Le 13 mai, à l’occasion de la Journée du commerce équitable sur le thème « Effets du commerce équitable », la commune de Val-de-Ruz (NE) devient la 21ème municipalité de Suisse à obtenir la distinction Fair Trade Town (FTT). Le 16 mai, ce sera au tour de la ville de Lugano (TI), qui deviendra la 22ème ville équitable de Suisse. La distinction FTT est promue par la faîtière du commerce équitable Swiss Fair Trade, dont Action de Carême est membre fondatrice. Notre organisation se réjouit de l’engagement de ces communes, qui contribue à la souveraineté alimentaire des familles paysannes dans les pays du Sud.

Une contribution de Sophie de Rivaz, responsable des dossiers Commerce équitable, Transition et Durabilité

Ce n’est pas un hasard du calendrier si les communes de Val-de-Ruz, dans le canton de Neuchâtel et de Lugano, au Tessin ont respectivement choisi les 13 et 16 mai pour célébrer leur engagement en faveur du commerce équitable. La cérémonie de la première se déroule en effet lors de la Journée mondiale du commerce équitable et celle de la seconde à peine quelques jours plus tard. En plus de renforcer le mouvement du commerce équitable, ces distinctions contribuent à sensibiliser la population locale à l’importance d’une consommation à la fois durable et qui ne laisse personne de côté.

Le commerce équitable est un instrument de politique de développement qui permet aux populations du Sud d’améliorer leur niveau de vie. Il a un effet positif non seulement sur les prix, le revenu des ménages et la résilience économique des productrices et producteurs, mais aussi sur l’environnement et le climat, sur le développement social ainsi que sur l’autonomisation des femmes. Le soutien d’Action de Carême aux organisations actives dans le commerce équitable s’inscrit dans sa lutte pour la souveraineté alimentaire, une préoccupation pour laquelle elle s’engage depuis sa création en 1961.

La distinction Fair Trade Town valorise circuits courts et consommation durable

Pour cette région pionnière du Val-de-Ruz, qui a amorcé la mise en place d’un réseau écologique en 2014 déjà, il s’agit d’ancrer le principe selon lequel, lorsque la consommation locale et l’approvisionnement via les circuits courts n’est pas ou plus possible, il importe de prendre en compte les conditions dans lesquelles ont été produites les denrées et les matières importées. Il a semblé cohérent de favoriser dans ce cas des produits respectueux des conditions sociales et environnementales dans les pays d’origine, qui ne constituent pas une concurrence déloyale envers le monde agricole vaudruzien. La démarche permet au contraire de valoriser de nombreuses actrices et acteurs du tissu économique local, qui présente d’ores et déjà une grande sensibilité à cette question. Val-de-Ruz est la première commune neuchâteloise à recevoir la distinction.

Côté Lugano, la reconnaissance consacre l’engagement de la capitale économique du Tessin en faveur du commerce équitable et plus généralement de la consommation durable. Fair Trade Town est également l’un des points forts du projet #LUGANOSOSTENIBLE qui, à travers de multiples initiatives, vise à promouvoir la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies. Une double stratégie a été suivie : d’une part, l’information du public lors d’événements, d’échanges avec les jeunes et de projection de films illustrant le travail de quelques producteurs et productrice du Sud et, d’autre part, la sensibilisation du secteur économique et de la société civile. Au Tessin, Lugano rejoindra sa voisine Capriasca et la capitale Bellinzona, qui ont été érigées en villes équitables il y a quelques années.

Pour en savoir plus : www.fairtradetown.ch

Votre don favorise aussi le commerce équitable

Choisissez un montant

Ce site web utilise des cookies pour assurer son bon fonctionnement. Ils nous permettent d'analyser les intérêts de nos utilisatrices et utilisateurs afin d’améliorer nos contenus et vos possibilités de dons. Les données recueillies ne sont utilisées ni par nous ni par nos partenaires pour vous identifier ou vous contacter. En savoir plus

Un rapport d’Action de Carême en Afrique du Sud montre les effets dévastateurs de l’exploitation minière sur la population. Il met en évidence l’impact des mines de charbon sur les travailleurs et les travailleuses ainsi que sur les communautés et propose une lecture genrée des conditions de travail, des atteintes à la santé, des violences ou encore à de l’accaparement des terres 

Un texte de Philippa Mund, responsable du dossier Question de genre et du programme Guatemala 

L’étude a été menée par la sociologue Asanda-Jonas Benya de l’Université du Cap, actuellement chargée de cours invitée à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève (IHEID). Asanda-Jonas Benya s’est rendue dans différentes communautés d’Afrique du Sud touchées par les activités d’extraction du charbon, auprès desquelles travaillent nos organisations partenaires. Elle s’est entretenue avec des personnes directement concernées et a évalué les interviews. 

Les femmes sont directement touchées 

Selon le rapport, les effets néfastes de l’activité minière sont multiples. Ils impactent les hommes et également directement la vie des femmes. Traditionnellement, ce sont elles qui cultivent les jardins potagers pour subvenir aux besoins alimentaires de leur famille. Aux abords des mines, la poussière de charbon se répand partout et recouvre la terre, les plantes, les animaux et les maisons. À cause de cela, les récoltes diminuent et le bétail meurt. De plus, la charge de travail des femmes augmente, car elles doivent inlassablement débarrasser leur maison de la poussière qui s’accumule, poussière qu’elles ingèrent inévitablement au quotidien. 

Mama Moya, riveraine d’une mine, décrit les terribles conséquences de la mine : 

« Nous devons absolument tout couvrir, la nourriture, l’eau, les meubles. Si nous ne le faisons pas, tout devient noir dès que le vent souffle en provenance de la mine. […] Notre eau est polluée. Si tu ouvres le robinet, l’eau est noire. Nous mangeons et buvons du charbon et nous tombons malades. Les enfants aussi tombent malades. Nous devons les emmener plus souvent chez le médecin et ils doivent prendre plus souvent des médicaments. Tout cela coûte cher. Nous ne pouvons même pas utiliser nos plantes médicinales traditionnelles, car elles sont recouvertes de poussière de charbon. Plus rien ne pousse ; la poussière tue toutes les plantes. » 

La poussière de charbon recouvre les plantes et provoque une baisse des récoltes.
La poussière de charbon recouvre les plantes et provoque une baisse des récoltes.

Des lois contraignantes sont nécessaires 

D’autres conséquences dévastatrices de l’exploitation minière sont exposées dans ce rapport. Par exemple, cette dernière ne crée pratiquement aucun emploi pour la population locale. En effet, ce sont en premier lieu des travailleurs migrants (et dans une moindre mesure des travailleuses migrantes) qui y sont embauchés.

Au contraire, les communautés vivant aux alentours des mines se voient privées de leurs moyens de subsistance, perdent leur autonomie et sombrent dans la pauvreté. De plus, le droit à une alimentation saine dans ces régions est loin d’être garanti. Au vu de cette situation alarmante, il est aujourd’hui primordial de mettre en place des lois contraignantes qui responsabilisent les multinationales comme Glencore – dont le siège se trouve en Suisse –, l’une des plus grandes sociétés productrices de charbon au monde. 

L’étude complète (en anglais) se trouve ici.

Asanda-Jonas Benya évoque ici les conséquences de l’exploitation minière en Afrique du Sud dans un article d’Alliance Sud.

Dans ses programmes, Action de Carême soutient les personnes dans la revendication de leurs droits, indépendamment du genre. Notre engagement pour l’égalité des genres consiste entre autres à porter une attention particulière à l’attribution des ressources et à la redistribution du pouvoir, l’objectif étant de déclencher un processus de changement social. 

L'eau à proximité des mines de charbon est polluée et toxique.
L'eau à proximité des mines de charbon est polluée et toxique.

Soutenir nos projets, c'est aussi soutenir l'engagement pour l'égalité des sexes

Choisissez un montant

Pendant des années, John* et ses collègues ont travaillé dans des mines de charbon sudafricaines sans recevoir de masques pour se protéger de la poussière. Aujourd’hui, plus d’un millier d’anciens mineurs comme lui souffrent de maladies pulmonaires et réclament un dédommagement de la part des compagnies minières. Action de Carême et l’Entraide protestante (EPER) appuient leur action.

Un texte de François Mercier, responsable du programme Matières premières et droits humains

Dans la province de Mpumalanga, en Afrique du Sud, les mines de charbon sont partout. Le travail dans les mines, souterraines ou à ciel ouvert, est pénible et mal payé. La poussière et les dangers sont omniprésents.

Les quatre mineurs que j’ai rencontrés il y a quelques années à Ermelo ont tous travaillé pendant plus de 20 ans dans des mines de charbon, dont celles appartenant au géant suisse des matières premières Glencore. Ce n’est qu’en l’an 2000, après que les syndicats ont protesté contre les mauvaises conditions de travail, que les compagnies minières acceptent de donner des masques au personnel.

Des séquelles à vie

Pour plus d’un millier de mineurs, cette mesure arrive trop tard. La poussière de charbon s’est accumulée au fond de leurs poumons et déclenche longtemps plus tard une maladie pulmonaire, la pneumoconiose.

Les quatre mineurs d’Ermelo ne travaillent plus aujourd’hui et ils sont visiblement très marqués par la maladie : « Je ne peux plus respirer normalement. Ma poitrine me fait mal et j’ai des problèmes cardiaques », explique John*. Son collègue ajoute : « Je ne peux plus respirer sans médicaments ». Avec d’autres anciens mineurs, ils ont fondé l’association Zamani (« Tentons notre chance » en zoulou) pour s’entraider. Plusieurs de leurs anciens collègues sont déjà décédés de la maladie.

Après plus de 20 ans de travail dans les mines de charbon, ces anciens mineurs souffrent de maladies pulmonaires.

Le long chemin vers l’indemnisation

En 2017, la Commission épiscopale sudafricaine Justice & Paix, partenaire d’Action de Carême et de l’EPER, décide d’accompagner les mineurs et leurs familles. Elle fait examiner l’état de santé de centaines de personnes dans le but de dépister la pneumoconiose et d’appuyer les demandes d’indemnisations aux compagnies négligentes.

En décembre 2022, la patience des mineurs est à bout. Ils protestent devant une filiale de Glencore en dehors de Johannesburg et demandent réparation pour les malades. Joseph Nzimande, représentant des communautés affectées, déclare : « Glencore a gagné des milliards avec les mines de charbon. Il est juste que l’entreprise compense maintenant ceux qui ont contracté la pneumoconiose en travaillant dur pour elle ».

Au début février 2023, Justice & Paix et une délégation de mineurs rencontrent finalement l’entreprise. Celle-ci promet une prise de position prochainement, mais ne semble pas prendre au sérieux leurs revendications. Les mineurs ont d’ores et déjà annoncé qu’ils continueront de protester et qu’ils envisagent une action en justice. Soutenons-les pour qu’ils obtiennent réparation !

* prénom d’emprunt

Des mineurs malades et leurs familles protestent devant une filiale de Glencore en Afrique du Sud.

Soutenez les mineurs en Afrique du Sud

Choisissez un montant
La Coalition pour des multinationales responsables, dont Action de Carême est membre active, vient de lancer une grande pétition. L’objectif est de récolter 100 000 signatures en 100 jours auprès de la population pour que le Conseil fédéral élabore enfin une loi sur la responsabilité des multinationales à l’instar de l’Union européenne. Vous aussi, signez la pétition !
La Coalition pour des multinationales responsables, dont Action de Carême est membre active, vient de lancer une grande pétition. L’objectif est de récolter 100 000 signatures en 100 jours auprès de la population pour que le Conseil fédéral élabore enfin une loi sur la responsabilité des multinationales à l’instar de l’Union européenne. Vous aussi, signez la pétition !

François Mercier, responsable du programme Matières premières et droits humains

Vous souvenez-vous de la campagne de votation sur l’initiative pour des multinationales responsables en automne 2020? La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter avait alors combattu l’initiative et martelé, dans tout le pays, que la Suisse devait se doter d’une loi « coordonnée au niveau international » et que les multinationales en Suisse et dans l’Union européenne (UE) devaient être mises « sur un pied d’égalité ».

Or, fin février 2022, la Commission européenne a présenté un projet de loi sur la responsabilité des multinationales qui pourrait bientôt s’appliquer à toutes les entreprises de l’UE à partir de 250 employé·e·s. Les entreprises devront analyser les risques de pollution ou de violation de droits humains que pourraient commettre toutes leurs relations commerciales importantes. Ainsi, si une entreprise européenne utilise des matériaux d’un fournisseur étranger et que celui-ci exploite ses travailleurs et travailleuses, l’entreprise devra tout faire pour que ces pratiques cessent. Elle aura également pour devoir de prévenir de tels abus.

Les entreprises minières suisses violent les droits humains
La loi européenne prévoit aussi des mécanismes de mise en œuvre efficaces. Une autorité de surveillance pourra infliger des amendes et il sera possible de porter plainte auprès d’une cour européenne pour les abus causés par les filiales ou sous-traitants de sociétés européennes. Enfin, les multinationales européennes devront rendre compte des démarches entreprises pour respecter les objectifs de l’accord de Paris sur le climat.

Le projet de loi européenne représente une avancée majeure. Dans les régions défavorisées des autres continents, de nombreuses personnes continuent de souffrir de l’exploitation ou de la pollution causée par les partenaires commerciaux de multinationales suisses et européennes. Action de Carême a régulièrement dénoncé de telles pratiques, en particulier celles de sociétés minières suisses.

Nous avons besoin d’une loi contraignante
En comparaison, le contre-projet indirect du Parlement entré en vigueur le 1er janvier 2022 ne requiert qu’un devoir de diligence limité et les entreprises ne peuvent pas être tenues responsables des abus commis à l’étranger. Aucune autorité de surveillance ne contrôle les entreprises ou n’est habilitée à prononcer des sanctions. La Suisse, bientôt le seul pays d’Europe sans loi efficace sur la responsabilité des multinationales ? Il est grand temps de demander à Karin Keller-Sutter de tenir ses promesses !

Soutenez la pétition pour une loi sur la responsabilité des multinationales : Signez maintenant !

Soutenez des personnes dans leur chemin vers l’autodétermination.

Choisissez le montant désiré