En matière de CO2, la Suisse vit aujourd’hui à crédit

Des événements météorologiques extrêmes tels que les sécheresses, les fortes précipitations ou les records de chaleur se produisent dans tous nos pays partenaires. En 1989 déjà, ces événements climatiques étaient au cœur de la Campagne œcuménique. Les choses ont-elles changé depuis ? Bien trop peu. Or, l’inaction de ces dernières décennies n’est pas sans conséquences : en Suisse, nous vivons dès aujourd’hui au-dessus de nos moyens.

Un commentaire de Stefan Salzmann, responsable Climat et politique énergétique chez Action de Carême

Laissez-moi vous expliquer la situation à l’aide d’un exemple fictif. Imaginez qu’en 1990, vous prenez votre retraite, à 65 ans et disposez de CHF 1,8 millions sur votre compte bancaire. Vous avez tout calculé : si vous vivez encore 30 ans, cela vous fait CHF 60 000 par an, soit environ CHF 5 000 par mois. Avec une telle somme, une personne peut vivre tout à fait convenablement en Suisse.

La Suisse vit à crédit

Le problème, c’est qu’en 1990, avec le mode de vie que vous avez, vous consommez CHF 10 000 par mois. Cet exemple illustre bien la situation : 15 ans à peine après votre départ à la retraite, vous aurez déjà dépensé tout votre argent. D’autres personnes devront alors prendre en charge vos dépenses. Vos enfants, par exemple. C’est exactement ce qui se passe en ce moment avec notre budget CO2. Non seulement nous avons épuisé notre budget et vivons désormais à crédit, mais nous continuons à vivre, comme avant, sur un grand pied. La question du crédit reste sans réponse, elle n’est même pas posée.

Nous revendiquons la justice climatique !

Action de Carême et l’EPER se sont donc posé la question de l’avoir. L’objectif était de déterminer la quantité de CO2 que la Suisse peut encore émettre si elle veut se comporter de manière climatiquement correcte. La conclusion est glaçante : à la mi-mars 2022, la Suisse aura émis la dernière tonne de CO2 d’un point de vue climatique. Autrement dit, à partir d’aujourd’hui, nous vivons à crédit, notre compte est vide, d’autres doivent payer pour nous. Les générations futures, mais aussi les habitant·e·s du Sud de la planète, qui souffrent déjà fortement des conséquences de la crise climatique. Si la Suisse veut continuer à contribuer à la justice climatique mondiale, elle doit agir. Outre des objectifs climatiques forts et zéro émission nette d’ici 2040 au plus tard, d’autres mesures sont indispensables, afin de dédommager le reste du monde pour notre comportement climatiquement injuste.

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Stefan SalzmannStefan Salzmann

Adaptation aux changements climatiques : il faut débloquer davantage de fonds

Le dernier rapport du GIEC le dit sans ambages : les personnes en situation de pauvreté ne sont pas en mesure de s’adapter suffisamment au réchauffement, ce qui met en danger leur sécurité alimentaire. Les responsables de la crise climatique ont ainsi l’obligation morale de les soutenir, en promouvant par exemple l’agroécologie et les énergies renouvelables, deux stratégies d’adaptation qu’Action de Carême met aussi en œuvre dans ses projets..

 

Un commentaire de Stefan Salzmann, responsable du programme Énergie et justice climatique à Action de Carême

Le droit à l’alimentation n’est plus garanti
Le deuxième volet du sixième rapport d’évaluation du GIEC présenté le 28 février 2022 met l’accent sur les effets du dérèglement climatique. Si les stratégies d’adaptation à ces impacts varient en fonction du contexte, ce sont les collectifs vulnérables, et en premier lieu les personnes pauvres du Sud, qui affrontent les plus grandes difficultés. Ils ne disposent en effet pas des moyens requis pour s’adapter. Souvent, ils dépendent pour leur subsistance de l’agriculture paysanne, qui ne peut plus l’assurer en raison des phénomènes climatiques extrêmes : les tempêtes inondent les champs, la sécheresse fait dépérir les récoltes sur pied. Le droit à l’alimentation n’est ainsi plus garanti.

Justice climatique, maintenant !
La capacité d’adaptation des populations vulnérables au réchauffement est une question de justice. En l’espèce, les pays riches comme la Suisse portent une lourde responsabilité et doivent, par le biais de mécanismes simples, apporter un soutien aux personnes en situation de pauvreté. Les ressources financières nécessaires doivent être déterminées dans le cadre des négociations internationales sur le climat. Or, la Suisse freine les efforts consentis sur ce sujet, ce qui est honteux. Pourtant, le dernier rapport du GIEC publié aujourd’hui le dit clairement : il faudra augmenter considérablement le budget alloué aux mesures d’adaptation. Si on ne reconnaît pas cette nécessité, l’injustice s’aggravera.

Une Suisse appelée à se montrer plus ambitieuse
La façon la plus efficace de combattre l’injustice climatique est de limiter le réchauffement à 1,5 o Celsius. Pour y parvenir, la Suisse doit se montrer plus ambitieuse et le Parlement doit adopter l’objectif de la neutralité carbone à l’horizon 2040. Il dispose à cet effet des instruments de la loi sur le CO2 et de l’initiative pour les glaciers, qu’il examine actuellement. Par ailleurs, la Suisse doit soutenir les personnes pauvres du Sud : celles-ci doivent elles aussi réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais ont besoin pour cela de savoir-faire et de ressources financières. En outre, les pays riches, dont la Suisse, doivent compenser les dommages et les pertes qu’elles ont déjà subis. En effet, ce sont les personnes de l’hémisphère Sud qui paient le plus lourd tribut au réchauffement, alors qu’elles en sont le moins responsables.

De l’énergie pour tous et toutes
La transition vers des énergies renouvelables, moins polluantes, est l’une des solutions à la crise climatique. Or, l’approvisionnement en énergie, un problème en particulier pour les personnes pauvres, et l’adaptation au réchauffement vont souvent de pair : les paysan·ne·s doivent par exemple arroser leurs champs, victimes de la sécheresse, et avoir accès à une source d’énergie si des pompes sont nécessaires à l’irrigation.
Autres exemples, les excédents des récoltes doivent pouvoir être entreposés avant d’être vendus, ce qui permet de faire la soudure entre deux récoltes et de générer des revenus garantissant la sécurité alimentaire toute l’année. Or, l’entreposage d’aliments requiert des chambres frigorifiques et des congélateurs, qui fonctionnent à l’électricité.
L’accès à des énergies renouvelables non polluantes est une mesure d’adaptation efficace, que nos partenaires appliquent avec succès, notamment en Colombie. Il permet en effet aux bénéficiaires de nos projets de s’adapter au réchauffement, tout en diminuant les émissions de gaz à effet de serre, puisqu’il n’est pas nécessaire d’avoir recours à des générateurs.

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Stefan SalzmannStefan Salzmann

Commentaire final sur la COP26

Des paroles aux actes

Si la COP26 de Glasgow avait été la conférence de la dernière chance, elle aurait été un échec. Bien que la déclaration finale stipule sans détour que des dispositions doivent être prises aujourd’hui si nous voulons arrêter le réchauffement climatique, aucune mesure contraignante n’a été fixée pour y parvenir. Action de Carême continuera à s’engager aux côtés des personnes qui subissent en première ligne l’impact des changements climatiques.

Un commentaire de Stefan Salzmann, responsable du programme Énergie et justice climatique à Action de Carême

La conférence a réaffirmé plus clairement que jamais l’urgence d’agir et s’est penchée principalement sur les dispositions de mise en œuvre de l’accord de Paris sur le climat. Il est crucial de lever les nombreuses subventions dont bénéficient les technologies les plus polluantes. De plus, un consensus a été atteint autour de la réduction progressive de l’utilisation du charbon. L’écart entre l’objectif de l’accord de Paris et les promesses actuelles a également été reconnu : le financement pour l’adaptation aux changements climatiques doit être doublé.

Les pays pollueurs doivent payer pour les dégâts déjà causés

Parmi les questions mises à l’ordre du jour par la société civile et les pays les plus pauvres, il y a celle des dommages déjà subis. La destruction de maisons causée par l’élévation du niveau de la mer dans les régions côtières est irrémédiable. Les pays pollueurs devraient donc allouer des ressources financières supplémentaires pour remédier à ces dommages. À la COP26, il a été admis qu’un dialogue au sujet de la reconnaissance des dommages et des pertes devrait avoir lieu. Ce qui semble être un faible progrès est une base sur laquelle nous pourrons nous appuyer dans les années à venir. Il reste à établir le montant et le mécanisme de distribution de ces ressources.

Nous devons miser sur les énergies renouvelables durables

Avant la conférence de Glasgow, nous savions déjà que la déforestation devait être stoppée au niveau mondial afin de limiter le réchauffement de la planète. Par conséquent, nous aurions pu nous attendre à ce qu’un pays comme le Brésil, qui devrait prêter une attention particulière à cette préoccupation, change de cap. Pourtant, au lieu de se tourner vers les énergies renouvelables, ce dernier a annoncé de nouveaux projets de barrages. Vendus comme des solutions « vertes », ces immenses projets menacent la survie des communautés autochtones locales. Leurs droits ne sont pas respectés et, à cause de l’inondation de leurs terres, elles perdent leurs moyens de subsistance. Action de Carême s’engage en faveur de systèmes d’énergie renouvelable qui tiennent compte des besoins des populations les plus vulnérables.

Les mots doivent être suivis d’actions

Aussi ambitieuses soient-elles, les dispositions formulées par les pays pour mettre fin au réchauffement de la planète restent volontaires et, même si elles étaient effectivement mises en œuvre, elles ne permettraient de limiter le réchauffement climatique qu’à 2,4 degrés. L’accord de Paris sur le climat prévoit, quant à lui, un objectif de 1,5 degré. D’ici 2025, tous les pays doivent soumettre de nouveaux objectifs climatiques et montrer comment ils entendent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre pour que la limite de 1,5 degré puisse être atteinte. Cela nécessite une réduction d’au moins 45 % des émissions. La non-atteinte de cet objectif équivaudrait à une violation de l’accord et aurait des conséquences fatales pour les communautés les plus démunies qui voient déjà leurs moyens de subsistance menacés par des périodes de sécheresse suivies d’inondations de plus en plus fréquentes.

La COP26 ne restera pas dans l’histoire comme la conférence sur le climat ayant abouti aux plus grandes avancées. Il nous faut donc nous réjouir des petits pas accomplis et continuer à faire notre possible pour nous rapprocher au plus près de l’objectif de 1,5 degré fixé par l’accord de Paris. Notre appel est plus que jamais d’actualité : justice climatique, maintenant !

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