Aimé Sawado, coordinateur de l'AKOFED

Le Burkina Faso, littéralement « le pays des hommes et des femmes intègres », est l'un des pays les plus pauvres du monde. Plus de la moitié de la population survit avec moins d'un dollar par jour. Face à la pandémie de coronavirus, le gouvernement a réagi en fermant ses frontières et en instaurant un couvre-feu qui pousse les habitant·e·s plus loin encore dans la pauvreté.

Les premières personnes atteintes du Covid-19 au Burkina Faso ont été des ministres, des ambassadeurs, un pasteur et son épouse de retour d’un voyage en France ainsi que l’archevêque de Ouagadougou, la capitale du pays. Depuis l’apparition de ces cas début mars, tout le pays retient son souffle. Les mesures prises par le gouvernement pour ralentir et stopper la propagation du virus affectent particulièrement durement les plus démuni·e·s qui représentent plus de 61 % de la population. Les villes sont mises en quarantaine et la pénurie de masques de protection, de savon et de produits désinfectants frappe tout le pays. Les marchés, les lieux de culte, les écoles et les gares sont fermés.

Mettre en œuvre au mieux les mesures de prévention

L’AKOFED (Association Koglzanga féminine pour le développement), organisation partenaire d’Action de Carême, est active auprès de la communauté rurale de Tikaré, à 140 km de la capitale. Aimé Sawado, coordinateur de l’organisation, déclare : « Le couvre-feu fixé de 19 heures à 5 heures du matin est respecté, même si de nombreuses personnes dans la région estiment que cela n’est pas justifié, puisque ce sont les villes, en particulier Ouagadougou, qui sont les plus touchées. L’organisation des événements sociaux n’a guère changé, voire pas du tout, puisque des rassemblements funéraires et des événements heureux comme les mariages continuent d’avoir lieu. Bien que certaines familles pratiquent le lavage des mains, il est difficile pour chacun·e de garder ses distances car cela ne s’inscrit tout simplement pas dans le contexte socioculturel. Se serrer la main, discuter en groupe, passer du temps ensemble fait partie de la culture burkinabé. »

De graves revers pour les projets

Les habitant·e·s de Tikaré vivent dans la crainte constante de l’évolution de la crise sanitaire. Les informations diffusées par les médias internationaux, le nombre de décès dans les pays les plus touchés, la mise à jour quotidienne de la situation à Ouagadougou quant aux nouvelles infections, aux décès et aux rétablissements, ne font que renforcer l’inquiétude. Les carences du système de santé – il y a cinq ventilateurs dans tout le pays pour plus de dix millions de personnes – alimentent également la peur. Les autorités sont conscientes de cette situation, mais que devraient-elles faire si la catastrophe se produit ? Aimé Sawado illustre avec humour l’état d’esprit dans son pays : « À Tikaré, le médecin-chef du centre médical et un de ses conseillers se sont rendus à la préfecture le 1er avril 2020 pour transmettre les dernières informations. « Monsieur le Préfet, nous venons d’accueillir un premier cas confirmé de Covid-19 et souhaitions vous en informer ». Le maire a gardé le silence pendant un long moment, un silence qui en disait long. Les porteurs du message ont alors compris qu’ils étaient allés trop loin et se sont empressés d’annoncer qu’il ne s’agissait que d’une mauvaise « blague ». Il n’est pas difficile d’imaginer le soulagement général. »

Mais, dans les faits, Aimé est inquiet. « En raison de l’interdiction de rassemblement et des mesures de distanciation sociale, nous ne sommes plus autorisé·e·s à rencontrer les bénéficiaires. Plusieurs de nos activités sont au point mort. Cela touche particulièrement les personnes qui sont organisées dans les calebasses de solidarité. Elles se réunissent généralement chaque semaine pour échanger des informations et collecter de l’argent afin de se préparer aux moments difficiles. Cela est désormais interdit. Heureusement, le travail dans les champs est encore autorisé. Cependant, si la fermeture des marchés et les autres mesures se poursuivent au-delà de la saison sèche, nous courons le risque de mourir de faim.

Covid-19 au Burkina Faso – Situation au 1er mai 2020

645 malades du Covid-19, 43 morts, 506 personnes guéries. Le nombre réel des personnes infectées n’est pas connu en raison du manque de kits de dépistage et de la quasi-inexistence des soins médicaux. Le pays compte déjà plus de 600 000 personnes déplacées fuyant l’avancée des groupes terroristes.

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Quinta Titus (à droite) bien avant que les restrictions prescrites ne conduisent le Namaqualand au bord de l'effondrement.

NAMKO, organisation partenaire d’Action de Carême, est l'une des rares ONG encore actives dans la région du Namaqualand, en Afrique du Sud. Elle ressent directement les conséquences des restrictions imposées pour enrayer la propagation du coronavirus.

Comme le rapporte Quinta Titus, l’une des coordinatrices de projet au sein de NAMKO, la population de cette région pauvre et isolée de l’extrême ouest de la province du Cap-Nord était convaincue que le coronavirus ne concernait que les gens riches, étant donné qu’ils sont les seuls à pouvoir voyager à l’étranger. Elle ne courait donc aucun danger.

Les habitant·e·s ont été d’autant plus surpris·e·s lorsque le président a annoncé qu’il allait imposer un confinement strict à tout le pays. Malgré l’étonnement, le sentiment que ces ordres ne les concernaient pas, a continué à prévaloir. Cependant, lorsque la police et la force de défense nationale sud-africaine ont commencé à patrouiller au sein des communautés, cela a douloureusement rappelé le régime de l’apartheid à de nombreuses personnes âgées. La jeune génération a, quant à elle, été frustrée par les restrictions, le couvre-feu et la fermeture des petits magasins. Les mouvements de résistance contre ces mesures ont conduit à une augmentation des brutalités policières.

Les écoles sont fermées, les enfants meurent de faim

Depuis le 23 mars, date du début du confinement en Afrique du Sud, les activités habituelles telles que rendre visite aux voisins, jouer au football ou encore se regrouper pour échanger des points de vue et partager des inquiétudes ne sont plus autorisées. Quinta Titus déclare : « Nous sommes habitué·e·s à nous emprunter des denrées alimentaires de base en cas de besoin, mais nous devons pouvoir circuler librement pour le faire. Les circonstances actuelles ne font qu’aggraver les difficultés que rencontrent notre peuple pour assurer sa survie. »

Les sources de revenus pour la plupart des habitant·e·s de la région sont constituées principalement par les prestations de l’aide sociale ainsi que par les petits travaux tels que les nettoyages, qui ne peuvent plus être effectués en raison des mesures de confinement. Par conséquent, les membres des communautés les plus démunies se couchent souvent le ventre vide. La fermeture des écoles a également eu un terrible impact sur les enfants. En effet, eux qui ont d’habitude droit à un repas gratuit par jour à l’école, s’en voient privés et peuvent passer la journée sans avoir pris un seul vrai repas. Les pleurs des enfants affamés du Namaqualand brisent le cœur des habitant·e·s.

Conseils par téléphone contre la violence domestique

Le sentiment de frustration augmente, surtout chez les hommes, et entraîne un accroissement des violences domestiques. Les femmes et les enfants, n’ayant plus la possibilité de quitter leur foyer, sont obligés de faire face à cette situation dramatique, souvent au péril de leur vie. Les collaboratrices et collaborateurs de NAMKO tentent d’aider les femmes concernées via Facebook, mais la charge émotionnelle est immense, car ils ne sont actuellement pas en mesure de leur offrir une aide directe.

Quinta Titus présente clairement les faits : « Dans la situation actuelle, notre peuple n’a plus aucun espoir. Les programmes d’aide du gouvernement ne sont destinés qu’à un petit nombre de personnes et plusieurs éléments démontrent des cas évidents de corruption au sein du programme de distribution des colis alimentaires. Notre peuple a besoin de soutien pour survivre, aujourd’hui plus que jamais. »

Colette Kalt, Action de Carême

Covid-19 en Afrique du Sud – Situation au 19 avril 2020

Les trois premiers cas ont été identifiés entre le 6 et le 12 mars. À ce jour, 3158 cas confirmés ont été signalés et 54 personnes sont décédées de la maladie. Jusqu’à présent, 903 personnes se sont rétablies. Dans tout le pays, 114’711 tests ont été effectués.

Dans la province du Cap Nord, la courbe d’infection est extrêmement plate, avec 16 cas signalés. La province de Gauteng présente le taux d’infection le plus élevé avec 1148 cas, suivie par la province du Cap-Occidental et le Kwa Zulu Natal avec respectivement 868 et 617 cas signalés.

L’organisation partenaire d’Action de Carême

NAMKO aide la population à constituer des groupements d’épargne communautaire afin d’améliorer ses conditions de vie. Les membres de ces groupes reçoivent des formations et des conseils qui leur permettent de s’affranchir de leurs dettes. La création de jardins familiaux et communautaires donne également la possibilité à des ménages et des communautés entières d’avoir accès à une alimentation variée et équilibrée à faible coût. Ainsi, au lieu de devoir acheter des aliments coûteux au supermarché, ces familles peuvent utiliser l’argent pour d’autres dépenses urgentes ou l’investir dans les groupes d’épargne.

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