Le terme « agroécologie » désigne une pratique adaptée aux conditions locales et respectueuse de la nature, cheville ouvrière de la souveraineté des peuples et de la sécurité alimentaire dans les pays d’intervention d’Action de Carême.

Un commentaire de Christa Suter, responsable du dossier agroécologie

L’impact néfaste de l’agriculture industrielle sur l’environnement et le climat saute de plus en plus aux yeux. Le réchauffement planétaire, les guerres, la spéculation sur les matières premières et les perturbations des chaînes d’approvisionnement mettent en péril la disponibilité d’aliments sains et abordables dans les pays du Sud. Prenant le contrepied de ces tendances, l’agroécologie est un fer de lance de la durabilité qui favorise la biodiversité et prend soin des sols afin d’en conserver la fertilité. Elle présente un double avantage : d’une part, l’ensemble des intervenant·e·s – plantes, animaux, humains et environnement – en bénéficient et, d’autre part, le système alimentaire gagne en équité, car les personnes choisissent tant leurs modes de production que le contenu de leur assiette. Cette pratique agricole est axée sur la culture d’aliments sains – gage de la fertilité des sols et de la biodiversité des plantes et des animaux – et sur la gestion responsable de l’eau.

L’agroécologie est à la fois une science, un ensemble de pratiques agricoles durables et un mouvement social luttant pour la souveraineté alimentaire. Ayant connu un grand essor au cours des dernières décennies, elle ne se borne pas aux champs et aux exploitations agricoles, mais s’étend à l’ensemble du système alimentaire, du champ à l’assiette, en passant par chaque maillon de la chaîne de production.

C’est aux personnes, et non à des entreprises ou aux États signataires d’accords commerciaux, que doit revenir le droit de choisir les méthodes de production, les terres à cultiver et les aliments à consommer. Si elle ne peut pas empêcher le réchauffement planétaire, l’agroécologie peut du moins montrer aux paysannes et paysans les moyens dont ils disposent pour s’adapter à ses effets.

Les membres d'un groupe de solidarité dans la région kenyane de Mochongoi s'entraident dans le travail dans les champs.

Quatre dimensions en interaction

La dimension écologique de l’agroécologie est essentielle : la préservation de la fertilité des sols, la lutte contre l’érosion et la promotion de la biodiversité en sont les piliers. Par ailleurs, l’agroécologie remplace les pesticides et les engrais synthétiques extrêmement toxiques par des méthodes respectueuses de l’environnement et privilégie délibérément les semences locales afin de mieux se prémunir contre les variations du climat.

L’agroécologie a aussi une dimension sociale : elle valorise les savoirs traditionnels, essentiels à la pratique d’une agriculture équitable et souveraine. Elle attache également beaucoup d’importance aux groupes de solidarité et à la formation des femmes, indispensables au renforcement de la communauté. Les femmes jouent d’ailleurs un rôle central dans l’agriculture et l’alimentation : elles effectuent une grande partie des travaux des champs, conservent et multiplient les semences paysannes, préparent les repas et vendent les récoltes sur le marché.

La dimension économique de l’agroécologie, donnant la priorité aux produits régionaux et de saison, se traduit par un renforcement des circuits locaux : les aliments sont produits pour le marché local ; les semences ainsi que les engrais et les produits phytosanitaires écologiques sont également fabriqués sur place. L’approche agroécologique met délibérément l’accent sur des produits variés et pouvant être récoltés si possible toute l’année, afin que les familles puissent diversifier leurs sources de revenus.

Enfin, la dimension politique fait référence à la participation aux processus politiques des producteurs et productrices et des salarié·e·s des secteurs agricole et agroalimentaire, un droit inscrit en 2018 dans la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales qui leur permet de concrétiser la souveraineté alimentaire, le droit à l’alimentation et le contrôle de leurs terres et de leurs semences.

Changer de modèle

L’agriculture est à la fois une des premières causes du réchauffement climatique et l’une de ses principales victimes. Un changement de cap s’impose. Au lieu de verser des subventions directes et indirectes à l’agriculture industrielle, un mode de production aux antipodes de la durabilité, il serait plus sensé de réduire massivement le recours aux engrais chimiques et aux pesticides. Il est également urgent de passer à un modèle de petites exploitations agricoles diversifiées qui garantit l’accès à la terre, notamment pour les femmes dans les pays de l’hémisphère Sud.

Un changement de paradigme auquel œuvrent les organisations partenaires d’Action de Carême en Asie, en Afrique et en Amérique latine en s’engageant, tant sur le plan pratique que politique, pour la consolidation et la diffusion des approches agroécologiques. Concrètement, elles promeuvent l’accès aux ressources telles que la terre, les semences ou l’eau et exigent que la sécurité des personnes qui militent pour les droits des paysannes et paysans soit garantie.

Les plants de poireaux sont plantés avec soin et de manière suffisamment espacés.

L’agroécologie a été le thème de la campagne œcuménique 2023 d’Action de Carême et de l’EPER. Pour plus d’informations, c’est par ici.

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Alors que le monde se remet du sommet des Nations Unies sur le climat à Sharm El-Sheikh, au Kenya, Loisa Maimpu passe sa journée à chercher de l’eau et de la nourriture pour sa famille et ses animaux. Depuis plus de deux ans, le Kenya subit une sécheresse d’une intensité inédite.

Une analyse de Leon Jander, responsable du programme Kenya

Loisa Maimpu, du peuple Massaï, vit dans le comté de Kajiado, une région aride du Kenya à la frontière avec la Tanzanie. Les Massaïs étant des éleveuses et éleveurs de bétail, les grands troupeaux font la fierté de chaque famille et constituent leur moyen de subsistance. La sécheresse croissante due aux changements climatiques rend difficile l’entretien de ces grands troupeaux et les Massaïs doivent parcourir des distances toujours plus longues pour trouver des pâturages.

La longue sécheresse affaiblit les animaux, dont beaucoup meurent.
Le raccourcissement de la saison des pluies a des conséquences dramatiques
Les populations des régions arides du Kenya sont déjà habituées aux périodes de chaleur et de sécheresse. Elles parviennent généralement à se rétablir lors de la saison des pluies suivante. Toutefois, les changements climatiques prolongent tellement la durée et l’intensité des sécheresses que tant les hommes et les femmes que les animaux n’arrivent plus à s’y adapter assez vite. En cette période, la pluie tombe habituellement dans de nombreuses régions du Kenya. C’est en partie le cas, mais pour la cinquième fois consécutive, la saison des pluies est moins intense que la moyenne. Les météorologues parlent d’une diminution des précipitations de 60 %. Les prévisions pour la saison des pluies du printemps 2023 sont tout aussi mauvaises. La sécheresse prolongée affecte la santé des personnes et des animaux ainsi que le développement des enfants, de même qu’elle entraîne une augmentation des décès. En outre, les conflits entre les personnes et avec les animaux se multiplient. Tout le monde est à la recherche d’eau et de nourriture.
L'agriculture offre des sources de revenus et de nourriture supplémentaires.
Amélioration de l’approvisionnement alimentaire
Afin de s’en sortir, les gens se tournent souvent vers l’agriculture comme source de revenus et de nourriture supplémentaires. L’organisation partenaire Olkejuado Pastoralists Development Organization (Dupoto-e-Maa), avec laquelle Action de Carême collabore avec succès depuis 2009, les accompagne dans cette démarche. Lors d’une évaluation externe du projet en 2021, des effets encourageants ont été constatés : 18 % des personnes faisant partie du groupe cible ont indiqué la vente de légumes comme principale source de revenus, alors qu’il n’en était pas encore question au début du projet. L’agriculture a également permis de diversifier l’alimentation et les familles ont désormais plus de légumes sur leur table.
Alors que le monde se remet du sommet des Nations unies sur le climat à Sharm El-Sheikh, au Kenya, Loisa Maimpu passe sa journée à chercher de l'eau et de la nourriture pour sa famille et ses animaux. Depuis plus de deux ans, le Kenya subit une sécheresse d'une intensité inédite.
Action de Carême soutient l’aide d’urgence 
Il faudra des années pour que les décisions prises lors de la COP27 soient mises en œuvre. D’année en année, il sera de plus en plus difficile d’atteindre l’objectif de 1,5 degré. De temps, Loisa Maimpu n’en a plus. Dans la région du projet, Action de Carême fournit une aide d’urgence afin d’atténuer la détresse la plus grave. Ce type d’aide est important pour que les progrès réalisés dans les projets de développement à long terme des organisations partenaires ne soient pas perdus.  

En 2020, l’émission Mitenand de la SRF a fait un reportage sur Dupoto-e-Maa, une organisation partenaire d’Action de Carême au Kenya. Vous trouverez le reportage ici (en allemand).

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Dans la série d’histoires « Voix du Sud », les coordinatrices et coordinateurs des pays où Action de Carême est présente décrivent les conditions de vie des habitant·e·s dans le contexte de la guerre en Ukraine. Voici les témoignages de Sam Barthélémy Natacha Compaoré, membres de la coordination du programme Burkina Faso.
Dans la série d’histoires « Voix du Sud », les coordinatrices et coordinateurs des pays où Action de Carême est présente décrivent les conditions de vie des habitant·e·s dans le contexte de la guerre en Ukraine. En ces temps difficiles, les programmes d’Action de Carême redonnent espoir et confiance à celles et ceux qui luttent pour joindre les deux bouts.

Membres de la coordination du programme Burkina Faso, Sam Barthélémy et Natacha Compaoré nous donnent un aperçu de la situation dans le pays.

« Au Burkina Faso, les bénéficiaires de nos projets sont pour la plupart des paysannes et paysans qui vivent dans des zones rurales loin des villes et ont peu accès à l’information. Les gens n’ont pour la plupart pas conscience des enjeux liés à la guerre en Europe. L’affrontement entre la Russie et l’Ukraine leur semble aussi proche de leur réalité qu’un récit. La population locale s’inquiète en effet bien plus du climat d’insécurité généré par les fréquentes attaques terroristes : voilà désormais six ans que cette menace plane en permanence au-dessus de la tête des habitant·e·s, en particulier au nord, dans le Sahel, dans le centre-nord et dans l’ouest du pays.

Le réchauffement climatique représente par ailleurs une source de préoccupation supplémentaire. La dernière saison d’hivernage s’étant révélée catastrophique et les récoltes désastreuses, la situation des bénéficiaires s’est détériorée dans presque toutes les zones où nous sommes présent·e·s. La population a de plus en plus de peine à manger à sa faim.

Produire le plus possible soi-même afin d'être économiquement indépendant.
Réduire la dépendance envers l’étranger
Ce conflit pourtant lointain nous montre à quel point nous sommes toutes et tous tributaires d’une poignée de pays : alors qu’elle a éclaté en Ukraine, la guerre a des répercussions tant en Europe qu’en Afrique. Nous voyons toutefois dans la situation actuelle une occasion à saisir afin de promouvoir la culture locale des céréales, qui forment la base de l’alimentation au Burkina Faso. En vue de compenser l’absence de blé d’importation, nous explorons donc, aux côtés des bénéficiaires de nos projets, les céréales susceptibles de pousser sous notre rude climat ainsi que la manière de les transformer. Nous comptons également expérimenter de nouveaux procédés de panification à l’aide de variétés de céréales différentes. Nous mettons tout en œuvre afin de réduire notre dépendance envers l’étranger et de jouer nos atouts. Après tout, le Burkina Faso moulait encore son propre blé dans des moulins nationaux jusqu’en 2005 (les Grands Moulins du Burkina). Telle est la voie sur laquelle nous souhaitons nous réengager. »

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Le programme Burkina Faso touche environ 8500 femmes et hommes. Nous tenons à ce que la population burkinabé sache comment faire valoir ses droits, car elle pourra ainsi avoir accès à la terre, à l’eau, aux forêts et aux pâturages et assurer durablement son alimentation.
Dans la série d’histoires « Voix du Sud », les coordinatrices et coordinateurs des pays où Action de Carême est présente décrivent les conditions de vie des habitant·e·s dans le contexte de la guerre en Ukraine. Voici les témoignages de Diary Ratsimanarihaja et Parany Rasamimanana, membres de la coordination du programme Madagascar.
Dans la série d’histoires « Voix du Sud », les coordinatrices et coordinateurs des pays où Action de Carême est présente décrivent les conditions de vie des habitant·e·s dans le contexte de la guerre en Ukraine. En ces temps difficiles, les programmes d’Action de Carême redonnent espoir et confiance à celles et ceux qui luttent pour joindre les deux bouts.

Voici les témoignages de Diary Ratsimanarihaja et Parany Rasamimanana, membres de la coordination du programme Madagascar

« Madagascar est aux prises avec une inflation galopante qui la rend fortement tributaire de l’aide fournie par l’étranger. Même le riz, que l’île est pourtant capable de produire elle-même, doit être importé. Cette dépendance, liée aux conséquences des ouragans, du Covid-19 et d’une mauvaise gouvernance, appauvrit la population jour après jour. Nos projets se déroulent essentiellement dans les zones rurales, où les paysannes et paysans ignorent tout de la guerre en Ukraine.

Réunion des membres d’un groupe d’épargne.
Miser sur l’autosuffisance alimentaire
À l’heure actuelle, il est encore possible de s’approvisionner en céréales, en essence, en gaz, en huile de tournesol et en engrais. Les risques de pénurie évoqués dans les médias ont alimenté les spéculations et nous sommes confronté·e·s à un renchérissement continu depuis le début de l’invasion. L’inflation croissante représente un grave problème pour les ménages, le prix des marchandises devenant de plus en plus prohibitif pour nombre d’entre eux.

L’expérience nous a appris combien il est primordial pour les bénéficiaires de nos projets de miser sur l’autosuffisance face à une pénurie de produits importés comme celle qui menace actuellement l’île. L’instabilité économique mondiale générée par la guerre, couplée aux mauvais choix de gouvernance de nos dirigeant·e·s, nous conforte dans la conviction qu’il est crucial de prêter aide et assistance à la frange la plus défavorisée de la population. Aussi notre programme vise-t-il à permettre aux habitant·e·s de se nourrir par leurs propres moyens et de subvenir à une grande partie de leurs besoins. »

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Les projets d'Action de Carême offrent une issue aux familles pauvres. Ils initient des groupes d'épargne qui peuvent s'entraider en cas d'urgence avec des prêts sans intérêts - lorsque les réserves de nourriture s'épuisent à la fin de la saison des pluies, lorsque quelqu'un tombe malade ou lorsque les enfants ont besoin de matériel scolaire.
La paysanne burkinabè Safiotou Sanfo en train de récolter le mil
La multinationale agricole Syngenta prétend que la consommation de produits bio en Europe est à l’origine de la famine en Afrique. Une vision plutôt réductrice.

Un commentaire de Christa Suter, responsable du dossier agroécologie

Dans un article paru dans la NZZ am Sonntag le 8 mai dernier, le patron de la multinationale de l’agroalimentaire Syngenta demande une nouvelle orientation de l’agriculture et une augmentation de la production agricole face à la crise alimentaire qui menace. Erik Fyrwald reproche à l’agriculture biologique d’avoir un rendement jusqu’à 50 % inférieur par rapport à une production intensifiée. Il affirme en outre que ce type d’agriculture nécessiterait de plus grandes surfaces d’exploitation et aurait des effets néfastes pour l’environnement.

L’agriculture biologique est durable
Les arguments avancés par la multinationale pour défendre son chiffre d’affaire ne correspondent toutefois pas à la réalité. L’expérience de longue haleine d’Action de Carême montre qu’une agriculture durable contribue à réduire la faim. En misant sur les semences paysannes locales et en utilisant des méthodes agroécologiques, promues au sein de nos programmes nationaux, les paysans et paysannes renforcent leur souveraineté alimentaire. Les crises mondiales telles que la crise climatique, la pandémie de Covid-19 ou la guerre en Ukraine n’ont fait que confirmer que la promotion de systèmes alimentaires locaux protège les communautés de la dépendance vis-à-vis des multinationales agricoles.

L’agriculture intensive comporte de grands risques
Par notre travail politique, nous renforçons les droits des paysannes et des paysans et les soutenons dans leur autodétermination quant au type d’agriculture qu’ils souhaitent mettre en œuvre. En effet, les conditions de culture en Afrique rurale, avec de très petites surfaces cultivées et peu de possibilités d’acheter des produits agrochimiques coûteux, sont fondamentalement différentes des exploitations de monoculture hautement intensives d’Europe ou d’Amérique. L’intensification de l’agriculture avec des intrants coûteux et de surcroît nuisibles à l’environnement comporte donc de grands risques et met en péril les moyens de subsistance de familles paysannes, particulièrement en Afrique.

Les produits agrochimiques nuisent aux sols et à la santé
L’agriculture conventionnelle intensive, qui demande notamment l’utilisation d’onéreux produits chimiques tels que les produits Syngenta, a pollué les sols pendant des années. Or, les méthodes agroécologiques favorisent la fertilité des sols et la formation d’humus, qui permet le stockage du CO2 dans le sol.* L’approche agroécologique aide notamment à atténuer la contamination des sols et de l’eau ainsi que les effets néfastes des produits agrochimiques sur la santé.

L’agriculture durable réduit la faim
Un débat plus nuancé s’impose de toute urgence. La faim dans le monde a des causes multiples et ne peut être résolue uniquement par une intensification de la production agricole. Ce qui doit être remis en question, ce sont plutôt les structures de pouvoir existantes et le monopole du marché agricole par quelques multinationales qui dictent la meilleure méthode de culture et le type de semences qui peuvent être cultivées. Avec une production locale et adaptée aux besoins régionaux, la Terre serait capable de produire suffisamment de nourriture pour tous les êtres humains. Tel est le credo d’Action de Carême, qui s’engage inlassablement pour l’accès à la terre et une agriculture agroécologique durable.

*Il n’est scientifiquement pas prouvé que l’agriculture biologique serait néfaste pour le climat. Une étude comparative sur les émissions de CO2 de l’agriculture biologique et de l’agriculture conventionnelle est arrivée à la conclusion qu’un hectare de terre bio peut absorber 10 % de carbone de plus qu’un hectare de terre cultivée de manière conventionnelle. Citation de Knut Schmidtke, directeur de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL) 

Aidez les populations à faire valoir leur droit à l’alimentation

Aujourd’hui, 14 mai, c’est la Journée mondiale du commerce équitable. Ce rendez-vous du deuxième samedi du mois de mai porte cette année sur le thème « Résilience climatique et moyens de subsistance », une question qui rejoint les préoccupations d’Action de Carême pour son engagement pour le droit à l’alimentation. À l’heure où l’agriculture paysanne subit de plein fouet les conséquences des changements climatiques, le commerce équitable la rend plus résiliente tout en contribuant à préserver le climat.

Un commentaire de Sophie de Rivaz, responsable du dossier Commerce équitable

Depuis sa création, Action de Carême s’engage dans la lutte contre la faim. En 2007, elle introduit la notion de « droits humains » dans le cadre de sa stratégie. Elle développe ainsi son travail à la convergence de la lutte contre la faim et du respect des droits humains autour du droit à l’alimentation. C’est dans ce contexte que s’inscrit le soutien aux organisations actives dans le commerce équitable.

Les effets dévastateurs des changements climatiques sur l’agriculture paysanne
Ce sont celles et ceux qui en sont le moins responsables qui subissent le plus les conséquences des changements climatiques. Les populations du Sud qui pratiquent l’agriculture paysanne n’ayant souvent que très peu de moyens financiers, elles peinent à faire face aux nouvelles conditions météorologiques, sources de sécheresses, d’inondations, de mûrissement précoce ou retardé, de mauvaises récoltes ainsi que de l’apparition de nouveaux parasites, mauvaises herbes et maladies.

Le commerce équitable, facteur de résilience
Ces conséquences sont d’autant plus injustes que les méthodes de l’agriculture paysanne contribuent à lutter contre les changements climatiques, puisqu’elles préservent les ressources natu-relles et génèrent bien moins d’émissions polluantes que les cultures industrielles à grande échelle.

En plus d’être moins nocive pour l’environnement, grâce notamment à des critères écologiques, l’agriculture du commerce équitable devient aussi plus résiliente. Les formations données par des expertes et experts locaux misent sur une agriculture plus résistante, qui garantisse tant la sécurité alimentaire que les revenus.

Notre consommation fait la différence
En termes de culture et de transformation des produits, l’agriculture paysanne respecte davantage l’environnement, comparé à l’agriculture industrielle. De plus, la majorité des produits issus du commerce équitable sont acheminés par bateau. L’émission de CO2 reste donc très limitée. Consommons équitable !

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Ouragan Batsiray

Villages détruits – Routes sous l’eau

Dimanche, le cyclone Batsiray a atteint Madagascar. Non seulement des villages entiers ont été détruits, mais les pluies incessantes ont également détruit de nombreux champs et arbres, bases de l'existence des habitant·e·s. Diary Ratsimanarihaja, la coordinatrice du programme Madagascar d'Action de Carême, décrit la situation catastrophique dans les projets du sud-est du pays.

Diary Ratsimanarihaja, quelques jours seulement après la tempête tropicale, le cyclone Batsiray a touché terre dimanche dernier, comment se présente la situation ?

Selon la responsable du projet sur place, 95 % des maisons du district de Mananjary sont complètement détruites. Comme la grande majorité des gens vivent dans des maisons construites avec les feuilles de la plante Ravinala (arbre du voyageur), les maisons ont été littéralement soufflées. On estime que sur 30 maisons dans un village, il n’en reste que trois ou quatre, et même celles-ci sont endommagées. Les champs de légumes ont été soit inondés, soit détruits par le vent. De nombreux arbres sont tombés, même les arbres à pain, qui constituent une base alimentaire importante pour les habitants. En outre, de nombreux villages sont coupés de l’environnement à cause des inondations et l’électricité fait défaut. Nous ne pouvons pas encore nous faire une idée définitive de l’ampleur réelle de la catastrophe, nous manquons encore d’informations.

Quels sont les besoins les plus urgents ?

Les gens ont maintenant un besoin urgent de nourriture, d’eau et de médicaments. Car les réserves de nourriture ont été détruites. De plus, nous devons accélérer la reconstruction des maisons, car les infrastructures prévues pour accueillir les sinistrés ont également été détruites. Le vent a recouvert les toits des églises, des écoles et des centres communautaires. Actuellement, les gens vivent à trois ou quatre dans de petites cuisines qui ont résisté au vent. Certaines personnes ont trouvé refuge auprès de celles et ceux qui ont encore des maisons où l’on peut se mettre un peu à l’abri. Les besoins en semences sont également importants. Une fois les maisons reconstruites, les gens doivent pouvoir recommencer à cultiver, mais sans semences, cela ne va pas être possible.

Nous vous invitons à feuilleter notre numéro de Perspectives consacré à notre projet Tsinjo Aina Taratra à Madagascar.

Qu’est-ce qui a déjà pu être fait ?

L’organisation Taratra, responsable de cette région, a déjà envoyé une somme d’argent à l’équipe en guise d’aide pour les besoins les plus urgents. Au sein du bureau de coordination, nous discutons actuellement avec les responsables du programme et la direction de Taratra de la mise en place d’une aide. Cependant, en raison des informations encore vagues et de la coupure de la route vers Mananjary, il nous est encore difficile de planifier des actions concrètes.

Si vous souhaitez soutenir notre travail à Madagascar, en particulier en cette période difficile, vos dons sont les bienvenus. Merci beaucoup !

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Madagascar

Fermetures répétées des écoles à cause du Covid-19

La pandémie de coronavirus a également compliqué le travail des chargé·e·s de programmes d'Action de Carême. Tobias Buser, qui a est en charge du programme Madagascar depuis 2020, a dû attendre plus d'un an avant de pouvoir se rendre sur l'île et rencontrer les organisations partenaires pour la première fois.

Tobias, quelles sont tes impressions sur Madagascar après ton premier voyage en décembre ?

À cause de la pandémie, ma visite sur le terrain n’a pu se dérouler qu’à proximité de la capitale. Je suis donc principalement resté à Antananarivo où j’ai rendu visite à plusieurs autres organisations ainsi qu’à l’ambassade de Suisse en compagnie du coordinateur et de la coordinatrice du programme pays, Andrianparany Rasamimanana et Diary Ratsimanarihaja. Afin de travailler le plus efficacement possible, un atelier de quatre jours a été organisé, au cours duquel j’ai pu rencontrer personnellement toutes les représentantes et représentants des organisations partenaires. Malheureusement, j’ai dû repartir une semaine plus tôt que prévu en raison de la découverte du variant Omicron en Afrique australe, car l’Europe aurait également pu fermer ses frontières avec Madagascar à tout moment. Mais, même si mon voyage a été court, j’ai trouvé que Madagascar était un très beau pays, fertile et verdoyant.

Comment se présente la situation dans le pays ?

En novembre 2021, le gouvernement malgache a rouvert les frontières au tourisme, espérant ainsi donner une impulsion à l’économie. Cependant, avec cette ouverture, les craintes d’une augmentation des cas de Covid-19 et donc de nouvelles restrictions augmentent. Pour les habitant·e·s du pays, l’équilibre est fragile.

Officiellement, la pandémie n’a fait que peu de victimes. Quelle est ton évaluation et celle des organisations partenaires à ce sujet ?

En raison de sa situation insulaire et de la fermeture de la frontière, Madagascar a pu contrôler la pandémie relativement facilement. Jusqu’à la réouverture de la frontière en novembre 2021, il y a en effet eu relativement peu de victimes, bien que le nombre officiel de cas ne reflète probablement pas la réalité. Depuis la réouverture de la frontière, le nombre de nouvelles contaminations est toutefois en hausse.

Quels sont les effets de la pandémie ?

Les fermetures répétées des écoles au cours des deux dernières années ont eu un impact considérable sur les enfants. Après les vacances de Noël, la rentrée scolaire dans la région d’Analamanga, où se situe la capitale, a été repoussée de deux semaines, au 17 janvier, en raison des nombreux cas positifs. Rien que pour la première semaine de janvier, 1620 cas positifs ont été signalés dans cette région. Dans le reste du pays, 2155 nouvelles contaminations ont été enregistrées au cours de la même période.

Le sud du pays a connu une grande sécheresse l’année dernière. Action de Carême a apporté une aide d’urgence. Comment les gens se portent-ils aujourd’hui ?

Le projet d’aide d’urgence a permis d’assurer leur survie pendant trois à quatre semaines. Entre-temps, il a plu un peu, mais pas suffisamment pour que leur situation s’améliore. Ce qui manque à la population du sud, c’est l’accès à l’eau. Quand celui-ci sera garanti, elles pourront également pratiquer l’agriculture. Cette année, notre organisation partenaire Taratra se concentrera encore davantage sur la culture de denrées alimentaires partout où il y a des puits et où une irrigation minimale peut être assurée. La mise en place de la technique du « basket compost » qui consiste à mettre des plants en culture dans des trous remplis de déchets organiques fera partie de ce projet. Des lentilles, du manioc, du maïs et des arachides seront cultivés avec cette méthode. Dans la partie sud-est de Madagascar, cela permettra d’atteindre une productivité très élevée sur des sols pauvres en nutriments et sur une surface réduite. Pour atténuer durablement la faim, nous ne nous contenterons pas de cultiver des légumes dans les jardins. Notre organisation partenaire Taratra introduira également dans les villages, auprès des groupes Tsinjo Aina, la technique des « keyhole gardens » ou « jardins en trou de serrure » qui sont des sortes de potagers surélevés dans lesquels seront cultivé des légumes. De cette manière, les ressources rares telles que l’eau et les nutriments pourront être utilisées de manière optimale. De plus, nous encouragerons la mise en place de pépinières afin de stopper et, idéalement, d’inverser les effets négatifs de la déforestation sur le climat, comme le manque de pluie.

Quel est ton souhait et quels espoirs y associes-tu ?

Je souhaite que nous puissions poursuivre de manière optimale la collaboration dans le cadre du programme Madagascar, afin que les gens puissent améliorer leurs conditions de vie par leurs propres moyens.

Ici vous trouverez plus d’informations sur les projets de l’Action de Carême à Madagascar.

Nous vous invitons également à feuilleter notre numéro de Perspectives consacré à notre projet Tsinjo Aina Taratra à Madagascar.

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Bernd NillesBernd Nilles présente le nouveau logo d'Action de Carême. Photo © Fabian Biasio / Action de Carême

En marche vers la transition, Action de Carême fait peau neuve

Action de Carême a célébré aujourd’hui son 60e anniversaire lors d’une cérémonie suivie d’une table ronde dont le thème était les défis de la coopération au développement, notamment dans le contexte de la crise climatique.

Intitulée « La coopération au développement en transition », la table ronde a été l’occasion de refaire le point sur l’orientation de la coopération au développement en période de crise climatique. Animée par Markus Brun, responsable de la coopération internationale au sein d’Action de Carême, elle a vu la participation de Doris Leuthard, ancienne conseillère fédérale, Ruth Huber, ambassadrice et membre de la direction de la DDC, Mgr Felix Gmür, président du Conseil de fondation d’Action de Carême, et Bernd Nilles, directeur d’Action de Carême et président d’Alliance Sud. Bernd Nilles a souligné que les personnes bénéficiaires des projets d’Action de Carême sont très impactées par les conséquences des changements climatiques. « Les catastrophes naturelles provoquées par le réchauffement climatique constituent une menace omniprésente pour les populations du Sud. Leurs moyens de subsistance sont constamment mis en péril par des sécheresses, des typhons ou des glissements de terrain et leur droit à l’alimentation ne peut plus être garanti ».

Plus de justice, moins de « politique de rafistolage »

En 60 ans, Action de Carême est restée fidèle à ses principes : un appel au renoncement, à la solidarité, à la réflexion et à un mode de vie plus sobre ainsi qu’engagement en faveur d’une plus grande responsabilité de la Suisse en matière de politique de développement et d’une gestion de projets sur un pied d’égalité avec nos partenaires dans les pays du Sud. Comme l’a évoqué Toni Bernet Strahm, ancien responsable Communication et formation et ancien membre du Conseil d’administration d’Action de Carême, dans son discours lors de la célébration : « Les femmes et les hommes qui prennent part à nos projets dans les pays du Sud constituent l’essentiel du travail et de l’impact d’Action de Carême. Grâce à leur savoir, leurs compétences, leur proactivité et leur courage, ces personnes créent des organisations, renforcent la société civile et contribuent à l’autonomisation des populations les plus vulnérables ».

Depuis sa fondation, l’idée à la base d’Action de Carême – s’attaquer aux causes plutôt que pratiquer une « politique de rafistolage », lutter pour la justice et favoriser un mode de vie qui n’hypothèque pas l’avenir – n’a cessé d’être approfondie.

Nouveau nom et nouveau logo

La nouvelle identité visuelle d’Action de Carême a été présentée pour la première fois lors de cette journée anniversaire. À partir du 1er janvier 2022, la dénomination romande Action de Carême deviendra la dénomination nationale, Fastenaktion évoluant en Fastenaktion et Sacrificio Quaresimale en Azione Quaresimale. Le changement de nom sera renforcé par un logo qui évoque l’humanité au milieu d’un cercle brisé symbolisant le pain partagé ou l’injustice du monde.

Vous trouverez plus d’informations sur le changement de nom et l’histoire d’Action de Carême dans le dernier numéro de notre publication trimestrielle Perspectives.

Tiziana Conti, responsable médias pour la Suisse romande
conti@actiondecareme.ch

Rapport annuel 2020 : malgré la crise sanitaire, Action de Carême a pu continuer à garantir à ses bénéficiaires l’accès à la nourriture, aux semences et aux mécanismes d’entraide.

Comme l’a démontré l’année 2020, l’approche d’Action de Carême lui permet de continuer à garantir à la population bénéficiaire l’accès à la nourriture, aux semences et aux mécanismes d’entraide même dans un contexte de pandémie mondiale. Un tour de force rendu possible grâce au formidable élan de solidarité témoigné par la population suisse.

La crise sanitaire a frappé Action de Carême pendant la campagne œcuménique, qui représente la principale période de collecte de l’année. Si notre œuvre d’entraide n’a eu d’autre choix que d’annuler les soupes, les services religieux et autres événements dans tout le pays, l’incroyable générosité témoignée par nos donateurs et donatrices a néanmoins permis de financer tous les projets et programmes.

Parallèlement, la pandémie de coronavirus entrave considérablement les activités de notre organisation. Toute la difficulté consiste ainsi à maintenir le lien avec les organisations partenaires dans les pays bénéficiaires malgré les nombreuses restrictions. Voilà aujourd’hui plus d’un an que les chargé·e·s de projets et les coordinateurs·trices d’Action de Carême ont basculé en mode d’urgence. Toutefois, comme l’a démontré l’année dernière, nos projets, qui sont axés sur l’aide à plus long terme, parviennent à combattre la pauvreté même en ces temps difficiles.

En 2020, les activités réalisées par Action de Carême ont permis d’améliorer directement les conditions de vie d’environ 633 000 bénéficiaires dans le cadre de nos 14 programmes pays et de nos trois programmes internationaux. Un chiffre porté à 2,8 millions de personnes si l’on tient compte du nombre d’habitant·e·s touchés indirectement par ces actions. Par ailleurs, nous avons mené, aux côtés de réseaux paysans, de groupes de solidarité, d’organisations ecclésiales et d’associations de la société civile, 331 projets qui avaient pour objet de réduire le risque d’appauvrissement et d’assurer l’accès à une nourriture saine et abondante à la population. Même durant les confinements et les couvre-feux, il a été possible de garantir à la plupart des groupes cibles l’accès aux semences, à la nourriture ou aux caisses de solidarité. Les mesures visant à atténuer les effets de la pandémie de coronavirus ont quant à elles bénéficié à 352 000 personnes.

En Suisse, les activités de campagne et de sensibilisation réalisées par notre organisation ont touché plus de 3,5 millions de personnes, ce qui représente une hausse considérable. Notre engagement a ainsi bénéficié d’une grande visibilité en 2020, qu’il s’agisse de notre soutien de l’initiative pour des multinationales responsables en vue de protéger les droits humains, de l’essor des conversations carbone ou de notre action de distribution de roses menée dans de nombreux hôpitaux durant le confinement.

Hausse des recettes conjuguée à une baisse des dépenses

Le volume de dépenses s’est chiffré à 20 589 709 francs, contre 21 603 624 francs pour les recettes. Au total, 87 % des recettes ont été directement affectées aux activités des projets. Les programmes internationaux Énergie et justice climatique, Justice alimentaire et Matières premières et droits humains œuvrent à l’échelle nationale et mondiale afin d’amorcer des changements politiques et structurels et viennent renforcer les activités des programmes pays.

Voilà aujourd’hui 60 ans qu’Action de Carême met en œuvre avec succès son approche d’autonomisation. Celle-ci repose, notamment, sur les groupes de solidarité, des mécanismes particulièrement efficaces qui ouvrent des perspectives d’avenir à des dizaines de milliers de femmes et d’hommes sur tous les continents d’intervention d’Action de Carême. Même pendant la pandémie actuelle, aux conséquences mondiales toujours plus graves, l’approche adoptée par notre organisation a une nouvelle fois fait ses preuves : les bénéficiaires de nos projets disposaient de solutions face à la crise et ont pu continuer, malgré les couvre-feux et autres restrictions plus sévères, à cultiver leurs champs, à récolter des fruits et légumes et à vendre leurs produits en dépit de la fermeture des marchés.

Création d’une solide alliance

En 2019, Action de Carême a fondé l’alliance Sufosec (Alliance for Sustainable Food Systems and Empowered Communitites) aux côtés d’autres œuvres d’entraide. La faîtière a ensuite élaboré un programme commun axé sur la souveraineté alimentaire afin d’exploiter les synergies, de partager les savoir-faire et d’accroître son impact. Celui-ci déploie ses activités dans pas moins de 28 pays et bénéficie d’un financement de la Direction du développement et de la coopération (DDC).

Renseignements :

Bernd Nilles, directeur d’Action de Carême

Ensemble pour une agriculture qui préserve notre avenir
Action de Carême – Rapport annuel 2020
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« La crise climatique nous oblige à repenser le monde, tout en évitant que la transition se fasse aux dépens des communautés paysannes et indigènes vulnérables. Un objectif qu’Action de Carême défend lors de la conférence sur le climat. »

David Knecht, responsable du programme Économies alternatives, Action de Carême

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La Conférence annuelle des Nations Unies sur le climat a lieu au début de ce mois à Madrid. Avec ses alliés, Action de Carême se fera le porte-parole des communautés paysannes et indigènes menacées par les changements climatiques, afin que leur cause soit entendue et que les accords adoptés prévoient des mécanismes pour les protéger.

Le Brésil a annoncé un objectif ambitieux : réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 37% à l’horizon 2025 par rapport à 2005. Pour y parvenir, il faut que les énergies renouvelables couvrent 45% de ses besoins en 2030, de sorte que de nombreux ouvrages hydroélectriques sont à l’étude.

Démasquer les solutions à courte vue

Dans l’État fédéral du Mato Grosso situé dans l’Amazonie brésilienne, notre partenaire Opan est aux premières loges pour constater à quel point la mise en œuvre lacunaire de cet objectif continue de nuire aux populations les plus défavorisées. Dans le seul bassin de la Juruena, il est prévu de construire 127 barrages de petite et moyenne taille, qui mettent en péril les moyens de subsistance des indigènes de la région. En effet, le régime des eaux est bouleversé, les ressources halieutiques disparaissent et certains lieux saints ne sont plus accessibles. De surcroît, l’énergie produite n’apporte aucun avantage à la population locale, car elle est injectée dans le réseau national qui dessert surtout les villes.

Pour cette raison, Opan, une organisation de communautés indigènes soutenue par Action de Carême, dénonce ces solutions qui n’en sont pas et promeut des systèmes énergétiques socialement justes. Pour notre partenaire, il est toujours plus important de pouvoir exercer des pressions internationales sur le gouvernement brésilien actuel, qui étouffe sans cesse davantage la société civile, dont les dirigeant-e-s sont de plus en plus menacés.

À la recherche de solutions socialement justes

Ce sont précisément ces solutions socialement justes qui sont au cœur de la mission de notre partenaire colombien Censat : il met en place des systèmes de production locaux comme des pompes mues par l’énergie solaire –qui irriguent des champs agroécologiques – ou des centrales à biogaz collectives de petite taille, utilisées pour transformer le cacao.

En effet, la portée des objectifs climatiques de l’ONU est insuffisante s’ils ne surveillent « que » la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il est ainsi important que les aspects sociaux soient pris en compte dans la mise en œuvre urgente et nécessaire d’objectifs contractuels contraignants. C’est cette dimension sociale qu’Action de Carême et ses alliés défendent lors de la Conférence sur le climat de Madrid. Avec la CIDSE, le réseau international d’organisations de développement catholiques, il est prévu de consacrer une manifestation à cette thématique, afin de défendre la cause des groupes de population défavorisés, et notamment des indigènes.

Le négoce des certificats d’émissions de COn’est pas une solution durable

À Madrid, les négociations porteront concrètement sur le négoce des certificats d’émissions de CO2. Le Conseil fédéral souhaite avoir recours à ce mécanisme pour atteindre les objectifs climatiques que la Suisse s’est fixés. Ce négoce a pour but de compenser les gaz à effet de serre émis par un pays – la Suisse, par exemple – par des mesures concrètes de réduction mises en œuvre dans d’autres pays, comme le remplacement de groupes électrogènes diesel par des éoliennes à Madagascar. Ce mécanisme repose sur l’hypothèse qui veut que le lieu d’émission ou de réduction des gaz à effet de serre n’a aucun impact sur le climat, contrairement à l’eau ou à la pollution atmosphérique.

Action de Carême estime que ce commerce mondial n’atteint pas son but : la Suisse, pays prospère, doit assumer pleinement sa responsabilité en matière d’émissions de gaz à effet de serre et atteindre l’objectif de réduction à l’intérieur de ses frontières. En outre, le danger est grand que le négoce des certificats d’émission génère des incitations perverses et favorise des projets climatiques aux conséquences sociales dévastatrices.

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