En août2023, SofiaPoku, étudiante en art, est partie troissemaines au Sénégal sur invitation dAction de Carême. Pendant ce voyage, elle a fait de nombreuses observations, quelle a consignées dans son carnet de dessins. Malgré la chaleur et quelques problèmes gastriques, elle a pu accumuler de nombreuses impressions positives du pays et de ses habitant·e·s.  

Traversée du Sénégal en dessins
Groupes de solidarité et changement climatique
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Dans l’interview suivante avec notre rédacteur Ralf Kaminski, Sofia Poku répond à quelques questions concernant son voyage au Sénégal et les coulisses de son travail.

Comment est née cette coopération avec Action de Carême? 

Par hasard. En juin 2022, j’ai exposé à l’université mes dessins réalisés dans le cadre de mon travail de Bachelor sur les peintures rupestres au Maroc, et Vreni Jean-Richard, responsable du programme Sénégal à Action de Carême, est passée devant par hasard alors qu’elle suivait une formation continue dans l’établissement. Elle a tout de suite aimé mes dessins et m’a contactée pour me demander si je pouvais en faire de même pour le Sénégal. Et je me suis dit : pourquoi pas ? 

En quoi consistait ta mission exactement? 

Montrer d’un côté le travail mené au sein des calebasses de solidarité et, de l’autre, les effets du réchauffement climatique sur le pays et ses habitant·e·s. L’idée était d’exposer mes dessins lors d’événements en Suisse afin de donner diverses impressions du Sénégal. Vreni m’a vraiment donné carte blanche pour ce projet. 

Tu connaissais déjà le Sénégal? 

Non, c’était ma première fois dans le pays. Bien qu’ayant des racines en Afrique de l’Ouest – mon père est originaire du Ghana –, je ne m’étais jamais rendue dans cette région d’Afrique auparavant. C’est pourquoi j’ai été si emballée par le projet. J’ai voyagé seule, encadrée par AgriBio, une organisation partenaire de longue date d’Action de Carême au Sénégal. J’étais un peu anxieuse parce que je ne connaissais personne là-bas.  

Quelles ont été tes impressions du pays et de ses habitant·e·s? 

J’ai découvert une population très ouverte et dans l’échange. Et ce, dès mon arrivée à l’aéroport, quand j’attendais qu’un collaborateur ou une collaboratrice d’AgriBio vienne me chercher. Un soldat est tout de suite venu vers moi. Je craignais quelque chose de grave, mais il voulait juste discuter, sans arrière-pensée. Ça a été comme ça pendant tout mon voyage. Si je m’asseyais seule dans la salle du petit-déjeuner à l’hôtel, quelqu’un venait immédiatement s’asseoir avec moi et engageait la conversation. Les gens sont très chaleureux. Et dans les pays islamiques, il est normal d’offrir du thé ou donner à manger à ses convives, ça fait partie de l’hospitalité. 

Tu as donc beaucoup mangé? 

Oh oui ! Les plats sont consistants et les portions généreuses – un poulet entier par personne par exemple. Et les gens sont très déçus quand on ne finit pas son assiette. Ils me disaient toujours « Il faut bien manger ». C’est comme ça qu’ils voient l’hospitalité, même si ça implique de se priver parfois. Malheureusement pour moi, ce surplus de nourriture m’a souvent causé des problèmes gastriques et des diarrhées. En effet, les conditions d’hygiène sont très différentes de celles de la Suisse – et j’ai l’estomac fragile. Mais je n’avais pas vraiment d’autre choix que de manger ce qui m’était proposé. À un moment, c’est devenu tellement invivable que j’ai dû écourter mon séjour dans le nord du Sénégal pour retourner dans la ville de Thiès, dans un hôtel, pour me reposer, profiter de la climatisation et réduire mon alimentation. J’avais environ quarante degrés de fièvre, soit à peu près autant que la température ambiante. Dans le sud, il ne faisait pas aussi chaud, mais mon état ne s’est vraiment amélioré qu’une fois de retour en Suisse. 

Dans le nord, as-tu visité des projets d’Action de Carême? 

Oui, j’ai passé quelques jours dans une grande famille d’accueil, où j’ai pu visiter les environs, faire de nouvelles expériences, le tout accompagnée par l’artiste sénégalais Mahanta, qui peint lui aussi. 

Avez-vous échangé sur vos œuvres? 

Oui un peu, mais on est chacun restés concentrés sur notre propre travail. On traite souvent des mêmes thèmes, mais dans un style et sous une perspective différente. 

Pendant son voyage, Sofia Poku accorde une interview à notre partenaire sénégalais AgriBio Services.

Tes sujets sont multiples: des personnes, des animaux, des paysages, parfois tu donnes aussi la parole à des habitant·e·s. Il y a aussi beaucoup de verdure. 

Oui, en août, c’est la saison des pluies, mais cette année les précipitations ont été moins importantes que d’habitude, conséquence du réchauffement climatique. Sur mes dessins, on peut voir aussi que je me suis rendue dans des régions très arides. En effet, plus on va vers le nord, plus il fait sec et chaud. Ceux et celles qui le peuvent se lavent plusieurs fois par jour car la chaleur fait énormément transpirer. Mais dans de nombreux villages, les habitant·e·s n’ont pas accès à l’eau, ou seulement à des puits. 

Qu’as-tu pensé de notre travail sur le terrain? 

J’ai pu voir beaucoup de choses : non seulement les méthodes agricoles et le fonctionnement des calebasses de solidarité, mais aussi à quel point les organisations partenaires sont bien équipées pour faire leur travail et en documenter l’impact. J’ai pu assister à une réunion de calebasse à laquelle des femmes participaient : elles se sont assises autour du récipient et ont parlé, parlé, encadrées par des animateurs et animatrices. Mon impression ? Que plus les femmes s’amusent, plus elles contribuent à la caisse. 

Et les gens dans tout ça? 

Ils sont pauvres, mais l’aide apportée par Action de Carême fait vraiment la différence. Aussi parce que les approches adoptées tiennent compte des traditions locales. J’ai entendu des histoires de femmes au sein des calebasses qui, grâce à l’aide financière, ont pu surmonter des difficultés qui auraient entraîné d’importants problèmes autrement. Cela leur permet notamment d’acquérir une certaine autonomie vis-à-vis de leur mari. Pour ma part, malgré la pauvreté, je n’ai jamais vu le moindre sans-abri ou mendiant·e dans la rue, sans doute parce que l’entraide est particulièrement ancrée dans la culture sénégalaise, en particulier vis-à-vis des plus démuni·e·s. Mais par contre, il y a des déchets partout parce que le pays ne possède pas le moindre système de collecte, même dans les villes. Et bien sûr, ça ne sent pas très bon. Un jour, quelqu’un m’a dit : « La pauvreté, ça pue » – et malheureusement, ce n’est pas faux. 

Pourtant, ce n’est pas quelque chose que tu montres dans tes dessins. 

C’est vrai, j’ai omis les déchets et les mauvaises odeurs, mais pas consciemment en fait. Disons que c’est arrivé comme ça. Ce serait un thème important à aborder, absolument, car c’est là une conséquence des conditions de vie sur place. Mais j’ai été davantage marquée par d’autres sujets. 

Outre les problèmes d’indigestion, as-tu été confrontée à d’autres situations difficiles? 

Parce qu’elles vivent dans la pauvreté, de nombreuses personnes sont amenées à demander de l’aide, et ce, de manière plus ou moins discrète. Parfois, elles n’hésitent pas à demander directement de l’argent, mais surtout de l’aide pour entrer en Suisse d’une manière ou d’une autre. Pour elles, le fait d’être en contact direct avec une personne qui vient d’un pays prospère constitue une opportunité unique. Je me suis parfois retrouvée dans des situations désagréables, mais je suis toujours parvenue à décliner gentiment et à maintenir une certaine distance. Peut-être parce que j’ai été confrontée à ce type de situations avec mon père, qui aide certes sa famille au Ghana, mais reçoit aussi plus de demandes qu’il ne peut en satisfaire. 

Comment et où as-tu réalisé tes dessins? 

Il y a des jours où je n’ai pas dessiné du tout, surtout dans le nord, quand j’ai eu des problèmes de santé. J’avais trop chaud et je trouvais l’environnement trop bruyant. Je ne me suis vraiment lancée que dans la dernière partie, à l’hôtel, en ville, en puisant dans mes souvenirs ou en m’inspirant de mes photos. Mais plus de la moitié de mes croquis ont vu le jour une fois de retour en Suisse. Il m’a fallu du temps pour digérer tout ce que j’avais pu voir sur le terrain. 

Pourquoi parfois en couleur et parfois en noir et blanc? 

Au début, j’ai privilégié des esquisses au crayon parce que je ne savais pas encore trop comment utiliser la couleur. Pour mes dessins en couleur, j’ai utilisé des crayons de couleur, des feutres et des pastels. Et pour mes échantillons de couleur, j’ai travaillé directement sur ordinateur. 

Qu’espères-tu transmettre au public avec tes dessins? 

Que le Sénégal est un pays vivant, vibrant, coloré, où tout le monde ne vit pas dans la misère. Et aussi que les habitantes et les habitants sont fiers de leur culture et de leurs traditions. Je veux montrer toute la richesse et la complexité du pays. Parce que le Sénégal a du potentiel ! Il possède des bases solides sur lesquelles nous pouvons construire.

Sofia Poku avec des membres de notre organisations partenaire, qui s'engage pour une agriculture durable.

Sur Sofia

Sofia Poku, 24 ans, poursuit un master en médiation artistique avec une spécialisation en enseignement des arts à l’Université des arts de Zurich. Elle partage son temps entre sa colocation à Winterthour et la maison familiale à Rebstein (SG). À l’avenir, elle aspire à devenir professeure de lycée ou à travailler dans le domaine du social. 

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Catastrophes naturelles dévastatrices, ingérences extérieures problématiques, corruption flagrante et histoire coloniale tragique : les raisons d’une crise qui semble interminable sont multiples. Une plus grande attention de la communauté internationale serait bénéfique, mais seulement si elle place au centre le bien-être de la population, et non les intérêts commerciaux ou politiques des pays soutenants.

Texte: Ralf Kaminski, rédacteur chez Action de Carême

Les autochtones de l’île des Caraïbes, les Taïno, l’appelaient autrefois Kiskeya (terre merveilleuse) ou Ayiti (terre montagneuse). C’est de ce dernier nom que dérive Haïti. La tragédie de cette île, aujourd’hui appelée Hispaniola et partagée entre Haïti et la République dominicaine, a commencé en 1492 avec l’arrivée de Christophe Colomb. On estime que plusieurs centaines de milliers d’indigènes y vivaient alors. Ils furent décimés d’abord par les maladies apportées par les conquérants espagnols, puis, à partir de 1503, par un système de travail forcé proche de l’esclavage.

À la fin du XVIIe siècle, la France s’empara de la partie ouest de l’île et la mena à une prospérité économique énorme, basée sur la culture de la canne à sucre et du café. Saint-Domingue, comme Haïti s’appelait alors, était considérée comme la perle des Caraïbes et la colonie la plus riche de France. Dans les années 1780, environ 40 % du sucre et 60 % du café consommés en Europe provenaient de Haïti.

La révolution : entre liberté et nouveaux défis

Cette prospérité n’était possible que grâce à la déportation annuelle de dizaines de milliers de personnes d’Afrique, réduites en esclavage et forcées de travailler dans des conditions si misérables que beaucoup ne survivaient pas. Les profits princiers, quant à eux, atterrissaient en France.

Après la Révolution française, en 1791, la Révolution haïtienne éclata, menée par les esclaves qui représentaient alors environ 90 % de la population. À l’issue d’une longue et brutale guerre de libération, Haïti devint en 1804 la première « nation noire » indépendante, observée avec méfiance par les nations esclavagistes voisines qui craignaient la contagion.

Mais la joie sur l’île fut de courte durée. Rapidement, une élite d’anciens combattants de la liberté prit le pouvoir et opprima à son tour une grande partie de la population. La France ne digéra pas la perte de sa colonie et menaça de reprendre la guerre si des paiements compensatoires n’étaient pas effectués.

Membres d'un projet d'Action de Carême.
Membres d'un projet d'Action de Carême.

Les richesses d’Haïti ont coulé vers la France

Un groupe de recherche du « New York Times » a estimé en 2022 qu’Haïti a perdu plus de 100 milliards de dollars (valeur actuelle) en paiements aux anciens colons – une dette que des historiens internationaux qualifient de « probablement la plus abjecte de l’histoire ». La conclusion de cette enquête est sans appel : si cet argent était resté en Haïti et avait été investi dans le développement de la population, de l’économie et des infrastructures, le pays serait aujourd’hui bien plus prospère, comparable à son voisin, la République dominicaine.

Au lieu de cela, Haïti a dû orienter son économie vers le paiement de sommes exorbitantes à l’étranger. Le pays s’est d’abord concentré sur le café, puis sur le bois tropical. En peu de temps, 90 % des forêts du pays avaient disparu, avec des conséquences dramatiques pour l’agriculture. Haïti a également dû s’endetter ailleurs à l’étranger et a été occupé et pillé pendant deux décennies par les États-Unis.

Pendant plus de 125 ans, le développement économique d’Haïti a été paralysé. Les dettes envers la France n’ont été remboursées qu’en 1950. Le pays refuse toujours de compenser adéquatement cette dette historique. Et tandis que la population souffrait, une petite élite haïtienne menait une vie confortable, grâce à des dirigeants dictatoriaux et une corruption endémique.

Catastrophes naturelles et instabilité politique

À cela s’ajoutent des catastrophes naturelles graves. Le 12 janvier 2010, la capitale Port-au-Prince fut détruite par le plus puissant séisme de l’histoire des Amériques : il fit 300 000 morts, des centaines de milliers de blessés et 1,8 million de sans-abri. Haïti subit également régulièrement des ouragans et des sécheresses dévastateurs. Entre 1998 et 2016, diverses catastrophes naturelles ont causé des dommages de plus de 12,5 milliards de dollars.

La situation politique est restée instable depuis la chute de la dictature corrompue de la famille Duvalier en 1986. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, le pays vit dans une quasi-anarchie. Une grande partie de la capitale est contrôlée par des bandes criminelles, les enlèvements et les meurtres sont monnaie courante. La police, débordée et souvent corrompue, est impuissante. Ceux qui le peuvent quittent le pays, privant Haïti des talents dont il a désespérément besoin.

L’exploitation au détriment des investissements

Un autre facteur non négligeable des problèmes du pays est l’absence d’investissements internationaux majeurs. « Contrairement à d’autres pays des Caraïbes, Haïti n’a jamais attiré de grands investissements internationaux, ni dans l’industrie sucrière, ni dans le tourisme, qui prospère depuis les années 1970 », explique le coordinateur d’Action de Carême en Haïti. « De tels investissements stimulent non seulement l’économie, mais obligent aussi les investisseurs à prendre les bonnes décisions pour protéger leurs intérêts. »

Au lieu de cela, la communauté internationale a soutenu une élite économique locale corrompue, intéressée par des gains rapides dans le commerce import-export. « Bien sûr, Haïti porte une part de responsabilité dans la situation actuelle », reconnaît notre coordinateur, dont nous ne révélerons pas le nom pour des raisons de sécurité. « Mais depuis plus de 30 ans, les différents gouvernements ont pris leurs décisions stratégiques soit en complicité avec les exigences des pays donateurs internationaux, soit sous leur pression. La responsabilité est donc partagée. »

Une aide extérieure indispensable

Le fait que l’attention de la communauté internationale soit actuellement portée sur d’autres points chauds aggrave encore la situation. « Cela ne surprend personne ici », déclare notre coordinateur. « Les conflits en Ukraine et à Gaza ont une importance géostratégique qu’Haïti n’a pas. Et la tragédie humaine ne suffit pas à mobiliser les ressources nécessaires. »

Pourtant, Haïti a désespérément besoin d’aide extérieure, malgré les expériences souvent négatives des dernières décennies. « Il est crucial d’impliquer la population haïtienne dans la résolution des défis, comme le fait Action de Carême en soutenant les organisations partenaires locales. »

Pour améliorer la situation, il faut une stabilité politique minimale sous forme d’un gouvernement de transition et le rétablissement de l’ordre public avec une aide externe. « Des élections libres et un gouvernement fonctionnel sont également nécessaires », ajoute Benno Steffen, responsable du programme Haïti chez Action de Carême. Il craint que la situation sécuritaire précaire ne s’étende à d’autres régions du pays.

Paysanne en train de jardiner.
Paysanne en train de jardiner.

En Haïti, une succession de crises met en péril la vie des habitant·e·s. Plus de 3,6 millions de personnes sont menacées d’insécurité alimentaire. Découvrez nos projets qui apportent des solutions concrètes dans ce pays.

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Les gangs criminels de l’île des Caraïbes ont uni leurs forces et exercent désormais un contrôle sur environ 80 % de la capitale, Port-au-Prince. Face à cette escalade, le gouvernement a instauré l’état d’urgence, fermé les aéroports internationaux et scellé la frontière avec la République dominicaine. Dans ce contexte tendu, le coordinateur du programme d’Action de Carême se retrouve bloqué dans une banlieue de la capitale, avec pour l’instant un approvisionnement suffisant. Malgré ces défis sécuritaires, notre programme national se poursuit.

La situation, déjà précaire depuis des années, s’est brutalement détériorée ces derniers jours. Des alliances inattendues entre bandes criminelles ont été formées, entraînant la mort de plusieurs policiers et une prise de contrôle significative de Port-au-Prince. Par ailleurs, la libération de quelque 4000 détenus, parmi lesquels des individus très dangereux, provenant de deux prisons, accentue la pression sur une situation déjà explosive. Les gangs exigent maintenant la démission du Premier ministre Henry, actuellement bloqué à l’étranger et sans moyen de retourner dans son pays. Cette crise sécuritaire a entraîné la fermeture des aéroports internationaux de Port-au-Prince et du Cap-Haïtien, ainsi que la mise en place de mesures strictes à la frontière avec la République dominicaine, voisine immédiate d’Haïti.

Ambassades fermées

Le gouvernement haïtien a déclaré l’état d’urgence et instauré un couvre-feu nocturne. Cependant, l’application de ces mesures dans la capitale, Port-au-Prince, s’annonce ardue. La communauté internationale réagit également face à cette crise : la Suisse, tout comme d’autres nations, avait déjà fermé son ambassade l’année dernière, et les autres représentations diplomatiques sont désormais également fermées. Les États-Unis ont recommandé à leurs citoyens de quitter immédiatement le pays, une tâche difficile dans les circonstances actuelles.

Le coordinateur de programme d’Action de Carême, dont nous préservons l’anonymat pour des raisons de sécurité, réside dans la banlieue de Port-au-Prince et effectue son travail depuis son domicile. Malheureusement, toutes les routes menant hors de son quartier sont bloquées, l’empêchant de se déplacer. Heureusement, il dispose d’un stock suffisant d’eau et de provisions à son domicile pour faire face à cette situation, du moins pour le moment.

Surtout active dans les zones rurales, Action de Carême maintient son programme

La majorité des partenaires d’Action de Carême opèrent dans les régions rurales, relativement épargnées par l’activité des gangs jusqu’à présent. Cela permet le maintien des activités de projet, assurant ainsi un approvisionnement en denrées alimentaires locales pour les communautés touchées.

Cependant, l’accès aux services bancaires, tous situés dans les villes, devient encore plus problématique qu’à l’accoutumée. De plus, il est à craindre que certains criminels évadés ne retournent dans leur région d’origine, ce qui pourrait potentiellement déstabiliser les zones rurales. Dans l’ensemble, la situation de l’approvisionnement alimentaire devient de plus en plus précaire. Dans l’un des pays les plus défavorisés de la planète, cette instabilité accroît le risque de voir une augmentation du nombre de personnes confrontées à la faim dans un avenir proche.

La maggior parte delle nostre organizzazioni partner ad Haiti opera nelle aree rurali.

Les gangs, nouveaux acteurs politiques

Dans une tentative de comprendre les motivations derrière l’escalade de violence perpétrée par les gangs criminels en Haïti, Benno Steffen, responsable du programme en Haïti chez Action de Carême à Lucerne, partage son point de vue lors d’un entretien avec notre coordinateur. Selon lui, il semblerait que les gangs cherchent à s’affirmer comme des acteurs politiquement légitimes. Cette assertion intervient alors que des forces de police étrangères, agissant sous mandat de l’ONU, sont sur le point d’intervenir pour stabiliser la situation dans l’île des Caraïbes.

« Les gangs cherchent probablement à établir une position de force afin de négocier ultérieurement leur impunité, comme cela s’est déjà vu dans d’autres pays d’Amérique latine », explique Benno Steffen. Cette stratégie vise peut-être à anticiper les négociations à venir avec les forces internationales, renforçant ainsi leur position dans le processus de résolution de la crise haïtienne.

En Haïti, des crises multiples mettent à mal la population. L’alimentation de plus de 3,6 millions de personnes est menacée. Pour en savoir plus sur les projets d’Action de Carême en Haïti, cliquez ici.

La maggior parte delle attività del progetto può quindi continuare nonostante l'escalation.

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Action de Carême est toujours à pied d’œuvre en Haïti, en dépit d’une situation très délicate qui rend l’accompagnement des projets d’autant plus important, comme nous l’explique notre coordinateur local.

Une interview de J. V.*, coordinateur d’Action de Carême en Haïti
Texte : Ralf Kaminski, rédacteur chez Action de Carême

Comment progressent les projets d’Action de Carême en Haïti ?

Bien, pour l’instant. Les techniques agroécologiques et les groupes de solidarité promeuvent la sécurité alimentaire, améliorent la situation financière et renforcent la confiance en soi des communautés villageoises. Toutefois, notre programme, qui touche plus de 20 000 personnes, n’avance que parce que la situation sécuritaire est encore plus ou moins bonne en zone rurale.

Et pas ailleurs ?

Non. La situation n’a cessé de se dégrader depuis que je suis entré en fonction en 2019, au beau milieu d’une crise politique.

Quelles sont les causes de cette crise ?

C’est un soulèvement populaire contre la corruption des dirigeants qui en est à l’origine. Mais, aujourd’hui, des groupes lourdement armés ont mis un terme aux manifestations et sèment la terreur dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, ce qui entrave gravement les déplacements.

Un exemple ?

Il vaut mieux ne pas quitter la ville avant de s’être renseigné sur la situation à notre destination et tout au long du trajet. Pour ce faire, je suis plusieurs groupes sur WhatsApp pour me tenir au courant des événements, j’appelle les gens sur place, j’écoute la radio. Et il arrive fréquemment que j’annule une visite parce que le danger est simplement trop grand. Souvent, la solution consiste à prendre l’avion pour une partie du trajet, puis de poursuivre en voiture.

Que font ces groupes ?

Ils dressent des barrages sur les routes et prélèvent un « péage ». Les enlèvements sont aussi monnaie courante. En 2023, durant les neuf premiers mois de l’année, il y en a déjà eu plus de 900, dont 63 concernant des personnes étrangères. De plus, des bandes pillent des quartiers entiers et en chassent les habitant·e·s. Les personnes déplacées se comptent déjà par dizaines de milliers.

Eine Bäuerin bewirtschaftet ihr agrarökologisches Feld.
La plupart des projets d'Action de Carême en Haïti sont situés dans des régions rurales, où la situation sécuritaire est moins tendue.

L’accès à nos projets en souffre-t-il aussi ?

La plupart d’entre eux se trouvent à la campagne, dans des zones moins exposées aux dangers. Toutefois, cela fait deux ans que, pour des raisons de sécurité, je ne peux plus rendre visite à deux de nos organisations partenaires situées dans le département d’Artibonite. Or, les événements rendent notre travail d’autant plus important. Grâce à l’agroécologie, les familles paysannes cultivent elles-mêmes les aliments dont elles ont besoin et grâce aux groupes de solidarité, elles peuvent emprunter de petites sommes d’argent. En revanche, nous avons de la peine avec toutes les activités pour lesquelles le bon fonctionnement des institutions est indispensable.

Pendant un an, un millier de policiers étrangers supervisés par l’ONU contribueront à la lutte contre les groupes armés. Cela va-t-il changer quelque chose ?

La dernière mission de ce genre s’est terminée il y a cinq ans sur un résultat manifestement mitigé, d’où le scepticisme de la population. Il est cependant indéniable qu’un soutien armé est nécessaire, car Haïti n’a pas d’armée et moins de 10 000 policiers pour 12 millions d’habitant·e·s.

La situation en Haïti est difficile depuis plusieurs décennies. Où est le problème ?

La déliquescence de l’État est la résultante d’événements historiques et de lacunes structurelles. L’élite corrompue presse Haïti comme un citron et ne se soucie absolument pas de léguer à ses descendant·e·s un pays en état de marche. Et les pays bailleurs de fonds craignent toujours que la situation devienne complètement incontrôlable, raison pour laquelle ils soutiennent même des gouvernements très corrompus. La fuite des cerveaux est un autre grave problème : plus de 80 % des Haïtien·ne·s titulaires d’un diplôme universitaire vivent à l’étranger.

*En raison du contexte sécuritaire précaire en Haïti, nous préférons ne pas mentionner de noms.

Agrarökologischer Anbau ermöglicht eine unabhängige Nahrungsmittelversorgung.
Les techniques agroécologiques permettent aux agriculteurs et aux agricultrices de cultiver leurs propres aliments.

En Haïti, de multiples crises affectent la population. L’alimentation de plus de 3,6 millions de personnes est menacée. Apprenez-en plus sur nos projets dans le pays.

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En Haïti, les changements climatiques, des méthodes de culture inadaptées et un manque de gouvernance mettent à mal la population, menaçant l’alimentation de plus de 3,6 millions de personnes. Les projets d’Action de Carême apportent un soulagement essentiel.

Haïti est l’un des pays les moins r responsables des changements climatiques (il ne génère que 0,3 % des émissions mondiales de CO2), mais aussi l’un de ceux qui en souffrent le plus : les sécheresses s’allongent, la saison des pluies est plus courte mais plus violente, et les cyclones sont de plus en plus fréquents. « Aujourd’hui déjà, la côte recule à certains endroits », explique J. V.*, coordinateur d’Action de Carême en Haïti. « En même temps, le niveau des nappes phréatiques s’abaisse dans certaines régions, de sorte qu’il faut creuser toujours plus profond pour obtenir de l’eau douce ».

Le principal défi, c’est l’érosion, causée notamment par le déboisement. Même si plus de 70 % du pays est montagneux, « aucune pente n’est trop raide pour empêcher la culture d’aliments », estime-t-il, « c’est tout simplement inévitable ». Or, lorsque des pluies diluviennes déferlent sur l’île des Caraïbes, les terres arables sont particulièrement menacées. « Quand la couche supérieure est emportée par les flots, on ne peut plus rien cultiver, et dans les zones de plaine, on risque des glissements de terrain et des inondations. » Notre coordinateur craint que, d’ici 2030, environ 20 % des zones actuellement cultivées deviennent impropres à l’agriculture.

« Nos organisations partenaires sensibilisent la population et leur apportent aux habitant·e·s un savoir-faire technique. »

L'érosion entraîne également la perte de terres sur la côte, comme ici à Port Salut, dans le sud d'Haïti.

L’agroécologie et le reboisement émergent comme des solutions viables

L’une des solutions efficaces à ce problème, financée par Action de Carême, consiste à ériger des barrières anti-érosion qui peuvent prendre la forme de terrasses, de diguettes en pierre ou de barrières végétales. « Nos partenaires sensibilisent les personnes participant aux projets à cette cause et leur transmettent le savoir-faire nécessaire », ajoute le coordinateur. « Et nos barrières anti-érosion servent d’inspiration à d’autres paysan·ne·s, qui ne font pas partie de nos projets. » Une transmission qui n’est cependant pas assez systématique dans l’ensemble du pays : « C’est une tâche
titanesque. »

Le réchauffement planétaire n’a fait qu’aggraver une situation due à un déboisement excessif, une pratique qui remonte à de longues années. Certes, des projets de reboisement sont menés à terme, mais la superficie que l’on peut y consacrer est limitée, car la plus grande partie des terres arables doivent être utilisées pour nourrir une population en augmentation. En outre, la majorité des ménages cuisinent encore au bois ou au charbon de bois.

« Il n’en reste pas moins que nous enregistrons des avancées avec nos partenaires », se réjouit le coordinateur, « car nous nous engageons dans des régions particulièrement touchées par les changements climatiques. » Les techniques agroécologiques accroissent le rendement et promeuvent aussi la biodiversité. « Grâce à cette conversion et aux projets de reboisement, certaines espèces d’insectes et d’oiseaux se sont réinstallées dans la région », se félicite-t-il.

*En raison du contexte sécuritaire précaire en Haïti, nous préférons ne pas mentionner de noms.

Le travail d’Action de Carême est d’autant plus important en période d’instabilité et de crise et constitue une lueur d’espoir pour les personnes qui participent à nos projets. Apprenez-en plus sur notre programme national Haïti ici.

Des paysannes installent des barrières pour protéger leurs champs de l'érosion.

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Christa Suter est spécialiste des systèmes alimentaires et responsable du programme d’Action de Carême au Kenya. À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, elle nous explique pourquoi tant de personnes souffrent de la faim et présente quelques initiatives porteuses d’espoir. 

À travers le monde, une personne sur dix souffre de la faim. Pourquoi ce chiffre est-il si élevé? 

Chaque région a ses spécificités. Cependant, les changements climatiques affectent l’agriculture dans le monde entier et réduisent les récoltes. À cela viennent souvent s’ajouter des facteurs politiques et économiques. Tout le monde n’a pas les moyens de se procurer des aliments sains, de qualité et en quantité suffisante.Dans de nombreuses régions, les prix des céréales et d’autres denrées alimentaires ont explosé car les coûts de l’essence et de l’énergie ont eux aussi augmenté. Sans compter l’inflation, qui est bien plus forte dans les pays où Action de Carême est présente qu’en Suisse. Dans un tel contexte, les populations les plus démunies ne peuvent tout simplement pas subvenir à leurs besoins. 

« La situation de la faim dans de nombreux pays reste très préoccupante »

Fait positif, on estime que le nombre de personnes souffrant de la faim a baissé de près de 100millions par rapport à l’année dernière, atteignant un total de 700millions. Cela serait-il le signe d’une amélioration globale de la situation? 

Pas vraiment, car la situation reste dramatique. Alors que la faim a progressivement reculé depuis l’an 2000, nous assistons depuis 2015 à une stagnation des progrès, voire à une nouvelle aggravation de la faim pendant la pandémie de Covid-19. Les succès sont ponctuels, mais la situation de la faim dans de nombreux pays est toujours très préoccupante et personne n’est à l’abri. La faim peut avoir des répercussions tout au long de la vie, notamment sur le développement des enfants. Mais pas seulement: les femmes sont également fortement touchées car ce sont souvent elles qui se privent lorsque la nourriture vient à manquer. 

Dans les faits, est-il possible de produire suffisamment de nourriture pour le monde entier? 

Oui, en réalité, il y a assez de nourriture pour tout le monde, c’est surtout la répartition qui est injuste, tant entre le Sud et le Nord qu’à l’intérieur même des pays. À cela vient s’ajouter un énorme gaspillage alimentaire. La lutte contre la faim est davantage une question éthique. Il faudrait plutôt se demander si la communauté internationale est prête à remédier à cette situation injuste. 

Plus les gens produisent eux-mêmes leurs aliments, plus ils sont indépendants des prix élevés du marché.

Vous êtes également responsable du programme national d’Action de Carême au Kenya. Quelle est la situation dans ce pays? 

Dans l’ouest du Kenya, les agriculteurs et agricultrices ont pu récolter, mais une sécheresse a suivi. Lors de la deuxième saison de culture, il a de nouveau plu. Cependant, les précipitations ont été si violentes qu’elles ont causé des inondations dans de nombreuses régions du Kenya, alors que dans d’autres, les habitant·e·s attendent toujours la pluie. Dans le sud-est du pays, cinq saisons des pluies ont été anormalement absentes. Les agricultrices et agriculteurs ne possèdent pas de systèmes d’irrigation et vivent donc à la merci de la sécheresse. Par ailleurs, au Kenya la misère s’aggrave en raison de la hausse globale des prix. 

« Une approche importante consiste à encourager la mise en réseau des agricultrices et agriculteurs  »

Quelles sont les mesures mises en place par Action de Carême pour lutter contre la faim au Kenya? 

Nous donnons aux agricultrices et agriculteurs les moyens d’établir des systèmes alimentaires locaux, indépendants et plus résistants à la sécheresse. Il s’agit d’agroécologie, une approche qui consiste à mettre en place des méthodes agricoles adaptées aux conditions locales et respectueuses de l’environnement. Une approche importante est la mise en réseau des agricultrices et agriculteurs: nous les soutenons dans la formation de groupes de solidarité afin qu’ils et elles puissent s’aider mutuellement. Dans les projets d’Action de Carême au Kenya, nous dénombrons déjà 545 groupes de solidarité, qui réunissent un total plus de 10000 membres, dont trois quarts sont des femmes. Grâce à l’agroécologie, les familles paysannes parviennent à produire suffisamment d’aliments sains et à renforcer ainsi leur résistance aux changements climatiques, notamment la sécheresse. 

Grâce aux méthodes de culture agroécologiques, il est possible de produire suffisamment de nourriture malgré les sécheresses.

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Le réchauffement climatique touche le plus durement les groupes les plus vulnérables, dont la population sénégalaise. Aboubarcry Sall est le coordinateur de notre projet Bamtaree-Podor. Il nous raconte les conséquences de la crise climatique et les mesures qui sont prises.

 

« La sécheresse et le manque d’eau qui sévissent dans la région du Fouta au nord du Sénégal sont une des conséquences du réchauffement planétaire. Cela entraîne une disparition tragique d’espèces végétales et animales et porte de plus en plus atteinte à la sécurité alimentaire des populations et du bétail. Les pâturages et les ressources en eau diminuent comme peau de chagrin, notamment en raison de l’essor des cultures irriguées – notamment rizicoles – et de l’abus d’engrais chimiques et de pesticides, ces derniers ayant également des effets néfastes sur la santé des habitant·e·s. À la recherche de pâturages, les éleveuses et éleveurs doivent parcourir de longues distances, ce qui les éloigne de leur domicile habituel. S’ils emmènent leur famille, c’est l’éducation des enfants qui s’en ressent.

Précipitations irrégulières

Depuis plus de trois décennies, nous enregistrons des précipitations irrégulières en constante diminution. Auparavant, la saison des pluies durait de mai à octobre, soit six mois, et apportait 400 à 500 mm de précipitations. Ces vingt dernières années toutefois, elle ne dure que d’août à octobre et apporte moins de 250 mm. En revanche, nous subissons des inondations lors des années pluvieuses.

S’adapter au réchauffement climatique

Malgré tout, la population fait preuve de résilience et met au point des stratégies d’adaptation à la nouvelle donne. Pour assurer leur approvisionnement en eau, les habitant·e·s forent des puits et construisent des mares. Dans le domaine agricole, la sélection de semences résistantes à la sécheresse pour les cultures céréalières et maraîchères sur les champs familiaux ou collectifs fait des merveilles. En outre, la création de groupes de solidarité permet aux familles paysannes de s’entraider en temps de pénurie. »

L’approche des groupes de solidarité est originaire du Sénégal et constitue un pilier central du travail de l’Action de Carême. Pour en savoir plus sur les groupes de solidarité, cliquez ici.

Die anhaltende Trockenheit lässt Menschen und Tiere in Senegal leiden.
La sécheresse persistante affecte tant les humains que les animaux.

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À Madagascar, l’ombre menaçante de la crise climatique se dessine, oscillant entre des périodes de sécheresse et des pluies diluviennes associées à des cyclones dévastateurs. Ces phénomènes engendrent d’importantes pertes de récoltes dans le secteur agricole, comme le souligne notre coordinatrice de programme à Madagascar, Diary Ratsimanarihaja.

« Après trois années de sécheresse consécutives à Madagascar, ce sont deux cyclones, Batsirai et Emnati, qui ont ravagé le sud de l’île en février 2022. Dans le district de Betioky, la pluie n’a fait sa réapparition qu’en février et mars de cette année. Si les habitant·e·s se réjouissent de ces précipitations, ces dernières n’apportent toutefois pas les bienfaits escomptés. Les fortes pluies, en particulier celles qui ont accompagné les cyclones, ont en effet dévasté les champs. La principale culture de la région, le manioc, n’a ainsi produit aucun tubercule, certaines boutures ayant par ailleurs pourri à cause de l’excès d’eau. En outre, les semences de légumes que les paysan·ne·s n’ont pas pu utiliser pendant les trois années sans pluie, n’ont pas germé une fois mises en terre. Cet allongement des périodes de sécheresse est imputable au réchauffement climatique. Étant donné que le sud de Madagascar connaît un climat semi-aride, les précipitations y sont déjà rares « en temps normal ». À la suite de cette longue période d’absence de pluie, la situation ne s’est pas encore rétablie. De fait, en raison des semences périmées, les récoltes engrangées cette année ne suffisent toujours pas. Si la pluie vient aussi à manquer durant la prochaine période de culture, la population de la région s’exposera à un nouveau risque de famine.

Groupes de solidarité et agroécologie : deux approches clés

Pour prévenir ces difficultés, il est important de renforcer les groupes de solidarité afin de reconstituer les épargnes collectives. La formation aux techniques de culture agroécologiques est l’un des axes du programme Tsinjo Aina, soutenu par Action de Carême. Ces pratiques sont nos alliées dans l’amélioration de la résilience face aux conséquences des changements climatiques. Il s’agit de favoriser la diversification et l’association des cultures en vue de limiter l’incidence des insectes ravageurs et de garantir une alimentation variée aux familles paysannes.

L’eau, un bien précieux

L’expression « l’eau, source de vie » prend véritablement son sens dans la région : l’or bleu représente une ressource précieuse indispensable à l’agriculture. Grâce au projet Rano Aina, certains villages disposent de puits et de forages à proximité desquels les habitant·e·s peuvent mettre en pratique les techniques agroécologiques apprises lors des formations sur des champs communautaires. En plus de participer à la production de nourriture et de semences, ces parcelles offrent aussi une source de revenus d’appoint pour les membres des groupes de solidarité. Malheureusement, plusieurs de ces puits sont vétustes et endommagés. La réhabilitation des pompes améliorerait considérablement la résilience des paysan·ne·s, qui sont prêt·e·s à s’investir dans ce travail, par exemple en mettant à disposition de la main-d’œuvre ou en fournissant du sable et des gravillons. »

Depuis plus de 20 ans, les groupes de solidarité sont au cœur du travail d’Action de Carême et de ses organisations partenaires. Grâce à cette approche, la faim diminue de manière durable et à long terme. Apprenez-en plus ici.

Der Familienvater Etahery ist Mitglied einer Solidaritätsgruppe. Er hat agrarökologische Anbaumethoden angewendet, um verschiedene Gemüsesorten anzubauen.
Etahery, père de famille, est membre d'un groupe de solidarité. Il a utilisé des méthodes de culture agroécologiques pour cultiver différentes variétés de légumes.

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Notre collègue Daria Lepori est revenue récemment d’un voyage en Colombie au cours duquel elle a eu l’occasion de rencontrer des représentant·e·s de nos organisations partenaires ainsi que des personnes impliquées dans nos projets. Elle nous fait part de ce qui l’a particulièrement impressionnée.

Entretien avec Daria Lepori, chargée de la Sensibilisation et de la Campagne œcuménique en Suisse italienne

Quelles sont les conditions de vie des habitant·e·s de la région que tu as visitée ?

Les gens vivent dans des habitations modestes. À Morales, dans le département du Cauca, à l’ouest de la Colombie, nous avons notamment visité deux fincas (fermes). Dans cette région, environ neuf fermes sur dix cultivent des plants de coca. Au niveau politique, il existe une volonté claire de se débarrasser de cette activité, illégale et polluante en raison des nombreux engrais et pesticides utilisés. Abandonner la culture de coca pour se consacrer exclusivement à une agriculture de subsistance et durable est cependant un revirement qui demande du courage et de la détermination de la part des familles paysannes, ainsi qu’un soutien extérieur – tel que celui apporté par notre programme dans le pays – qui offre une alternative. Pour beaucoup, la culture de coca est la seule source de revenus et la pression des narcotrafiquants est constante. L’endettement est très répandu au sein de la population rurale. En effet, les agricultrices et agriculteurs sont souvent contraints de contracter des prêts avec des taux d’intérêt élevés auprès d’usuriers pour acheter les engrais onéreux nécessaires à cette culture. Ils doivent ensuite rembourser ces prêts au quotidien, un système appelé gota a gota (goutte à goutte).

De quoi s’occupe l’organisation partenaire que tu as rencontrée au cours de ton voyage ?

L’organisation Semillas de Agua mène des projets dans différents départements de Colombie et s’occupe principalement de la réhabilitation des sols. Son directeur, David Diaz, agronome de formation, s’est engagé à aider les familles paysannes à comprendre l’importance d’un sol fertile pour produire des denrées de qualité afin de s’assurer une alimentation et une vie saines. Il leur apprend à transformer, grâce à des méthodes agroécologiques, un sol contaminé par les pesticides en un sol fertile et productif, capable également de capter le CO2. En Colombie, le sol est source de conflits : les un·e·s veulent l’exploiter pour en extraire des matières premières, les autres pour y faire pousser des plants de coca.

Qu’est-ce qui t’as particulièrement frappé chez les personnes impliquées dans le projet soutenu par Action de Carême ?

Certainement la détermination et l’enthousiasme de ces personnes à vouloir choisir une autre vie, alors que tout le monde autour d’elles cultive la coca, avec les pressions inévitables, entre autres psychologiques, que cela implique. Cette approche change réellement leur vie pour le mieux. Les personnes impliquées dans le projet ne consomment pratiquement que des aliments autoproduits, du café à la papaye.

Ein Mann und Frau aus Kolumbien stehen in ihrem Garten.
Au cours du voyage, Daria Lepori a rencontré plusieurs familles paysannes dans leur ferme.

Quels effets du projet as-tu constatés sur la vie des personnes impliquées ?

Grâce au projet, les familles paysannes commencent à porter un regard critique sur ce qui a été fait jusqu’à présent et comprennent les effets positifs d’une agriculture différente pour l’environnement et pour les êtres humains. Un jeune agriculteur a rapporté que depuis qu’il pratique l’agroécologie, non seulement sa récolte a augmenté, mais la santé de son père malade s’est également améliorée. De plus, grâce au projet d’Action de Carême, les gens se mettent à construire des fourneaux économes en bois pour cuisiner. Pour enrichir leur alimentation, ils élèvent également des poissons dans des étangs alimentés par l’eau pompée dans les cours d’eau voisins à l’aide de pompes solaires. Le surplus de production est vendu au marché, ce qui leur assure un petit revenu, et les prises sont stockées dans des réfrigérateurs fonctionnant à l’énergie solaire.

Y a-t-il quelque chose qui t’a particulièrement frappée ?

L’entité forte que j’ai perçue partout de manière particulière, c’est la Terre, le contexte environnemental, ce qu’on appelle l’environnement moyen. C’est l’endroit, à mon avis, où les deux entités, l’être humain et Dieu, se rencontrent. On perçoit vraiment la Terre-Mère qui nourrit et produit par exemple ce café que je consomme depuis des années et que je n’ai jamais vu pousser. Lors de visites d’autres projets et de rencontres, ce qui m’a le plus frappé, ce sont les blessures profondes laissées par les années de guerre civile. Les déplacements forcés, les assassinats et les disparitions de personnes ont durement marqué la population colombienne.

En Colombie, Action de Carême s’engage à garantir et à protéger le droit à l’alimentation de la population. L’agriculture durable joue un rôle central à cet égard. Plus d’informations sur notre travail et notre programme dans le pays.

Besuch eines Projekts in Kolumbien.
Les projets favorisent la création d'étangs piscicoles, ce qui permet d'assurer la sécurité alimentaire.

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Plus de 40 % des exportations mondiales de riz proviennent d’Inde. L’interdiction d’exporter du riz blanc imposée par le gouvernement au mois de juillet rend encore plus précaire la situation des pays les plus défavorisés comme le Népal ou le Sénégal, qui souffraient déjà de la forte hausse des prix des denrées alimentaires de base.

En raison de pluies de mousson tardives ou trop abondantes, l’Inde s’attend cette année à une mauvaise récolte de riz. Afin de stabiliser les prix déjà en hausse dans le pays, le gouvernement a décidé, le 20 juillet dernier, d’interdire l’export de certaines variétés de riz. La décision est avant tout motivée par des questions de politique intérieure et vise à obtenir l’adhésion des classes les plus défavorisées, qui joueront un rôle important lors des prochaines élections de 2024.

Nouvelle augmentation du prix du riz

Pour plus de trois milliards d’individus, le riz représente un aliment de base. En 2022, l’Inde a exporté plus de dix millions de tonnes des variétés de riz frappées d’interdiction d’exportation, en particulier vers des pays d’Afrique comme le Bénin, le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Togo, mais aussi vers les pays voisins comme la Chine, le Bangladesh ou le Népal. La situation des populations pauvres de ces pays, qui doivent déjà faire face à une hausse des prix des aliments de base suite à une météo capricieuse et à l’attaque russe en Ukraine, devient problématique.

Le Népal, deuxième plus grand importateur de ces variétés de riz après le Bénin, souffre en outre cette année de mauvaises récoltes dues à une grande sécheresse, et le prix du riz a déjà sensiblement augmenté dans le pays.

Eine trägt einen 30 Kilogramm schweren Reisbeutel auf ihrer Schulter.
Le Népal est fortement dépendant des importations de riz indien.

L’espoir renaît 

« Il semble toutefois que le Népal puisse s’assurer, grâce à des négociations avec l’Inde, au moins une partie des exportations habituelles pour cette année également », explique Samrat Katwal, qui coordonne les projets d’Action de Carême en lien avec l’alimentation au Népal. Il y a donc de l’espoir que l’interdiction d’exporter n’aggrave pas trop les choses.

Néanmoins, la situation alimentaire reste difficile pour de nombreuses personnes. « En cas de hausse des prix, elles sont contraintes de s’endetter davantage en renforçant ainsi leur dépendance. De telles situations renforcent les structures de pouvoir existantes qui emprisonnent les plus vulnérables de la société dans un cercle vicieux de pauvreté. » 

L’agroécologie fait partie de la solution

La transformation de l’agriculture selon les principes de l’agroécologie, telle qu’elle est soutenue au Népal, au Sénégal et dans d’autres pays d’intervention d’Action de Carême, contribue à lutter contre ce phénomène. Il s’agit d’une agriculture adaptée aux conditions locales et respectueuse de l’environnement, qui offre par ailleurs une meilleure résistance aux conséquences du réchauffement climatique. « Les pratiques agricoles traditionnelles apportent des réponses possibles à cette crise », affirme Samrat Katwal. « La sagesse des ancêtres recèle un grand potentiel pour faire face aux problèmes actuels. »

Les organisations partenaires d’Action de Carême en Asie, en Afrique et en Amérique latine s’engagent pour des approches agroécologiques. Pour en savoir plus :

Agroécologie : une science doublée d’un mouvement social – Action de Carême

Ein agrarökologisches Feld in einem nepalesischen Dorf.
Afin de réduire durablement la faim, Action de Carême mise sur une agriculture adaptée aux conditions locales et respectueuse de l'environnement.

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Grâce à l’action de Justiça nos Trilhos, une organisation partenaire d’Action de Carême, la municipalité d’Itapecuru-Mirim s’est dotée en juin 2023 d’une loi garantissant un contrôle social et transparent des ressources fiscales de l’exploitation minière. Une première dans ce pays qui pourrait encore faire des émules.

François Mercier, responsable Matières premières et droits humains

Depuis des années, Justiça nos Trilhos (qui signifie « justice sur rails »), avec l’appui d’Action de Carême, dénonce l’impact de la plus grande mine de fer au monde à Carajás, dans l’Amazonie brésilienne. Pour transporter le minerai de fer depuis cette mine jusqu’au port le plus proche, à São Luís, une ligne de chemin de fer de près de 900 km a été construite. Jour et nuit, 48 trains de 330 wagons chacun traversent les localités situées le long de la voie ferrée. Il faut 15 minutes pour qu’un train passe. Les habitant·e·s des villages souffrent du bruit et des accidents réguliers causés par les trains. L’énorme bénéfice de la mine n’est pratiquement pas versé aux villages concernés le long des voies ferrées.

Les manœuvres opaques des multinationales

En juillet 2022, Justiça nos Trilhos dénonçait en particulier les manœuvres fiscales de la multinationale VALE. Dans cette étude réalisée en collaboration avec Action de Carême, il ressort que les exportations de fer, qui s’appuient sur des filiales logées en Suisse, sont systématiquement sous-facturées.

La loi brésilienne prévoit que les taxes liées à l’exploitation du fer soient réparties entre le gouvernement national, l’état concerné et les municipalités affectées. Or, ces dernières n’en ont jusqu’à présent pas ou peu profité en raison de l’évitement de l’impôt pratiqué par l’entreprise, mais aussi de l’opacité de la gestion municipale et de la corruption.

Les bénéfices fiscaux de l’exploitation minière profitent désormais à la population

Les communautés affectées sont pour la plupart pauvres et sans ressources. Justiça nos Trilhos a entamé des discussions avec la population ainsi que de nombreuses municipalités sur le sujet de la péréquation fiscale et de l’utilisation des ressources. Ces pourparlers commencent à porter des fruits : le 1er juin 2023, Itapecuru-Mirim a adopté la loi 1601/2023, qui prévoit la création d’un comité avec participation citoyenne pour la gestion des ressources fiscales provenant de l’exploitation minière. Grâce à cette loi, 50 % des ressources fiscales seront affectées directement au développement durables des communautés les plus touchées. Les discussions se poursuivent avec d’autres municipalités pour des projets similaires.

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En Afrique du Sud, la politique agricole ne prend pas en compte l’approche agroécologique. Afin de contrer les effets du réchauffement climatique, de nombreuses agricultrices et agriculteurs sud-africains s’engagent donc auprès de réseaux locaux et nationaux. L’agroécologie est-elle la bonne voie vers un modèle agricole socialement équitable et respectueux du climat ? Une étude d’Action de Carême se penche sur cette question. Elle explore comment renforcer les initiatives agroécologiques en Afrique du Sud, ainsi que les moyens d’ancrer une stratégie nationale d’agroécologie dans la politique agricole du pays. 

Un commentaire de Claudia Fuhrer, responsable Justice alimentaire à Action de Carême 

De nombreux réseaux locaux et nationaux d’agricultrices et agriculteurs ainsi que d’organisations non gouvernementales voient dans l’agroécologie une alternative à l’agriculture industrielle : elle met un frein au réchauffement climatique et respecte les droits des familles paysannes. L’étude d’Action de Carême analyse les forces et les faiblesses des efforts en matière d’agroécologie en Afrique du Sud en s’appuyant sur des entretiens et des visites de terrain auprès de 35 organisations et réseaux.  

Des défis subsistent 

L’étude met en lumière les lacunes dans la mise en œuvre de l’agroécologie en Afrique du Sud. Les initiatives agroécologiques sont encore largement fragmentées, et une compréhension commune de l’agroécologie reste à établir. De plus, la plupart des agricultrices et agriculteurs impliqués cultivent des petites parcelles et des jardins familiaux. En grande partie constituée de femmes âgées, cette population est souvent marginalisée dans la société et fait face à la prédominance de l’agriculture industrielle. 

L’agroécologie est une alternative viable

L’étude conclut que les initiatives agroécologiques peuvent servir de base à des alternatives à l’agriculture industrielle, tout en promouvant le droit à l’alimentation. Afin de favoriser un tel développement de l’agroécologie en Afrique du Sud, il est nécessaire de mettre en place une coordination efficace, de renforcer et de créer des liens entre les différentes initiatives agroécologiques, tout en établissant une stratégie commune pour influencer la politique agricole nationale. Un financement adéquat de la part de l’État est notamment essentiel pour soutenir les initiatives existantes. 

Vous trouverez ici l’étude en anglais

Les organisations partenaires d’Action de Carême en Asie, en Afrique et en Amérique latine s’engagent pour des approches agroécologiques. Pour en savoir plus sur l’agroécologie, c’est par ici.

L'agroécologie est une agriculture adaptée aux conditions locales et respectueuse de l'environnement. Dans nos projets, cette approche est centrale pour réduire la faim.

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Mère de sept enfants, Maman Danga Essambo a fondé un groupe de solidarité aux côtés d’autres femmes. 

« Je suis présidente de l’association Anawedja, dont la dénomination signifie Les étrangères. Nous cultivons collectivement des champs de riz et d’arachides. Nous récoltons le riz au mois d’avril ou de mai. Ensuite, nous en entreposons une partie pour notre propre consommation, en vendons une autre partie et distribuons le reste parmi les membres de notre association qui s’en servent pour ensemencer leurs champs. La saison suivante, nous cultivons des arachides et vendons une partie de la récolte en vue d’acheter des uniformes scolaires, des manchettes et des livres pour nos enfants, mais aussi des houes pour travailler aux champs ainsi que des articles de première nécessité pour nos familles. Par ailleurs, nous nous procurons également du jeune bétail à élever afin de diversifier notre production agricole.

Une partie des recettes vient alimenter la caisse de solidarité.

Dans le cadre de cette dernière, nous organisons des rencontres régulières qui permettent à chaque membre de verser son écot. Cependant, tout le monde ne contribue pas dans la même mesure. Certaines personnes ne cotisent jamais, de sorte que nous pouvons difficilement les aider lorsqu’elles rencontrent des difficultés financières.

Nous, paysannes, avons besoin que les élues et élus politiques nous soutiennent dans notre volonté d’aller de l’avant.

Nous avons besoin d’être formées aux nouvelles pratiques agricoles. Nous souhaitons cultiver différents fruits et légumes afin de diversifier et d’étoffer notre production. »

Depuis plus de vingt ans, les activités d’Action de Carême et de ses organisations partenaires s’articulent autour de groupes de solidarité adaptés aux particularités culturelles de chaque pays. Une approche qui aboutit à une réduction durable de la faim. En savoir plus ici.

Danga Esambo cultive des champs avec d'autres femmes. Une partie du produit de la récolte est reversée au groupe de solidarité.
Danga Esambo cultive des champs avec d'autres femmes. Une partie du produit de la récolte est reversée au groupe de solidarité.

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Chaque année, le 17 avril, la Journée internationale des luttes paysannes est l’occasion de sensibiliser la population à la situation des paysans, paysannes, ouvriers et ouvrières agricoles du monde entier. Ce jour particulier permet de mettre en lumière leurs conditions de vie ainsi que les réalités économiques, politiques et sociales auxquelles elles et ils sont confrontés. 

Un commentaire de Claudia Fuhrer, responsable Justice alimentaire, Action de Carême 

En raison de la crise climatique, des conflits et de la pandémie de Covid-19, la faim dans le monde touche désormais plus de 828 millions de personnes. De plus, selon le Programme alimentaire mondial, entre début 2020 et mi-2022, le nombre de personnes souffrant d’insécurité alimentaire aiguë a même doublé pour atteindre 345millions. 

Les familles paysannes souffrent également de la faim 

Bien que les paysannes et paysans produisent environ 70 % des denrées alimentaires dans le monde, la moitié d’entre eux sont touchés par la faim. Leur accès à la terre, à l’eau et aux semences est menacé. Ils sont victimes d’expropriation et de violences de la part de leurs propres gouvernements et des multinationales de l’agroalimentaire. La Journée internationale des luttes paysannes est l’occasion pour les paysannes et les paysans de réaffirmer leur combat pour la reconnaissance de leurs droits et d’appeler à plus de solidarité de la part de la communauté internationale par des actions menées dans le monde entier. 

Action de Carême soutient les communautés paysannes 

La collaboration avec les paysans et paysannes est un élément central du travail d’Action de Carême. Dans douze pays, elle soutient des projets qui contribuent à la réalisation de leurs droits et encouragent une agriculture durable et socialement équitable.  

Action de Carême apporte une aide ciblée aux familles paysannes, notamment au Guatemala.
Action de Carême apporte une aide ciblée aux familles paysannes, notamment au Guatemala.

L’impact des groupes de solidarité 

Les groupes de solidarité sont une approche avec laquelle Action de Carême travaille depuis des années. Par leur biais, les familles paysannes peuvent s’accorder des prêts sans intérêts et s’entraider dans le travail des champs ainsi que dans la vente des excédents de récoltes. À Madagascar, au Sénégal, en Inde et au Kenya notamment, ces groupes donnent l’impulsion à d’importants changements sociaux. 

Protéger les droits de celles et ceux qui nous nourrissent 

En outre, Action de Carême s’engage avec les organisations partenaires de son programme international « Justice alimentaire » et par le biais du projet RAISE, dans dix pays et au niveau international, pour la réalisation de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysan·ne·s et autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP). Ensemble, nous pouvons éliminer la faim. 

Nous nous engageons pour la mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysan·ne·s (UNDROP) afin de combattre durablement la faim.
Nous nous engageons pour la mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysan·ne·s (UNDROP) afin de combattre durablement la faim.

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Le 8 mars, c’est la journée internationale des femmes. Action de Carême met la question de l’égalité entre les sexes au cœur de tous ses projets. Deux exemples au Burkina Faso démontrent qu’un travail réussi sur le genre va au-delà de la simple promotion des femmes.

Un texte de Romana Büchel, responsable Questions de genre, Religion & culture auprès d’Action de Carême et de Natacha Compaoré, coordinatrice du programme Burkina Faso.

Travailler ensemble sur le terrain est la clé du succès

Depuis quelques années, Action de Carême collabore avec l’organisation féminine Lougouzéna, au centre du Burkina Faso. Plus de 1500 femmes sont réparties en groupes dont l’objectif est d’améliorer les conditions de vie de leurs familles par le biais d’activités socio-économiques. Cela passe notamment par la production et la commercialisation de beurre de karité et de Soumbala, un condiment culinaire très apprécié. Parallèlement, Lougouzéna partage des techniques agricoles durables qui renforcent la sécurité alimentaire. Les femmes produisent par exemple elles-mêmes des engrais organiques qui augmentent la fertilité du sol et rendent les plantes plus résistantes au réchauffement climatique.

Le suivi des projets met en évidence le fait que les femmes sortent renforcées des formations, mais qu’elles ne peuvent pas effectuer efficacement tous les travaux physiques, ce qui rend une partie des connaissances acquises inutile. En 2022, le projet a donc été revu et, depuis, les hommes sont désormais impliqués dans les activités. Ils aident les femmes à effectuer des travaux lourds comme la fabrication du compost ou l’exploitation des champs communautaires. Les responsables de Lougouzéna ont réalisé que seule cette collaboration entre femmes et hommes pouvait mener un projet au succès. Après tout, cela se pratique déjà au quotidien dans les champs familiaux.

La production et la vente de beurre de karité est une source de revenus importante pour les femmes.

L’accès à la terre, pour les hommes et les femmes !

L’ADIF est une association pour le développement des initiatives féminines, situé dans le centre nord du Burkina Faso, dans la commune de Bourzanga. Dans cette société fortement patriarcale, les fils héritent des terres de leurs pères, alors que les filles et les femmes sont réduites au statut de main d’œuvre dans les champs de leurs pères ou, plus tard, de leurs maris. Dans une première phase du projet, les femmes ont appris à vendre leurs produits agricoles au marché, le but de l’ADIF étant de renforcer leur confiance en elles et améliorer la sécurité alimentaire. Mais une sécurité alimentaire durable ne peut être atteinte que si les femmes ont également accès à la terre. En 2020, une cinquantaine de femmes ont ainsi reçu chacune un demi-hectare de terre sur lequel elles produisent du niébé (une variété de haricot), des arachides et des petits pois qu’elles peuvent commercialiser elles-mêmes.

Reste aujourd’hui à sécuriser leurs propriétés foncières par des documents officiels, ce qui implique autant les femmes qui reçoivent ces terres que les hommes qui les cèdent. Un appel formel de l’organisation partenaire à l’État burkinabé doit permettre d’atteindre cet objectif pour les deux parties. Car actuellement, même les hommes se trouvent dans une situation précaire en matière de reconnaissance de propriété en raison justement de l’absence de ces documents.

Dans les programmes d’Action de Carême, toute personne, indépendamment de son genre, doit être en mesure de revendiquer ses droits. Le processus pour y parvenir doit tenir compte du système d’attribution des ressources ainsi que de la redistribution du pouvoir. Chaque pas franchi vers une plus grande égalité des genres participe à un changement social plus profond.

Soutenir nos projets, c'est aussi soutenir l'engagement pour l'égalité des sexes

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Alors que le monde se remet du sommet des Nations Unies sur le climat à Sharm El-Sheikh, au Kenya, Loisa Maimpu passe sa journée à chercher de l’eau et de la nourriture pour sa famille et ses animaux. Depuis plus de deux ans, le Kenya subit une sécheresse d’une intensité inédite.

Une analyse de Leon Jander, responsable du programme Kenya

Loisa Maimpu, du peuple Massaï, vit dans le comté de Kajiado, une région aride du Kenya à la frontière avec la Tanzanie. Les Massaïs étant des éleveuses et éleveurs de bétail, les grands troupeaux font la fierté de chaque famille et constituent leur moyen de subsistance. La sécheresse croissante due aux changements climatiques rend difficile l’entretien de ces grands troupeaux et les Massaïs doivent parcourir des distances toujours plus longues pour trouver des pâturages.

La longue sécheresse affaiblit les animaux, dont beaucoup meurent.
Le raccourcissement de la saison des pluies a des conséquences dramatiques
Les populations des régions arides du Kenya sont déjà habituées aux périodes de chaleur et de sécheresse. Elles parviennent généralement à se rétablir lors de la saison des pluies suivante. Toutefois, les changements climatiques prolongent tellement la durée et l’intensité des sécheresses que tant les hommes et les femmes que les animaux n’arrivent plus à s’y adapter assez vite. En cette période, la pluie tombe habituellement dans de nombreuses régions du Kenya. C’est en partie le cas, mais pour la cinquième fois consécutive, la saison des pluies est moins intense que la moyenne. Les météorologues parlent d’une diminution des précipitations de 60 %. Les prévisions pour la saison des pluies du printemps 2023 sont tout aussi mauvaises. La sécheresse prolongée affecte la santé des personnes et des animaux ainsi que le développement des enfants, de même qu’elle entraîne une augmentation des décès. En outre, les conflits entre les personnes et avec les animaux se multiplient. Tout le monde est à la recherche d’eau et de nourriture.
L'agriculture offre des sources de revenus et de nourriture supplémentaires.
Amélioration de l’approvisionnement alimentaire
Afin de s’en sortir, les gens se tournent souvent vers l’agriculture comme source de revenus et de nourriture supplémentaires. L’organisation partenaire Olkejuado Pastoralists Development Organization (Dupoto-e-Maa), avec laquelle Action de Carême collabore avec succès depuis 2009, les accompagne dans cette démarche. Lors d’une évaluation externe du projet en 2021, des effets encourageants ont été constatés : 18 % des personnes faisant partie du groupe cible ont indiqué la vente de légumes comme principale source de revenus, alors qu’il n’en était pas encore question au début du projet. L’agriculture a également permis de diversifier l’alimentation et les familles ont désormais plus de légumes sur leur table.
Alors que le monde se remet du sommet des Nations unies sur le climat à Sharm El-Sheikh, au Kenya, Loisa Maimpu passe sa journée à chercher de l'eau et de la nourriture pour sa famille et ses animaux. Depuis plus de deux ans, le Kenya subit une sécheresse d'une intensité inédite.
Action de Carême soutient l’aide d’urgence 
Il faudra des années pour que les décisions prises lors de la COP27 soient mises en œuvre. D’année en année, il sera de plus en plus difficile d’atteindre l’objectif de 1,5 degré. De temps, Loisa Maimpu n’en a plus. Dans la région du projet, Action de Carême fournit une aide d’urgence afin d’atténuer la détresse la plus grave. Ce type d’aide est important pour que les progrès réalisés dans les projets de développement à long terme des organisations partenaires ne soient pas perdus.  

En 2020, l’émission Mitenand de la SRF a fait un reportage sur Dupoto-e-Maa, une organisation partenaire d’Action de Carême au Kenya. Vous trouverez le reportage ici (en allemand).

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Dans la série d’histoires « Voix du Sud », les coordinatrices et coordinateurs des pays où Action de Carême est présente décrivent les conditions de vie des habitant·e·s dans le contexte de la guerre en Ukraine. Voici les témoignages de Sam Barthélémy Natacha Compaoré, membres de la coordination du programme Burkina Faso.
Dans la série d’histoires « Voix du Sud », les coordinatrices et coordinateurs des pays où Action de Carême est présente décrivent les conditions de vie des habitant·e·s dans le contexte de la guerre en Ukraine. En ces temps difficiles, les programmes d’Action de Carême redonnent espoir et confiance à celles et ceux qui luttent pour joindre les deux bouts.

Membres de la coordination du programme Burkina Faso, Sam Barthélémy et Natacha Compaoré nous donnent un aperçu de la situation dans le pays.

« Au Burkina Faso, les bénéficiaires de nos projets sont pour la plupart des paysannes et paysans qui vivent dans des zones rurales loin des villes et ont peu accès à l’information. Les gens n’ont pour la plupart pas conscience des enjeux liés à la guerre en Europe. L’affrontement entre la Russie et l’Ukraine leur semble aussi proche de leur réalité qu’un récit. La population locale s’inquiète en effet bien plus du climat d’insécurité généré par les fréquentes attaques terroristes : voilà désormais six ans que cette menace plane en permanence au-dessus de la tête des habitant·e·s, en particulier au nord, dans le Sahel, dans le centre-nord et dans l’ouest du pays.

Le réchauffement climatique représente par ailleurs une source de préoccupation supplémentaire. La dernière saison d’hivernage s’étant révélée catastrophique et les récoltes désastreuses, la situation des bénéficiaires s’est détériorée dans presque toutes les zones où nous sommes présent·e·s. La population a de plus en plus de peine à manger à sa faim.

Produire le plus possible soi-même afin d'être économiquement indépendant.
Réduire la dépendance envers l’étranger
Ce conflit pourtant lointain nous montre à quel point nous sommes toutes et tous tributaires d’une poignée de pays : alors qu’elle a éclaté en Ukraine, la guerre a des répercussions tant en Europe qu’en Afrique. Nous voyons toutefois dans la situation actuelle une occasion à saisir afin de promouvoir la culture locale des céréales, qui forment la base de l’alimentation au Burkina Faso. En vue de compenser l’absence de blé d’importation, nous explorons donc, aux côtés des bénéficiaires de nos projets, les céréales susceptibles de pousser sous notre rude climat ainsi que la manière de les transformer. Nous comptons également expérimenter de nouveaux procédés de panification à l’aide de variétés de céréales différentes. Nous mettons tout en œuvre afin de réduire notre dépendance envers l’étranger et de jouer nos atouts. Après tout, le Burkina Faso moulait encore son propre blé dans des moulins nationaux jusqu’en 2005 (les Grands Moulins du Burkina). Telle est la voie sur laquelle nous souhaitons nous réengager. »

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Le programme Burkina Faso touche environ 8500 femmes et hommes. Nous tenons à ce que la population burkinabé sache comment faire valoir ses droits, car elle pourra ainsi avoir accès à la terre, à l’eau, aux forêts et aux pâturages et assurer durablement son alimentation.
Dans la série d’histoires « Voix du Sud », les coordinatrices et coordinateurs des pays où Action de Carême est présente décrivent les conditions de vie des habitant·e·s dans le contexte de la guerre en Ukraine. Voici les témoignages de Diary Ratsimanarihaja et Parany Rasamimanana, membres de la coordination du programme Madagascar.
Dans la série d’histoires « Voix du Sud », les coordinatrices et coordinateurs des pays où Action de Carême est présente décrivent les conditions de vie des habitant·e·s dans le contexte de la guerre en Ukraine. En ces temps difficiles, les programmes d’Action de Carême redonnent espoir et confiance à celles et ceux qui luttent pour joindre les deux bouts.

Voici les témoignages de Diary Ratsimanarihaja et Parany Rasamimanana, membres de la coordination du programme Madagascar

« Madagascar est aux prises avec une inflation galopante qui la rend fortement tributaire de l’aide fournie par l’étranger. Même le riz, que l’île est pourtant capable de produire elle-même, doit être importé. Cette dépendance, liée aux conséquences des ouragans, du Covid-19 et d’une mauvaise gouvernance, appauvrit la population jour après jour. Nos projets se déroulent essentiellement dans les zones rurales, où les paysannes et paysans ignorent tout de la guerre en Ukraine.

Réunion des membres d’un groupe d’épargne.
Miser sur l’autosuffisance alimentaire
À l’heure actuelle, il est encore possible de s’approvisionner en céréales, en essence, en gaz, en huile de tournesol et en engrais. Les risques de pénurie évoqués dans les médias ont alimenté les spéculations et nous sommes confronté·e·s à un renchérissement continu depuis le début de l’invasion. L’inflation croissante représente un grave problème pour les ménages, le prix des marchandises devenant de plus en plus prohibitif pour nombre d’entre eux.

L’expérience nous a appris combien il est primordial pour les bénéficiaires de nos projets de miser sur l’autosuffisance face à une pénurie de produits importés comme celle qui menace actuellement l’île. L’instabilité économique mondiale générée par la guerre, couplée aux mauvais choix de gouvernance de nos dirigeant·e·s, nous conforte dans la conviction qu’il est crucial de prêter aide et assistance à la frange la plus défavorisée de la population. Aussi notre programme vise-t-il à permettre aux habitant·e·s de se nourrir par leurs propres moyens et de subvenir à une grande partie de leurs besoins. »

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Les projets d'Action de Carême offrent une issue aux familles pauvres. Ils initient des groupes d'épargne qui peuvent s'entraider en cas d'urgence avec des prêts sans intérêts - lorsque les réserves de nourriture s'épuisent à la fin de la saison des pluies, lorsque quelqu'un tombe malade ou lorsque les enfants ont besoin de matériel scolaire.
La paysanne burkinabè Safiotou Sanfo en train de récolter le mil
La multinationale agricole Syngenta prétend que la consommation de produits bio en Europe est à l’origine de la famine en Afrique. Une vision plutôt réductrice.

Un commentaire de Christa Suter, responsable du dossier agroécologie

Dans un article paru dans la NZZ am Sonntag le 8 mai dernier, le patron de la multinationale de l’agroalimentaire Syngenta demande une nouvelle orientation de l’agriculture et une augmentation de la production agricole face à la crise alimentaire qui menace. Erik Fyrwald reproche à l’agriculture biologique d’avoir un rendement jusqu’à 50 % inférieur par rapport à une production intensifiée. Il affirme en outre que ce type d’agriculture nécessiterait de plus grandes surfaces d’exploitation et aurait des effets néfastes pour l’environnement.

L’agriculture biologique est durable
Les arguments avancés par la multinationale pour défendre son chiffre d’affaire ne correspondent toutefois pas à la réalité. L’expérience de longue haleine d’Action de Carême montre qu’une agriculture durable contribue à réduire la faim. En misant sur les semences paysannes locales et en utilisant des méthodes agroécologiques, promues au sein de nos programmes nationaux, les paysans et paysannes renforcent leur souveraineté alimentaire. Les crises mondiales telles que la crise climatique, la pandémie de Covid-19 ou la guerre en Ukraine n’ont fait que confirmer que la promotion de systèmes alimentaires locaux protège les communautés de la dépendance vis-à-vis des multinationales agricoles.

L’agriculture intensive comporte de grands risques
Par notre travail politique, nous renforçons les droits des paysannes et des paysans et les soutenons dans leur autodétermination quant au type d’agriculture qu’ils souhaitent mettre en œuvre. En effet, les conditions de culture en Afrique rurale, avec de très petites surfaces cultivées et peu de possibilités d’acheter des produits agrochimiques coûteux, sont fondamentalement différentes des exploitations de monoculture hautement intensives d’Europe ou d’Amérique. L’intensification de l’agriculture avec des intrants coûteux et de surcroît nuisibles à l’environnement comporte donc de grands risques et met en péril les moyens de subsistance de familles paysannes, particulièrement en Afrique.

Les produits agrochimiques nuisent aux sols et à la santé
L’agriculture conventionnelle intensive, qui demande notamment l’utilisation d’onéreux produits chimiques tels que les produits Syngenta, a pollué les sols pendant des années. Or, les méthodes agroécologiques favorisent la fertilité des sols et la formation d’humus, qui permet le stockage du CO2 dans le sol.* L’approche agroécologique aide notamment à atténuer la contamination des sols et de l’eau ainsi que les effets néfastes des produits agrochimiques sur la santé.

L’agriculture durable réduit la faim
Un débat plus nuancé s’impose de toute urgence. La faim dans le monde a des causes multiples et ne peut être résolue uniquement par une intensification de la production agricole. Ce qui doit être remis en question, ce sont plutôt les structures de pouvoir existantes et le monopole du marché agricole par quelques multinationales qui dictent la meilleure méthode de culture et le type de semences qui peuvent être cultivées. Avec une production locale et adaptée aux besoins régionaux, la Terre serait capable de produire suffisamment de nourriture pour tous les êtres humains. Tel est le credo d’Action de Carême, qui s’engage inlassablement pour l’accès à la terre et une agriculture agroécologique durable.

*Il n’est scientifiquement pas prouvé que l’agriculture biologique serait néfaste pour le climat. Une étude comparative sur les émissions de CO2 de l’agriculture biologique et de l’agriculture conventionnelle est arrivée à la conclusion qu’un hectare de terre bio peut absorber 10 % de carbone de plus qu’un hectare de terre cultivée de manière conventionnelle. Citation de Knut Schmidtke, directeur de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL) 

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