La Suisse, le Liechtenstein et la Norvège sapent le droit aux semences dans les pays du Sud

Finis les jeux de pouvoir de l’AELE contre le Sud !

Berne, le 9 juillet 2020 – Dans une lettre ouverte, 250 organisations de 60 pays demandent à la Suisse, à la Norvège et au Liechtenstein de cesser d’imposer aux pays du Sud des lois strictes sur la protection des obtentions végétales qu’ils ne respectent pas eux-mêmes. Cette demande des pays de l’AELE pour une protection stricte des variétés végétales – une sorte de protection par brevet des semences – restreint considérablement la libre utilisation des semences aux dépens des agriculteurs du Sud. Le droit à l’alimentation, la souveraineté alimentaire et la diversité agrobiologique sont menacés.

250 organisations du monde entier se sont adressées aux gouvernements de la Suisse, du Liechtenstein et de la Norvège pour leur faire part de leurs préoccupations concernant les systèmes de semences paysannes, qui sont un garant de la diversité agrobiologique et une ressource indispensable pour la sélection de nouvelles cultures. Elles demandent que l’exigence d’une législation sur la protection des obtentions végétales compatible avec l’UPOV 91 soit supprimée des mandats de négociation des futurs accords de libre-échange.

Depuis plus de vingt ans, les pays de l’Association européenne de libre-échange AELE (Islande, Liechtenstein, Norvège, Suisse) font pression dans leurs accords de libre-échange sur les pays du Sud pour qu’ils introduisent un droit de protection des variétés végétales conformément à l’accord international UPOV 91. Il en résulte une restriction disproportionnée des droits des agriculteurs à conserver, échanger et vendre des semences pour la prochaine saison de semis. Et ce malgré le fait que la Suisse, la Norvège et le Liechtenstein ne mettent pas en œuvre ces normes dans leur propre pays.

Ce « double standard » est d’autant plus choquant que, dans les pays du Sud, les systèmes de semences paysannes, qui sont ébranlés dans leurs fondements par les normes de l’UPOV, sont nettement plus importants pour la sécurité alimentaire et la sécurité des revenus qu’en Europe. Imposer ces normes aux pays du Sud, qui ont été négociées sans leur participation, est un diktat néocolonial. Les pays devraient pouvoir décider eux-mêmes des lois et des politiques relatives aux semences qui conviennent à leurs systèmes agricoles et aux besoins de leurs populations.

L’AELE négocie actuellement un accord avec la Malaisie. En février 2020, les droits de propriété intellectuelle, y compris la protection des obtentions végétales à l’UPOV 91, étaient également à l’ordre du jour. Dans le cas de la Malaisie en particulier, il est incompréhensible que les pays de l’AELE insistent sur l’UPOV 91. Le pays dispose déjà d’une loi sur la protection des obtentions végétales qui, dans un cadre limité, respecte également les droits des agriculteurs sur les semences. A la mi-juin, la « Coalition suisse pour le droit aux semences » a adressé une réponse au Secrétariat d’Etat à l’économie SECO dans laquelle elle exprime ses préoccupations et rejette son argument de la « sécurité de la place économique suisse ».

L’abandon des normes UPOV dans les accords de libre-échange serait une contribution importante à la réalisation des objectifs des Nations Unies en matière de développement durable, en particulier l’objectif n° 2, à savoir supprimer la faim et l’objectif n° 15, qui vise à enrayer la perte de la biodiversité.

Communiqué de presse au format PDF

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Une famille devant la maison détruite par une mine au Burkina Faso. En arrière-plan, le terril de la mine. Photo : Action de Carême/Meinrad Schade

« Aujourd’hui plus que jamais, un devoir de diligence s’impose dans la chaîne d’approvisionnement afin de mettre un terme aux abus commis par les entreprises et de garantir une solidarité mondiale. » Plus de 110 évêques du monde entier viennent de signer une déclaration qui appelle les gouvernements à engager les entreprises à respecter les droits humains et les normes environnementales. Quatre évêques suisses ont également signé la déclaration.

« Si les entreprises polluent le sol, l’air et les eaux souterraines, violent les droits humains ou sont à l’origine du travail des enfants, elles doivent être tenues pour responsables. Les personnes concernées devraient avoir un accès facile à des recours juridiques efficaces », déclare l’archevêque de Fribourg, Stephan Burger. La déclaration des évêques a été initiée par la CIDSE, le réseau international d’organisations catholiques œuvrant pour la justice sociale basé à Bruxelles, à laquelle appartient également Action de Carême. Elle appelle de toute urgence les États à prévenir les abus des entreprises par le biais de dispositions juridiques contraignantes.

La déclaration a été signée par de nombreux évêques des pays du programme d’Action de Carême, où les communautés sont particulièrement touchées par les actions irresponsables des entreprises internationales : Brésil, Guatemala, Inde, Colombie, Congo, Philippines et Afrique du Sud. De nombreux évêques européens ont également signé la déclaration. Parmi eux, quatre évêques sont suisses : Markus Büchel, évêque de Saint-Gall, Felix Gmür, évêque de Bâle, Jean-Marie Lovey, évêque de Sion et Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.

« Cette pandémie a mis en évidence notre interdépendance »

Les abus commis par les entreprises sont monnaie courante et la crise du coronavirus n’a fait qu’exacerber cet état de fait, en particulier pour les communautés les plus vulnérables qui ne bénéficient d’aucune protection sociale. Une fois encore, la crise est plus rude pour les femmes que pour les hommes et, par ailleurs, « cette pandémie a mis en évidence notre interdépendance et désorganisé les chaînes d’approvisionnement mondiales qui relient les usines entre elles par-delà les frontières, démontrant du même coup combien nous dépendons de travailleurs vulnérables qui effectuent un travail essentiel aux quatre coins de la planète », constate la déclaration. Les évêques rappellent que les approches sur une base volontaire ont échoué et qu’il ne reste par conséquent que l’adoption d’une loi contraignante pour protéger les communautés.

Harmoniser la loi sur la diligence au niveau européen et soutenir les négociations des Nations unies

Alors que certains pays européens disposent déjà d’une loi sur la diligence raisonnable ou l’ont mise en chantier, ce n’est que récemment que l’UE a entrepris d’harmoniser ce patchwork afin de consolider les importantes évolutions sectorielles qui le composent au niveau régional. Le Commissaire européen à la justice, Didier Reynders, a fait un pas dans la bonne direction en annonçant l’élaboration prochaine d’une législation européenne rendant obligatoire pour les entreprises la diligence raisonnable en matière de droits humains et d’environnement.

La déclaration des évêques restera ouverte à la signature, dans la perspective notamment du prochain cycle de négociations d’un instrument juridiquement contraignant sur les entreprises et les droits humains aux Nations unies, qui entre cette année dans sa sixième session.

Le peuple suisse votera sur l’initiative pour des multinationales responsables le 29 novembre 2020

Depuis son lancement en 2016, cette initiative est portée par Action de Carême ainsi que par une vaste coalition de 114 organisations. « Au travers des témoignages de nos partenaires dans 14 pays du Sud, nous constatons que le développement est menacé par les activités de multinationales violant les droits humains et polluant l’environnement », déclare François Mercier, responsable Matières premières et droits humains à Action de Carême. « En Suisse, nous avons une chance unique d’agir grâce à l’initiative pour des multinationales responsables. »

Siedlung am Amazonas

Il y a 5 ans, pour la première fois, une encyclique papale s’adressait à tous les peuples de la planète et affichait un discours courageux pour faire face aux défis mondiaux. « Le modèle de développement global » nécessite une nouvelle orientation et cela implique de « réfléchir sur le sens de l’économie et de ses objectifs afin de corriger les dysfonctionnements et les déséquilibres ». (Laudato si', 194)

Cet appel à un changement de système se fonde sur le fait que notre modèle économique basé sur la croissance tend à faire exploser les limites de la Terre. Nous nous comportons comme si nous avions plusieurs planètes à disposition.

Les inégalités mondiales sont criantes et nous les tolérons : une douzaine de personnes détient autant de richesses que la moitié la plus pauvre de la population mondiale.

Le rythme de consommation, de gaspillage et de détérioration de l’environnement a dépassé les possibilités de la planète de telle sorte que notre style de vie actuel ne peut se terminer que par des catastrophes. (Laudato si’, 161)

Nous sommes sur cette pente dangereuse et l’urgence climatique est bien réelle. Malgré les prises de conscience et les discours de plus en plus engagés, les émissions de CO2 ne cessent d’augmenter dans le monde entier, ce qui neutralise les effets positifs du recours aux énergies renouvelables.

La mise en application de l’encyclique Laudato si’ est compliquée pour l’Église et la sphère politique. L’engagement en faveur de la justice et de la paix a amené à de nombreuses contradictions – de l’intérieur et de l’extérieur de l’Église – et il faut partir du principe qu’une « nouvelle conception du développement » pour parvenir à un changement systémique reste un défi.

Nous devons répondre à la « clameur de la Terre et des pauvres ». (Laudato si’, 139)

L’encyclique Laudato si’ interroge l’Église et les paroisses, également en Suisse, sur la contribution concrète qu’elles peuvent apporter à la sauvegarde de notre maison commune. Comment pouvons-nous œuvrer ensemble de manière durable et écologique ? Comment pouvons-nous, en tant qu’Églises, accompagner et soutenir le mouvement social des personnes engagées en faveur du climat ? Nos centres paroissiaux et nos édifices religieux sont-ils respectueux du climat ? Comment montrer notre solidarité envers les populations du Sud les plus touchées par les conséquences des changements climatiques ? Dans quelle mesure nos investissements sont-ils durables ?

Il est important pour nous d’œuvrer activement en faveur d’un changement systémique et de la justice climatique avec les paroisses et les institutions ecclésiastiques. Cette transition vers un nouveau mode de vie doit être tant individuelle que collective et n’aboutira que le jour où nous nous considérerons comme faisant partie de la création, où nous respectons notre Terre mère, et où nos systèmes politiques et économiques auront le bien commun comme objectif, et non le profit.

Cinq ans après la publication de Laudato si’, le moment est venu.

Helena Jeppesen, Coopérations en Suisse

Initiatives d’Action de Carême pour un changement systémique

Les Églises s'engagent pour des multinationales responsables

Avec l’initiative pour des multinationales responsables, nous prônons un devoir de diligence et de responsabilité en matière de droits humains et de normes environnementales. Avec la Conférence des évêques suisses et l’Église évangélique réformée de Suisse, un mouvement important est à l’origine de l’initiative populaire. Il a été lancé conjointement par Action de Carême.

Églises pour multinationales responsables

Prendre conscience, en groupe, de l'impact de ses pratiques

En collaboration avec HEKS, Action de Carême a lancé les « Conversations carbone », qui ont connu un grand succès dans toute la Suisse. Cette méthode s’adresse à toute personne voulant progresser résolument vers un mode de vie plus sobre en gaz carbonique.

Conversations carbone