Une soixantaine de personnes issues de cercles proches de l’Église ont participé au premier « Forum d’action » d’Action de Carême. Cet événement leur a permis non seulement de se faire une idée plus précise de notre travail, mais aussi de participer activement à des ateliers de discussion sur les stratégies de lutte contre la faim et le réchauffement climatique ainsi que le lien entretenu par Action de Carême avec une Église catholique en crise.

Une certaine effervescence régnait dans les couloirs de l’Altes Spital de Soleure. Les ateliers du Forum d’action étaient terminés, mais les discussions étaient si animées pendant la pause que Lucrezia Meier-Schatz, présidente du forum de fondation, a dû s’y reprendre à plusieurs fois pour faire revenir les participant·e·s en plénière pour entamer la dernière séance de discussions et conclure une journée riche en enseignements.

La journée a commencé par diverses présentations sur les enjeux auxquels Action de Carême doit faire face. Andreas Missbach d’Alliance Sud a fait un exposé sur les pressions politiques exercées par les sphères bourgeoises sur les ONG après leur succès surprise en 2020 lors de la votation sur l’initiative populaire « Entreprises responsables – pour protéger l’être humain et l’environnement ». « La Suisse n’assume pas ses responsabilités », a-t-il déploré, « que ce soit au niveau des entreprises ou de la réduction des émissions de CO2 ». À cela s’ajoute la tentative du Conseil fédéral de réduire la coopération au développement à seulement 0,36 % du produit national brut, contrairement à l’objectif de l’ONU de 0,7 %. De plus, une allocation de 1,5 milliard de francs est prévue pour l’Ukraine, alors que, initialement, cette somme était principalement destinée au continent africain.

Christophe Monnot, docteur en sociologie des religions a, quant à lui, loué l’esprit d’innovation des organisations d’aide au développement affiliées à l’Église, qui parviennent toujours à contourner les obstacles imposés par la bureaucratie ecclésiastique pour faire bouger les choses. Mais il a aussi présenté des graphiques montrant le net recul des fidèles en Suisse. « La tendance est sans équivoque : depuis des décennies, chaque génération est un peu moins pratiquante. »

Les ateliers ont été le théâtre de débats passionnants autour des thèmes qui préoccupent Action de Carême.

Les dons issus du monde ecclésial ne suffisent plus

Une situation qui impacte également Action de Carême, comme l’a expliqué son directeur Bernd Nilles. « La question est de savoir si l’Église pourra maintenir son engagement ou si nous devrons progressivement chercher du soutien auprès d’autres acteurs. » Car c’est un fait, les dons issus du monde ecclésial ne suffisent plus, et ce depuis plusieurs années déjà, pour financer les projets menés par l’organisation. L’évêque Felix Gmür, qui préside le conseil de fondation d’Action de Carême, a souligné dans son discours qu’il fallait de la force et du courage pour aider les plus démuni·e·s et surmonter les causes de pauvreté. « Mais pour y parvenir, nous avons besoin de la contribution du plus grand nombre. »

L’un des ateliers de l’après-midi a également abordé la question de l’avenir de la relation entre Action de Carême et l’Église. Comme l’a expliqué un participant du canton de Lucerne, en raison de la diminution du nombre de fidèles dans sa paroisse, il devient difficile de trouver des personnes prêtes à apporter un soutien organisationnel à Action de carême dans le cadre de la Campagne œcuménique. Un représentant de Jungwacht/Blauring, la plus grande organisation catholique de jeunesse en Suisse a, quant à lui, expliqué que la plupart des jeunes seraient réceptifs à notre engagement si nous nous adressions directement à eux sur leurs canaux, avec des messages correspondant à leurs réalités de vie. « Il n’existe pas UNE seule jeunesse », a-t-il insisté.

Quoi qu’il en soit, l’ensemble des participant·e·s à la table ronde ont plaidé pour le maintien de la coopération entre Action de Carême et l’Église, notamment parce que l’organisation d’aide au développement défend des valeurs chrétiennes. « La relation reste essentielle pour les deux parties », a résumé Urs Brosi, secrétaire général de la Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ) et co-modérateur de l’atelier. « Mais on dirait presque qu’Action de Carême est plus indispensable à l’Église que l’inverse. »

Urs Brosi, Generalsekretär der RKZ, im Gespräch mit Workshopteilnehmenden.
Urs Brosi, secrétaire général de la RKZ, a résumé après un échange : « On dirait presque que Église a plus besoin d'Action de Carême que l'inverse. »

Des discussions intéressantes, qui seront intégrées à notre nouvelle stratégie

Les autres ateliers ont mené à des discussions tout aussi passionnantes, tant sur la coopération au développement que l’Agenda 2030 et la lutte contre la faim. « Nous veillerons à tenir compte des informations échangées aujourd’hui lors de l’élaboration de notre nouvelle stratégie », a conclu Lucrezia Meier-Schatz à la fin de la séance plénière. Pour elle, les enseignements de cette journée sont clairs : « Nous ne pouvons rester impassibles. Nous devons élever la voix pour mettre en lumière les problèmes existants ».

Le directeur Bernd Nilles tire un bilan positif de ce premier Forum d’action. « J’ai été ravi du niveau d’engagement des participant·e·s et des discussions animées qui ont pu naître au cours de l’événement. » Il reste manifestement de nombreuses personnes au sein de l’Église qui souhaitent faire avancer les choses. « C’est une chance pour nous car, ensemble, nous pouvons accomplir beaucoup au sein d’une organisation comme Action de Carême. »

Le prochain forum se tiendra le 6 ou 7 septembre 2024.

Bernd Nilles, directeur d'Action de Carême, est satisfait du premier Forum d'action.

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Action de Carême se réjouit de la nomination de sa collaboratrice Helena Jeppesen à l’assemblée synodale de l’Église catholique. Les personnes laïques ainsi que les plus démuni·e·s du monde entier ont maintenant une voix de plus dans ce processus de réflexion.

Action de Carême soutient une Église ouverte et progressiste, capable de reconnaître les signes des temps. Elle observe donc avec un grand intérêt les mouvements de réforme au Nord et au Sud qui réclament plus de participation, de synodalité et d’égalité des chances au sein de l’Église catholique. Certaines de ses organisations partenaires dans les pays du Sud s’engagent également dans ces mouvements.

Solidarité mondiale contre la faim

La mission d’Action de Carême, outre la coopération internationale dans le Sud avec des projets pour éliminer la faim, est de dénoncer les inégalités et de sensibiliser la population en Suisse. Action de Carême aspire à une Église catholique crédible, participative et respectueuse des droits. Ces valeurs caractérisent pleinement sa collaboration avec ses organisations partenaires dans les pays du Sud. Les revendications d’Action de Carême dans ses pays d’intervention doivent également être une évidence en Suisse et dans l’Église à l’échelle mondiale.

Action de Carême sur le chemin synodal

Helena Jeppesen a aujourd’hui l’opportunité d’introduire ces questions dans le mouvement de réforme du processus synodal. Les organisations et structures ecclésiales jouent un rôle important dans la lutte contre les causes de la pauvreté et la faim dans le monde. L’expertise d’Action de Carême dans ce domaine est donc extrêmement pertinente. Une Église qui prend en compte les besoins des personnes défavorisées, l’option préférentielle pour les pauvres et la sauvegarde de la Création est une Église porteuse d’avenir. Helena Jeppesen travaille pour Action de Carême depuis 2001. Elle est chargée du programme Philippines et responsable des relations avec les partenaires ecclésiastiques.

Helena Jeppesen en voyage de projet en Colombie.

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Bernd Nilles, directeur d'Action de Carême
Après 25 ans, Action de Carême a décidé de renouveler ses lignes directrices. Bernd Nilles, le directeur de l’organisation, a donné une entrevue à kath.ch, le portail catholique de l’actualité religieuse en Suisse, et s’est notamment exprimé sur les nouvelles lignes directrices.

Qu’entend-on au juste par lignes directrices ?

Bernd Nilles : Les lignes directrices sont un peu l’âme d’une organisation, moins formelles que des statuts et plus détaillées qu’une stratégie. Elles définissent sa vision et sa mission en apportant de la cohérence à l’ensemble.

Quelle est l’idée centrale de ces lignes directrices ?

Nous pensons qu’un monde plus juste, un monde sans faim et une vie vécue dans la dignité sont possibles, et qu’il vaut la peine de se battre pour cela !  Pour atteindre cet objectif nous devons prendre soin de la Création, de sa diversité, et avoir à l’esprit les générations à venir. Cette démarche repose sur des valeurs chrétiennes, il s’agit d’agir sur un pied d’égalité avec nos organisations partenaires, avec toutes les personnes des pays du Sud et avec celles et ceux qui nous soutiennent en Suisse.

Quelles sont les nouveautés des lignes directrices ?

Nous avons introduit la notion de droit à l’alimentation pour toutes et tous ainsi que la nécessité d’un mode de vie et d’une économie qui respectent les limites de notre planète.

Ce qui nouveau également c’est que nous nous définissons désormais comme une organisation suisse de coopération internationale.

Mais ne l’avez-vous pas toujours été ?

Oui, mais l’ancien terme d’œuvre d’entraide exprimait moins cette collaboration d’égal à égal avec les organisations partenaires du Sud. Ce n’est que lorsque nous impliquons les personnes en tant qu’acteurs et actrices à part entière qu’un développement durable est possible. Il en résulte une collaboration mutuelle et non une dépendance.

Quels sont les autres points forts de votre vision et mission ?

Nous réaffirmons que nous sommes issus d’un mouvement de jeunesse catholique. Nous accordons de l’importance à l’éthique sociale chrétienne en ce qui concerne la science et les droits humains et nous prônons un engagement sans faille contre toute forme de discrimination. Nous voulons être une organisation qui s’engage pour la justice et qui la vit aussi au quotidien, y compris en ce qui concerne l’égalité des genres.

Comme dans le passé, nous abordons les causes de la pauvreté et les atteintes à l’environnement en prenant des positions courageuses tout en gardant une indépendance politique. Nous continuons à travailler en réseau et poursuivons la collaboration œcuménique dans l’animation du temps de carême auprès des paroisses et du grand public.