aux familles paysannes.

L’eau, un bien précieux

L’expression « l’eau, source de vie » prend véritablement son sens dans la région : l’or bleu représente une ressource précieuse indispensable à l’agriculture. Grâce au projet Rano Aina, certains villages disposent de puits et de forages à proximité desquels les habitant·e·s peuvent mettre en pratique les techniques agroécologiques apprises lors des formations sur des champs communautaires. En plus de participer à la production de nourriture et de semences, ces parcelles offrent aussi une source de revenus d’appoint pour les membres des groupes de solidarité. Malheureusement, plusieurs de ces puits sont vétustes et endommagés. La réhabilitation des pompes améliorerait considérablement la résilience des paysan·ne·s, qui sont prêt·e·s à s’investir dans ce travail, par exemple en mettant à disposition de la main-d’œuvre ou en fournissant du sable et des gravillons. »

Depuis plus de 20 ans, les groupes de solidarité sont au cœur du travail d’Action de Carême et de ses organisations partenaires. Grâce à cette approche, la faim diminue de manière durable et à long terme. Apprenez-en plus ici.

Der Familienvater Etahery ist Mitglied einer Solidaritätsgruppe. Er hat agrarökologische Anbaumethoden angewendet, um verschiedene Gemüsesorten anzubauen.
Etahery, père de famille, est membre d'un groupe de solidarité. Il a utilisé des méthodes de culture agroécologiques pour cultiver différentes variétés de légumes.

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Dans la série d’histoires « Voix du Sud », les coordinatrices et coordinateurs des pays où Action de Carême est présente décrivent les conditions de vie des habitant·e·s dans le contexte de la guerre en Ukraine. Voici les témoignages de Diary Ratsimanarihaja et Parany Rasamimanana, membres de la coordination du programme Madagascar.
Dans la série d’histoires « Voix du Sud », les coordinatrices et coordinateurs des pays où Action de Carême est présente décrivent les conditions de vie des habitant·e·s dans le contexte de la guerre en Ukraine. En ces temps difficiles, les programmes d’Action de Carême redonnent espoir et confiance à celles et ceux qui luttent pour joindre les deux bouts.

Voici les témoignages de Diary Ratsimanarihaja et Parany Rasamimanana, membres de la coordination du programme Madagascar

« Madagascar est aux prises avec une inflation galopante qui la rend fortement tributaire de l’aide fournie par l’étranger. Même le riz, que l’île est pourtant capable de produire elle-même, doit être importé. Cette dépendance, liée aux conséquences des ouragans, du Covid-19 et d’une mauvaise gouvernance, appauvrit la population jour après jour. Nos projets se déroulent essentiellement dans les zones rurales, où les paysannes et paysans ignorent tout de la guerre en Ukraine.

Réunion des membres d’un groupe d’épargne.
Miser sur l’autosuffisance alimentaire
À l’heure actuelle, il est encore possible de s’approvisionner en céréales, en essence, en gaz, en huile de tournesol et en engrais. Les risques de pénurie évoqués dans les médias ont alimenté les spéculations et nous sommes confronté·e·s à un renchérissement continu depuis le début de l’invasion. L’inflation croissante représente un grave problème pour les ménages, le prix des marchandises devenant de plus en plus prohibitif pour nombre d’entre eux.

L’expérience nous a appris combien il est primordial pour les bénéficiaires de nos projets de miser sur l’autosuffisance face à une pénurie de produits importés comme celle qui menace actuellement l’île. L’instabilité économique mondiale générée par la guerre, couplée aux mauvais choix de gouvernance de nos dirigeant·e·s, nous conforte dans la conviction qu’il est crucial de prêter aide et assistance à la frange la plus défavorisée de la population. Aussi notre programme vise-t-il à permettre aux habitant·e·s de se nourrir par leurs propres moyens et de subvenir à une grande partie de leurs besoins. »

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Les projets d'Action de Carême offrent une issue aux familles pauvres. Ils initient des groupes d'épargne qui peuvent s'entraider en cas d'urgence avec des prêts sans intérêts - lorsque les réserves de nourriture s'épuisent à la fin de la saison des pluies, lorsque quelqu'un tombe malade ou lorsque les enfants ont besoin de matériel scolaire.

Ouragan Batsiray

Villages détruits – Routes sous l’eau

Dimanche, le cyclone Batsiray a atteint Madagascar. Non seulement des villages entiers ont été détruits, mais les pluies incessantes ont également détruit de nombreux champs et arbres, bases de l'existence des habitant·e·s. Diary Ratsimanarihaja, la coordinatrice du programme Madagascar d'Action de Carême, décrit la situation catastrophique dans les projets du sud-est du pays.

Diary Ratsimanarihaja, quelques jours seulement après la tempête tropicale, le cyclone Batsiray a touché terre dimanche dernier, comment se présente la situation ?

Selon la responsable du projet sur place, 95 % des maisons du district de Mananjary sont complètement détruites. Comme la grande majorité des gens vivent dans des maisons construites avec les feuilles de la plante Ravinala (arbre du voyageur), les maisons ont été littéralement soufflées. On estime que sur 30 maisons dans un village, il n’en reste que trois ou quatre, et même celles-ci sont endommagées. Les champs de légumes ont été soit inondés, soit détruits par le vent. De nombreux arbres sont tombés, même les arbres à pain, qui constituent une base alimentaire importante pour les habitants. En outre, de nombreux villages sont coupés de l’environnement à cause des inondations et l’électricité fait défaut. Nous ne pouvons pas encore nous faire une idée définitive de l’ampleur réelle de la catastrophe, nous manquons encore d’informations.

Quels sont les besoins les plus urgents ?

Les gens ont maintenant un besoin urgent de nourriture, d’eau et de médicaments. Car les réserves de nourriture ont été détruites. De plus, nous devons accélérer la reconstruction des maisons, car les infrastructures prévues pour accueillir les sinistrés ont également été détruites. Le vent a recouvert les toits des églises, des écoles et des centres communautaires. Actuellement, les gens vivent à trois ou quatre dans de petites cuisines qui ont résisté au vent. Certaines personnes ont trouvé refuge auprès de celles et ceux qui ont encore des maisons où l’on peut se mettre un peu à l’abri. Les besoins en semences sont également importants. Une fois les maisons reconstruites, les gens doivent pouvoir recommencer à cultiver, mais sans semences, cela ne va pas être possible.

Nous vous invitons à feuilleter notre numéro de Perspectives consacré à notre projet Tsinjo Aina Taratra à Madagascar.

Qu’est-ce qui a déjà pu être fait ?

L’organisation Taratra, responsable de cette région, a déjà envoyé une somme d’argent à l’équipe en guise d’aide pour les besoins les plus urgents. Au sein du bureau de coordination, nous discutons actuellement avec les responsables du programme et la direction de Taratra de la mise en place d’une aide. Cependant, en raison des informations encore vagues et de la coupure de la route vers Mananjary, il nous est encore difficile de planifier des actions concrètes.

Si vous souhaitez soutenir notre travail à Madagascar, en particulier en cette période difficile, vos dons sont les bienvenus. Merci beaucoup !

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Madagascar

Fermetures répétées des écoles à cause du Covid-19

La pandémie de coronavirus a également compliqué le travail des chargé·e·s de programmes d'Action de Carême. Tobias Buser, qui a est en charge du programme Madagascar depuis 2020, a dû attendre plus d'un an avant de pouvoir se rendre sur l'île et rencontrer les organisations partenaires pour la première fois.

Tobias, quelles sont tes impressions sur Madagascar après ton premier voyage en décembre ?

À cause de la pandémie, ma visite sur le terrain n’a pu se dérouler qu’à proximité de la capitale. Je suis donc principalement resté à Antananarivo où j’ai rendu visite à plusieurs autres organisations ainsi qu’à l’ambassade de Suisse en compagnie du coordinateur et de la coordinatrice du programme pays, Andrianparany Rasamimanana et Diary Ratsimanarihaja. Afin de travailler le plus efficacement possible, un atelier de quatre jours a été organisé, au cours duquel j’ai pu rencontrer personnellement toutes les représentantes et représentants des organisations partenaires. Malheureusement, j’ai dû repartir une semaine plus tôt que prévu en raison de la découverte du variant Omicron en Afrique australe, car l’Europe aurait également pu fermer ses frontières avec Madagascar à tout moment. Mais, même si mon voyage a été court, j’ai trouvé que Madagascar était un très beau pays, fertile et verdoyant.

Comment se présente la situation dans le pays ?

En novembre 2021, le gouvernement malgache a rouvert les frontières au tourisme, espérant ainsi donner une impulsion à l’économie. Cependant, avec cette ouverture, les craintes d’une augmentation des cas de Covid-19 et donc de nouvelles restrictions augmentent. Pour les habitant·e·s du pays, l’équilibre est fragile.

Officiellement, la pandémie n’a fait que peu de victimes. Quelle est ton évaluation et celle des organisations partenaires à ce sujet ?

En raison de sa situation insulaire et de la fermeture de la frontière, Madagascar a pu contrôler la pandémie relativement facilement. Jusqu’à la réouverture de la frontière en novembre 2021, il y a en effet eu relativement peu de victimes, bien que le nombre officiel de cas ne reflète probablement pas la réalité. Depuis la réouverture de la frontière, le nombre de nouvelles contaminations est toutefois en hausse.

Quels sont les effets de la pandémie ?

Les fermetures répétées des écoles au cours des deux dernières années ont eu un impact considérable sur les enfants. Après les vacances de Noël, la rentrée scolaire dans la région d’Analamanga, où se situe la capitale, a été repoussée de deux semaines, au 17 janvier, en raison des nombreux cas positifs. Rien que pour la première semaine de janvier, 1620 cas positifs ont été signalés dans cette région. Dans le reste du pays, 2155 nouvelles contaminations ont été enregistrées au cours de la même période.

Le sud du pays a connu une grande sécheresse l’année dernière. Action de Carême a apporté une aide d’urgence. Comment les gens se portent-ils aujourd’hui ?

Le projet d’aide d’urgence a permis d’assurer leur survie pendant trois à quatre semaines. Entre-temps, il a plu un peu, mais pas suffisamment pour que leur situation s’améliore. Ce qui manque à la population du sud, c’est l’accès à l’eau. Quand celui-ci sera garanti, elles pourront également pratiquer l’agriculture. Cette année, notre organisation partenaire Taratra se concentrera encore davantage sur la culture de denrées alimentaires partout où il y a des puits et où une irrigation minimale peut être assurée. La mise en place de la technique du « basket compost » qui consiste à mettre des plants en culture dans des trous remplis de déchets organiques fera partie de ce projet. Des lentilles, du manioc, du maïs et des arachides seront cultivés avec cette méthode. Dans la partie sud-est de Madagascar, cela permettra d’atteindre une productivité très élevée sur des sols pauvres en nutriments et sur une surface réduite. Pour atténuer durablement la faim, nous ne nous contenterons pas de cultiver des légumes dans les jardins. Notre organisation partenaire Taratra introduira également dans les villages, auprès des groupes Tsinjo Aina, la technique des « keyhole gardens » ou « jardins en trou de serrure » qui sont des sortes de potagers surélevés dans lesquels seront cultivé des légumes. De cette manière, les ressources rares telles que l’eau et les nutriments pourront être utilisées de manière optimale. De plus, nous encouragerons la mise en place de pépinières afin de stopper et, idéalement, d’inverser les effets négatifs de la déforestation sur le climat, comme le manque de pluie.

Quel est ton souhait et quels espoirs y associes-tu ?

Je souhaite que nous puissions poursuivre de manière optimale la collaboration dans le cadre du programme Madagascar, afin que les gens puissent améliorer leurs conditions de vie par leurs propres moyens.

Ici vous trouverez plus d’informations sur les projets de l’Action de Carême à Madagascar.

Nous vous invitons également à feuilleter notre numéro de Perspectives consacré à notre projet Tsinjo Aina Taratra à Madagascar.

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Un grand merci pour votre soutien

La pandémie de coronavirus a certes eu un impact sur le taux de mortalité, mais elle a aussi généré davantage de souffrance et d’injustice dans le monde entier. Le soutien aux populations les plus défavorisées est toujours nécessaire, voire vital. À travers ses projets, Action de Carême aide des communautés à assurer leur subsistance. La solidarité est essentielle à notre action.

Le nombre croissant de personnes qui souffrent de la faim en raison de l’augmentation du prix des denrées alimentaires figure parmi les problèmes qui se sont aggravés à cause de la pandémie. Dans certaines régions, les filles, qui n’ont plus de cours à cause de la fermeture des écoles, sont plus exposées à des grossesses précoces. Dans d’autres, les sans-papiers peinent à obtenir un rendez-vous pour se faire vacciner malgré qu’ils soient considérés comme des personnes à risque. Alors que l’économie, la science et la politique font les gros titres, des histoires comme celles-ci se perdent. Action de Carême donne une voix et des perspectives à ces personnes.

Quand tout le reste menace de se briser

Dans les moments difficiles, nous avons souvent tendance à nous concentrer sur les aspects négatifs. Or, il est d’autant plus important de partager les espoirs et les bonnes expériences. Par exemple, au Kenya, nos organisations partenaires relatent que la crise sanitaire a davantage mis en avant le travail des femmes, qui a été reconnu par leurs maris. Cela pourrait ouvrir la voie à une plus grande équité entre les sexes, même après la pandémie. Aux Philippines, où l’accès aux services de santé est faible pour les personnes marginalisées, les évêques offrent un soutien moral. Dans d’autres pays comme le Guatemala, les indigènes font preuve de solidarité vis-à-vis des plus démuni·e·s. Cela fait partie de leur culture.

Découvrez comment la crise du coronavirus affecte les 14 pays dans lesquels nous sommes actifs

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Les groupes de solidarité ont construit cette maison pour protéger leurs stocks de riz des inondations. Contre le virus, ils n'ont aucune protection.

La ville portuaire de Toamasina, sur la côte Est de Madagascar, n'est pas épargnée en ce moment. À la mi-mars, les quartiers situés en basse altitude ont été inondés par le cyclone Herold. Dans de nombreuses maisons, l'eau montait jusqu'aux genoux. À peine avait-elle commencé à se retirer que les populations ont été informées de la prochaine menace : une menace mondiale qui fait trembler même les pays industrialisés.

Tous les projets d’Action de Carême sont confrontés à des défis supplémentaires et nouveaux. Le 24 mars dernier, Jean Céléstin Heriniaina, responsable du projet regroupant environ 1500 groupes de solidarité, relatait ceci depuis Toamasina :

Le premier cas de Covid-19 s’est déclaré à Madagascar le 17 mars. Les inondations et maintenant cette épidémie perturbent la vie et de nombreuses personnes réagissent dans la panique. Les habitant·e·s de Toamasina tentent de s’approvisionner en riz, légumes et autres produits de première nécessité, malgré la hausse soudaine des prix. Le prix de l’huile de cuisson a déjà augmenté de 5 %. Un sac de riz, qui coûtait auparavant 90 000 Ariary (23 francs suisses), se négocie désormais au double de ce prix. À Bazary Kely – le marché local – et dans les supermarchés, tout a été acheté, les étals vidés le 21 mars. Même les stations d’essence sont à sec, on n’y trouve plus ni essence, ni mazout, ni gaz.

Mais pour combien de temps nos réserves suffiront-elles ? On peut supposer que la situation renforcera la pauvreté. Madagascar est l’un des pays les plus pauvres du monde, avec environ 80 % de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté fixé à 2 dollars par jour.

Le 22 mars, le président a déclaré l’état d’urgence et imposé un couvre-feu de 15 jours à la capitale et à Toamasina. Dans les rues de Toamasina, on peut sentir la panique des habitant·e·s, même si aucune contagion n’a été signalée jusqu’à présent.

Action de Carême prévoit de continuer à soutenir ses organisations partenaires, dans la mesure prévue, dans ses 14 pays d’intervention, afin qu’elles ne soient pas contraintes de licencier du personnel et qu’elles puissent adapter leur travail aux circonstances. À Madagascar, il est possible d’assurer une partie de l’accompagnement des groupes de solidarité via les téléphones portables. Les prêts que les groupes accordent sans intérêt – ou à un très faible taux – restent possibles. Comme il n’y a que peu de patient·e ·s atteint·e·s de Covid-19, on peut espérer que le virus ne se répandra pas de manière épidémique – cela aurait des conséquences dévastatrices pour une population démunie.

Afin de pouvoir maintenir et poursuivre ce travail, chaque don compte. Vous pouvez en apprendre plus sur notre programme à Madagascar ici.

 

 

Covid-19, une bombe à retardement pour le régime

Le journaliste Stefan Frey vit entre Olten et Diego Suarez, dans le nord de Madagascar. Il y a fondé l'organisation Mad'éole, qui approvisionne les villages en énergie éolienne et autres énergies renouvelables. Découvrez dans son article du 5 avril son regard d'observateur critique sur Madagascar et le Covid-19.

Le 1er avril 2020, l’Observatoire de la vie publique (SeFaFi) de Madagascar a publié une évaluation critique du système de santé malgache et a exprimé de sérieux doutes sur capacité de celui-ci à faire face à la pandémie. Dix jours plus tôt, le président Andry Rajoelina avait officiellement annoncé, dans une apparition télévisée pompeuse, que le coronavirus était arrivé sur l’île par des vols en provenance d’Europe entre le 11 et le 22 mars.

Les régions autour de la capitale Antananarivo et de la ville portuaire de Toamasina sont en quarantaine, l’espace aérien est fermé depuis le 22 mars, tout comme les ports. Selon le président, le pays comptait 59 cas de Covid-19 le 2 avril. Personne dans le pays n’y croit, c’est pourquoi des milliers de personnes prennent d’assaut les points de distribution des colis alimentaires. Les images de cet afflux massif tournent en dérision celles du président – qui s’adresse désormais à la population un jour sur deux par l’intermédiaire des médias réquisitionnés par les mesures d’urgence.

Dans sa dernière annonce, le SeFaFi fait référence à un phénomène devenu une culture : la corruption. Dans le système de santé également, les abus de pouvoir, les détournements de fonds et la corruption ouverte sont depuis longtemps devenus une menace existentielle. Les années de négligence du secteur de la santé ont pratiquement privé les hôpitaux de leurs possibilités de traitement. Par ailleurs, dans la population rurale, neuf personnes sur dix n’ont pas du tout accès au système de santé.

Stefan Frey commente ainsi les projets d’Action de Carême : « Il existe en outre de nombreux projets organisés et financés de manière purement privée, parmi lesquels celui d’Action de Carême est particulièrement remarquable.  Il permet l’auto-organisation de groupes de solidarités, dont les membres parviennent à sortir de la spirale de l’endettement et à se libérer des chaînes des usuriers. Ainsi, plus de cent mille personnes ont pu développer une perspective durable. »

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