Depuis plus de 50 ans, la population colombienne souffre de violences, d’enlèvements et de déplacements forcés. De plus, une agriculture problématique s’est développée, entraînant la destruction des forêts et des sols. Vicaría del Sur, une organisation partenaire d’Action de Carême, s’emploie à inverser cette tendance en soutenant les communautés avec des techniques agroécologiques et dans la défense de leurs droits. Aujourd’hui, elles récoltent les fruits de leurs efforts.

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Sortir de la faim et de la misère
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Action de Carême dirige un groupe international d’organisations de développement qui s’engage pour la réalisation des droits des communautés paysannes, tant au niveau local qu’international. En 2023, le projet RAISE a remporté quelques succès, mais il reste encore du chemin à parcourir.

Texte : Ralf Kaminski, rédacteur chez Action de Carême

RAISE est l’abréviation de « Rights-based and Agroecological Initiatives for Sustainability and Equity in Peasant Communities » (initiatives basées sur les droits et l’agroécologie pour la durabilité et l’équité dans les communautés paysannes) : des petites exploitantes et exploitants agricoles, des éleveuses et éleveurs ainsi que d’autres personnes travaillant dans les zones rurales se mobilisent pour faire valoir leurs droits, tant dans leurs pays qu’à l’échelle internationale. 

Soutenu par Action de Carême et d’autres organisations de développement, le projet RAISE est mis en œuvre depuis début 2022 avec des organisations partenaires au Burkina Faso, en Inde, au Kenya, au Mali, au Népal, au Niger et en Afrique du Sud. Le projet est cofinancé par la Direction du développement et de la coopération (DDC) dans le cadre de son programme « Droits humains dans les systèmes alimentaires ». 

L’objectif principal est la mise en œuvre de la « Déclaration des Nations unies sur les droits des paysan·ne·s et des autres personnes travaillant dans les zones rurales » (UNDROP), adoptée par le Conseil des droits de l’homme en 2018. Cela passe notamment par des formations sur divers thèmes, comme l’agriculture agroécologique adaptée aux conditions locales. Parallèlement, des actions de sensibilisation sur ces questions sont menées auprès des autorités nationales et des instances internationales. 

En 2023, le projet RAISE a été très productif. Les résultats sont résumés ci-dessous sur la base des quatre objectifs principaux que le projet s’est fixés :

1. Les paysannes et les paysans sont conscients de leurs droits et sont en mesure de les revendiquer.

Le rapport annuel de RAISE dresse un bilan très positif de cet objectif. En tenant compte des réalités locales, toutes les organisations partenaires ont développé leur propre approche pour former les communautés paysannes. L’organisation Rural Women’s Assembly a notamment organisé une cinquantaine d’ateliers dans plusieurs pays, touchant ainsi plus de 1500 personnes, principalement en Afrique du Sud. CEMIRIDE, une autre organisation partenaire, a quant à elle contribué à l’intégration des préoccupations des petites exploitantes et exploitants agricoles dans le plan national d’action climatique du Kenya pour 2023-2027, renforçant ainsi la reconnaissance des savoirs traditionnels et autochtones. 

Le projet a également facilité la participation des communautés paysannes du Sud global à des événements internationaux, notamment auprès de l’ONU à Genève. Les partenaires ont amplifié ces actions via les médias et les réseaux sociaux, atteignant un large public. 

 

2. Les institutions connaissent les droits des paysans et des paysannes et veillent à leur mise en œuvre.

Dans ce domaine, RAISE a été confronté à quelques défis, car plusieurs pays cibles ont connu des changements de gouvernement, voire des coups d’État militaires. Cela a entraîné non seulement une instabilité politique, par exemple au Burkina Faso ou au Niger, mais aussi des changements brusques de responsables à des postes importants, ce qui a rendu la coopération difficile. Les activistes des droits humains déplorent également une détérioration croissante de la situation sécuritaire et une réduction de la marge de manœuvre.  

Malgré ces obstacles, des avancées importantes ont été réalisées, notamment dans les dialogues stratégiques sur l’agroécologie, les violations des droits humains et les droits fonciers et les droits aux semences. Au Burkina Faso et au Niger, l’organisation partenaire RBM a par exemple accompagné des processus juridiques sur les droits fonciers et organisé des rencontres de haut niveau avec des représentants du gouvernement. Au Népal, SWI a organisé une conférence nationale de la jeunesse qui a abouti à la création d’un réseau national qui s’engage pour une agriculture sans produits chimiques lors de manifestations publiques.

Une membre de la Rural Women’s Assembly exhibe un chou fraîchement récolté.

3. Avec le soutien de l’ONU, les droits des paysannes et des paysans sont renforcés dans les réglementations mondiales.

Un des points forts de 2023 a été la décision du Conseil des droits de l’homme de l’ONU de créer un groupe d’expert·e·s pour surveiller et promouvoir la mise en œuvre de la Déclaration (UNDROP) au niveau mondial. RAISE envisage de collaborer étroitement avec ce groupe pour permettre aux paysannes et aux paysans de faire entendre leur voix, tant auprès de leurs gouvernements que sur la scène internationale. 

Plusieurs organisations partenaires ont également pris part à des événements organisés par des comités de l’ONU, où ils ont pu défendre leurs positions. Des échanges réguliers ont eu lieu avec Michael Fakhri, rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation. En collaboration avec d’autres organisations de développement, Action de Carême a créé un groupe informel chargé de coordonner la sensibilisation à l’UNDROP au sein de l’Union européenne.

 

4. Des alliances mondiales sont formées pour promouvoir davantage les droits des paysannes et des paysans.

Des partenariats avec de nouvelles organisations de la société civile ont été établis, permettant des échanges d’expériences précieux sur la manière de dialoguer avec les autorités et gouvernements. 

Action de Carême et CEMIRIDE ont notamment organisé, en juin 2023, une rencontre au Kenya qui a réuni pour la première fois toutes les organisations partenaires de RAISE. Pendant une semaine à Nairobi, les participant·e·s ont échangé sur leurs expériences et ont discuté des possibilités d’améliorer la coopération et la communication. 

Action de Carême a également présenté le projet RAISE lors de la réunion annuelle de la plateforme « defendingpeasantsrights.org », à laquelle ont participé environ 25 organisations du monde entier. Cela a suscité un fort intérêt pour le projet et ses activités. 

Il manque toutefois encore une documentation systématique des stratégies et des pratiques particulièrement réussies, afin que celles-ci soient encore plus largement utilisées. Il est également nécessaire d’intensifier les activités visant à élargir le réseau des partenaires et à exploiter davantage les synergies afin de renforcer la mise en œuvre des droits des paysannes et paysans.

Pour en savoir plus sur le projet RAISE, cliquez ici.

RAISE setzt sich dafür ein Bäuerinnen und Bauern gehör zu verschaffen - lokal und international.

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En août2023, SofiaPoku, étudiante en art, est partie troissemaines au Sénégal sur invitation dAction de Carême. Pendant ce voyage, elle a fait de nombreuses observations, quelle a consignées dans son carnet de dessins. Malgré la chaleur et quelques problèmes gastriques, elle a pu accumuler de nombreuses impressions positives du pays et de ses habitant·e·s.  

Traversée du Sénégal en dessins
Groupes de solidarité et changement climatique
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Dans l’interview suivante avec notre rédacteur Ralf Kaminski, Sofia Poku répond à quelques questions concernant son voyage au Sénégal et les coulisses de son travail.

Comment est née cette coopération avec Action de Carême? 

Par hasard. En juin 2022, j’ai exposé à l’université mes dessins réalisés dans le cadre de mon travail de Bachelor sur les peintures rupestres au Maroc, et Vreni Jean-Richard, responsable du programme Sénégal à Action de Carême, est passée devant par hasard alors qu’elle suivait une formation continue dans l’établissement. Elle a tout de suite aimé mes dessins et m’a contactée pour me demander si je pouvais en faire de même pour le Sénégal. Et je me suis dit : pourquoi pas ? 

En quoi consistait ta mission exactement? 

Montrer d’un côté le travail mené au sein des calebasses de solidarité et, de l’autre, les effets du réchauffement climatique sur le pays et ses habitant·e·s. L’idée était d’exposer mes dessins lors d’événements en Suisse afin de donner diverses impressions du Sénégal. Vreni m’a vraiment donné carte blanche pour ce projet. 

Tu connaissais déjà le Sénégal? 

Non, c’était ma première fois dans le pays. Bien qu’ayant des racines en Afrique de l’Ouest – mon père est originaire du Ghana –, je ne m’étais jamais rendue dans cette région d’Afrique auparavant. C’est pourquoi j’ai été si emballée par le projet. J’ai voyagé seule, encadrée par AgriBio, une organisation partenaire de longue date d’Action de Carême au Sénégal. J’étais un peu anxieuse parce que je ne connaissais personne là-bas.  

Quelles ont été tes impressions du pays et de ses habitant·e·s? 

J’ai découvert une population très ouverte et dans l’échange. Et ce, dès mon arrivée à l’aéroport, quand j’attendais qu’un collaborateur ou une collaboratrice d’AgriBio vienne me chercher. Un soldat est tout de suite venu vers moi. Je craignais quelque chose de grave, mais il voulait juste discuter, sans arrière-pensée. Ça a été comme ça pendant tout mon voyage. Si je m’asseyais seule dans la salle du petit-déjeuner à l’hôtel, quelqu’un venait immédiatement s’asseoir avec moi et engageait la conversation. Les gens sont très chaleureux. Et dans les pays islamiques, il est normal d’offrir du thé ou donner à manger à ses convives, ça fait partie de l’hospitalité. 

Tu as donc beaucoup mangé? 

Oh oui ! Les plats sont consistants et les portions généreuses – un poulet entier par personne par exemple. Et les gens sont très déçus quand on ne finit pas son assiette. Ils me disaient toujours « Il faut bien manger ». C’est comme ça qu’ils voient l’hospitalité, même si ça implique de se priver parfois. Malheureusement pour moi, ce surplus de nourriture m’a souvent causé des problèmes gastriques et des diarrhées. En effet, les conditions d’hygiène sont très différentes de celles de la Suisse – et j’ai l’estomac fragile. Mais je n’avais pas vraiment d’autre choix que de manger ce qui m’était proposé. À un moment, c’est devenu tellement invivable que j’ai dû écourter mon séjour dans le nord du Sénégal pour retourner dans la ville de Thiès, dans un hôtel, pour me reposer, profiter de la climatisation et réduire mon alimentation. J’avais environ quarante degrés de fièvre, soit à peu près autant que la température ambiante. Dans le sud, il ne faisait pas aussi chaud, mais mon état ne s’est vraiment amélioré qu’une fois de retour en Suisse. 

Dans le nord, as-tu visité des projets d’Action de Carême? 

Oui, j’ai passé quelques jours dans une grande famille d’accueil, où j’ai pu visiter les environs, faire de nouvelles expériences, le tout accompagnée par l’artiste sénégalais Mahanta, qui peint lui aussi. 

Avez-vous échangé sur vos œuvres? 

Oui un peu, mais on est chacun restés concentrés sur notre propre travail. On traite souvent des mêmes thèmes, mais dans un style et sous une perspective différente. 

Pendant son voyage, Sofia Poku accorde une interview à notre partenaire sénégalais AgriBio Services.

Tes sujets sont multiples: des personnes, des animaux, des paysages, parfois tu donnes aussi la parole à des habitant·e·s. Il y a aussi beaucoup de verdure. 

Oui, en août, c’est la saison des pluies, mais cette année les précipitations ont été moins importantes que d’habitude, conséquence du réchauffement climatique. Sur mes dessins, on peut voir aussi que je me suis rendue dans des régions très arides. En effet, plus on va vers le nord, plus il fait sec et chaud. Ceux et celles qui le peuvent se lavent plusieurs fois par jour car la chaleur fait énormément transpirer. Mais dans de nombreux villages, les habitant·e·s n’ont pas accès à l’eau, ou seulement à des puits. 

Qu’as-tu pensé de notre travail sur le terrain? 

J’ai pu voir beaucoup de choses : non seulement les méthodes agricoles et le fonctionnement des calebasses de solidarité, mais aussi à quel point les organisations partenaires sont bien équipées pour faire leur travail et en documenter l’impact. J’ai pu assister à une réunion de calebasse à laquelle des femmes participaient : elles se sont assises autour du récipient et ont parlé, parlé, encadrées par des animateurs et animatrices. Mon impression ? Que plus les femmes s’amusent, plus elles contribuent à la caisse. 

Et les gens dans tout ça? 

Ils sont pauvres, mais l’aide apportée par Action de Carême fait vraiment la différence. Aussi parce que les approches adoptées tiennent compte des traditions locales. J’ai entendu des histoires de femmes au sein des calebasses qui, grâce à l’aide financière, ont pu surmonter des difficultés qui auraient entraîné d’importants problèmes autrement. Cela leur permet notamment d’acquérir une certaine autonomie vis-à-vis de leur mari. Pour ma part, malgré la pauvreté, je n’ai jamais vu le moindre sans-abri ou mendiant·e dans la rue, sans doute parce que l’entraide est particulièrement ancrée dans la culture sénégalaise, en particulier vis-à-vis des plus démuni·e·s. Mais par contre, il y a des déchets partout parce que le pays ne possède pas le moindre système de collecte, même dans les villes. Et bien sûr, ça ne sent pas très bon. Un jour, quelqu’un m’a dit : « La pauvreté, ça pue » – et malheureusement, ce n’est pas faux. 

Pourtant, ce n’est pas quelque chose que tu montres dans tes dessins. 

C’est vrai, j’ai omis les déchets et les mauvaises odeurs, mais pas consciemment en fait. Disons que c’est arrivé comme ça. Ce serait un thème important à aborder, absolument, car c’est là une conséquence des conditions de vie sur place. Mais j’ai été davantage marquée par d’autres sujets. 

Outre les problèmes d’indigestion, as-tu été confrontée à d’autres situations difficiles? 

Parce qu’elles vivent dans la pauvreté, de nombreuses personnes sont amenées à demander de l’aide, et ce, de manière plus ou moins discrète. Parfois, elles n’hésitent pas à demander directement de l’argent, mais surtout de l’aide pour entrer en Suisse d’une manière ou d’une autre. Pour elles, le fait d’être en contact direct avec une personne qui vient d’un pays prospère constitue une opportunité unique. Je me suis parfois retrouvée dans des situations désagréables, mais je suis toujours parvenue à décliner gentiment et à maintenir une certaine distance. Peut-être parce que j’ai été confrontée à ce type de situations avec mon père, qui aide certes sa famille au Ghana, mais reçoit aussi plus de demandes qu’il ne peut en satisfaire. 

Comment et où as-tu réalisé tes dessins? 

Il y a des jours où je n’ai pas dessiné du tout, surtout dans le nord, quand j’ai eu des problèmes de santé. J’avais trop chaud et je trouvais l’environnement trop bruyant. Je ne me suis vraiment lancée que dans la dernière partie, à l’hôtel, en ville, en puisant dans mes souvenirs ou en m’inspirant de mes photos. Mais plus de la moitié de mes croquis ont vu le jour une fois de retour en Suisse. Il m’a fallu du temps pour digérer tout ce que j’avais pu voir sur le terrain. 

Pourquoi parfois en couleur et parfois en noir et blanc? 

Au début, j’ai privilégié des esquisses au crayon parce que je ne savais pas encore trop comment utiliser la couleur. Pour mes dessins en couleur, j’ai utilisé des crayons de couleur, des feutres et des pastels. Et pour mes échantillons de couleur, j’ai travaillé directement sur ordinateur. 

Qu’espères-tu transmettre au public avec tes dessins? 

Que le Sénégal est un pays vivant, vibrant, coloré, où tout le monde ne vit pas dans la misère. Et aussi que les habitantes et les habitants sont fiers de leur culture et de leurs traditions. Je veux montrer toute la richesse et la complexité du pays. Parce que le Sénégal a du potentiel ! Il possède des bases solides sur lesquelles nous pouvons construire.

Sofia Poku avec des membres de notre organisations partenaire, qui s'engage pour une agriculture durable.

Sur Sofia

Sofia Poku, 24 ans, poursuit un master en médiation artistique avec une spécialisation en enseignement des arts à l’Université des arts de Zurich. Elle partage son temps entre sa colocation à Winterthour et la maison familiale à Rebstein (SG). À l’avenir, elle aspire à devenir professeure de lycée ou à travailler dans le domaine du social. 

Catastrophes naturelles dévastatrices, ingérences extérieures problématiques, corruption flagrante et histoire coloniale tragique : les raisons d’une crise qui semble interminable sont multiples. Une plus grande attention de la communauté internationale serait bénéfique, mais seulement si elle place au centre le bien-être de la population, et non les intérêts commerciaux ou politiques des pays soutenants.

Texte: Ralf Kaminski, rédacteur chez Action de Carême

Les autochtones de l’île des Caraïbes, les Taïno, l’appelaient autrefois Kiskeya (terre merveilleuse) ou Ayiti (terre montagneuse). C’est de ce dernier nom que dérive Haïti. La tragédie de cette île, aujourd’hui appelée Hispaniola et partagée entre Haïti et la République dominicaine, a commencé en 1492 avec l’arrivée de Christophe Colomb. On estime que plusieurs centaines de milliers d’indigènes y vivaient alors. Ils furent décimés d’abord par les maladies apportées par les conquérants espagnols, puis, à partir de 1503, par un système de travail forcé proche de l’esclavage.

À la fin du XVIIe siècle, la France s’empara de la partie ouest de l’île et la mena à une prospérité économique énorme, basée sur la culture de la canne à sucre et du café. Saint-Domingue, comme Haïti s’appelait alors, était considérée comme la perle des Caraïbes et la colonie la plus riche de France. Dans les années 1780, environ 40 % du sucre et 60 % du café consommés en Europe provenaient de Haïti.

La révolution : entre liberté et nouveaux défis

Cette prospérité n’était possible que grâce à la déportation annuelle de dizaines de milliers de personnes d’Afrique, réduites en esclavage et forcées de travailler dans des conditions si misérables que beaucoup ne survivaient pas. Les profits princiers, quant à eux, atterrissaient en France.

Après la Révolution française, en 1791, la Révolution haïtienne éclata, menée par les esclaves qui représentaient alors environ 90 % de la population. À l’issue d’une longue et brutale guerre de libération, Haïti devint en 1804 la première « nation noire » indépendante, observée avec méfiance par les nations esclavagistes voisines qui craignaient la contagion.

Mais la joie sur l’île fut de courte durée. Rapidement, une élite d’anciens combattants de la liberté prit le pouvoir et opprima à son tour une grande partie de la population. La France ne digéra pas la perte de sa colonie et menaça de reprendre la guerre si des paiements compensatoires n’étaient pas effectués.

Membres d'un projet d'Action de Carême.
Membres d'un projet d'Action de Carême.

Les richesses d’Haïti ont coulé vers la France

Un groupe de recherche du « New York Times » a estimé en 2022 qu’Haïti a perdu plus de 100 milliards de dollars (valeur actuelle) en paiements aux anciens colons – une dette que des historiens internationaux qualifient de « probablement la plus abjecte de l’histoire ». La conclusion de cette enquête est sans appel : si cet argent était resté en Haïti et avait été investi dans le développement de la population, de l’économie et des infrastructures, le pays serait aujourd’hui bien plus prospère, comparable à son voisin, la République dominicaine.

Au lieu de cela, Haïti a dû orienter son économie vers le paiement de sommes exorbitantes à l’étranger. Le pays s’est d’abord concentré sur le café, puis sur le bois tropical. En peu de temps, 90 % des forêts du pays avaient disparu, avec des conséquences dramatiques pour l’agriculture. Haïti a également dû s’endetter ailleurs à l’étranger et a été occupé et pillé pendant deux décennies par les États-Unis.

Pendant plus de 125 ans, le développement économique d’Haïti a été paralysé. Les dettes envers la France n’ont été remboursées qu’en 1950. Le pays refuse toujours de compenser adéquatement cette dette historique. Et tandis que la population souffrait, une petite élite haïtienne menait une vie confortable, grâce à des dirigeants dictatoriaux et une corruption endémique.

Catastrophes naturelles et instabilité politique

À cela s’ajoutent des catastrophes naturelles graves. Le 12 janvier 2010, la capitale Port-au-Prince fut détruite par le plus puissant séisme de l’histoire des Amériques : il fit 300 000 morts, des centaines de milliers de blessés et 1,8 million de sans-abri. Haïti subit également régulièrement des ouragans et des sécheresses dévastateurs. Entre 1998 et 2016, diverses catastrophes naturelles ont causé des dommages de plus de 12,5 milliards de dollars.

La situation politique est restée instable depuis la chute de la dictature corrompue de la famille Duvalier en 1986. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, le pays vit dans une quasi-anarchie. Une grande partie de la capitale est contrôlée par des bandes criminelles, les enlèvements et les meurtres sont monnaie courante. La police, débordée et souvent corrompue, est impuissante. Ceux qui le peuvent quittent le pays, privant Haïti des talents dont il a désespérément besoin.

L’exploitation au détriment des investissements

Un autre facteur non négligeable des problèmes du pays est l’absence d’investissements internationaux majeurs. « Contrairement à d’autres pays des Caraïbes, Haïti n’a jamais attiré de grands investissements internationaux, ni dans l’industrie sucrière, ni dans le tourisme, qui prospère depuis les années 1970 », explique le coordinateur d’Action de Carême en Haïti. « De tels investissements stimulent non seulement l’économie, mais obligent aussi les investisseurs à prendre les bonnes décisions pour protéger leurs intérêts. »

Au lieu de cela, la communauté internationale a soutenu une élite économique locale corrompue, intéressée par des gains rapides dans le commerce import-export. « Bien sûr, Haïti porte une part de responsabilité dans la situation actuelle », reconnaît notre coordinateur, dont nous ne révélerons pas le nom pour des raisons de sécurité. « Mais depuis plus de 30 ans, les différents gouvernements ont pris leurs décisions stratégiques soit en complicité avec les exigences des pays donateurs internationaux, soit sous leur pression. La responsabilité est donc partagée. »

Une aide extérieure indispensable

Le fait que l’attention de la communauté internationale soit actuellement portée sur d’autres points chauds aggrave encore la situation. « Cela ne surprend personne ici », déclare notre coordinateur. « Les conflits en Ukraine et à Gaza ont une importance géostratégique qu’Haïti n’a pas. Et la tragédie humaine ne suffit pas à mobiliser les ressources nécessaires. »

Pourtant, Haïti a désespérément besoin d’aide extérieure, malgré les expériences souvent négatives des dernières décennies. « Il est crucial d’impliquer la population haïtienne dans la résolution des défis, comme le fait Action de Carême en soutenant les organisations partenaires locales. »

Pour améliorer la situation, il faut une stabilité politique minimale sous forme d’un gouvernement de transition et le rétablissement de l’ordre public avec une aide externe. « Des élections libres et un gouvernement fonctionnel sont également nécessaires », ajoute Benno Steffen, responsable du programme Haïti chez Action de Carême. Il craint que la situation sécuritaire précaire ne s’étende à d’autres régions du pays.

Paysanne en train de jardiner.
Paysanne en train de jardiner.

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La Conférence des évêques suisse, la Conférence centrale catholique romaine de Suisse et Action de Carême fondent un Service commun « Éthique et société », actif dès cet automne. L’objectif du nouveau Service est de renforcer la voix de l’Église catholique romaine en Suisse dans les domaines de l’éthique sociale, de la bioéthique et de l’éthique environnementale. 

Le Service « Éthique et société » prendra position sur les questions éthiques essentielles et conseillera les institutions et organisations ecclésiales. Il sera chargé d’élaborer des informations de fond, des bases de décision, des prises de position et des documents de référence sur les votations et référendums à venir.

L’équipe du nouveau Service nouera des liens sur le plan national et international et proposera des offres et des événements pour encourager le dialogue. Du point de vue stratégique, le Service sera dirigé par un comité de pilotage composé de représentants des trois organisations faîtières et des présidentes ou présidents des Commissions « Bioéthique » et « Justice et Paix ».

La constitution du comité de pilotage et la définition des futures priorités thématiques interviendront durant le deuxième trimestre 2024.

Les responsables de ce Service souhaitent renforcer la voix de l’Église en matière d’éthique sociale auprès de l’opinion publique au moyen de publications, de travail de relations publiques et d’offres de formation.

L’éthique sociale peut apporter une contribution importante au respect de la dignité humaine, de la liberté et de l’environnement dans le monde. Elle met en lumière les contextes sociétaux, décrit les défis à relever et soulève des interrogations. Elle répond aux questions qui se posent en se basant sur la justice, la responsabilité, la durabilité, la solidarité ou la subsidiarité.

Depuis les premiers affrontements en 1996, le conflit en RDC a causé la perte de pas moins de six millions de vies. À l’origine des violences se trouve le génocide de 1994 au Rwanda voisin. Aujourd’hui, ce sont principalement les intérêts économiques – et le manque d’engagement de la communauté internationale – qui alimentent le conflit.

Texte : Ralf Kaminski, rédacteur chez Action de Carême

Cela fait près de trois décennies que différents groupes s’affrontent dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), pour diverses raisons. Le résultat est alarmant : environ 6 millions de personnes ont perdu la vie et plus de 6,5 millions ont été déplacées dans le pays, dont 500 000 rien qu’en 2023. Un quart de la population, soit environ 100 millions de personnes, souffre de la faim et de la malnutrition.

Les causes de la crise actuelle sont multiples. « L’est du pays regorge de minerais précieux qui suscitent les convoitises extérieures », explique Germain Nyembo, coordinateur d’Action de Carême en RDC, qui œuvre également depuis plusieurs années pour des projets de paix dans l’est du Congo. « À cela s’ajoutent des problèmes de mauvaise gouvernance, de corruption institutionnalisée, de violence et de discriminations en tout genre, sans compter l’absence de dialogue ouvert avec les pays voisins, qui s’approprient les ressources de notre pays tout en soutenant des groupes armés. »

Dans la capitale provinciale Goma, des centaines de milliers de personnes déplacées vivent dans des camps de tentes.
Dans la capitale provinciale Goma, des centaines de milliers de personnes déplacées vivent dans des camps de tentes.

Rivalités entre Hutus et Tutsis

Sur le plan historique, en revanche, ce sont les rivalités entre Hutus et Tutsis qui sont à l’origine de la crise. La colonisation belge de la RDC qui, selon des estimations, avait déjà couté la vie à plus de dix millions de personnes, a également exacerbé les tensions entre les deux ethnies. En 1994, ces tensions ont dégénéré en un génocide au Rwanda, pays voisin de la RDC. Durant cette tragédie, des Hutus extrémistes ont massacré plus de 800 000 Tutsis et Hutus modérés en l’espace de trois mois. Près de deux millions de Hutus ont fui vers la République du Zaïre (l’ancien nom de la RDC) pour se réfugier dans des camps situés dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Le conflit rwandais s’est propagé au pays voisin, déclenchant deux guerres majeures où certains pays voisins ont soutenu la RDC tandis que d’autres ont appuyé le nouveau gouvernement rwandais dirigé par le président Paul Kagame. Ce dernier a toujours affirmé que son pays était menacé par les milices extrémistes hutues opérant dans l’est du Congo.

Bien que la Deuxième Guerre du Congo se soit terminée en 2002 par un accord de paix, la situation à l’est du pays demeure instable. De nouveaux groupes rebelles ont émergé rapidement. Le plus connu, le M23, principalement composé de Tutsis, a acquis une importance politique à partir de 2012. Étant donné que, selon les analyses de l’ONU, le M23 est soutenu par le gouvernement rwandais, les relations entre les deux pays demeurent tendues encore aujourd’hui.

Des matières premières précieuses qui suscitent les convoitises

Outre une situation politique complexe, les intérêts économiques ont gagné en importance à partir des années 2000, venant encore aggraver la crise. En effet, le sol de la RDC renferme les plus grandes réserves au monde de terres et métaux rares, tels que le cobalt, le coltan, le cuivre, l’uranium ou le zinc, indispensables à la production de smartphones, d’ordinateurs et de voitures électriques. Des ressources naturelles précieuses que l’on trouve principalement dans l’est du pays. Aux diverses parties prenantes locales qui veulent tirer parti de ces ressources, viennent s’ajouter des intérêts commerciaux internationaux.

Initialement, ce sont principalement des groupes américains qui détenaient les mines, mais aujourd’hui, les entreprises chinoises sont largement dominantes. L’entreprise suisse Glencore exploite également deux importantes mines dans le pays. L’armée congolaise est intervenue à plusieurs reprises pour protéger les intérêts commerciaux chinois. En retour, la Chine aide le gouvernement congolais à lutter contre les groupes rebelles locaux en lui fournissant des drones et d’autres armes. De plus, des allégations de corruption, notamment impliquant la Chine, ont émergé, suggérant que des pots-de-vin auraient été versés au gouvernement Kabila pour obtenir des droits miniers en RDC.

Fin 2021, le conflit avec le Rwanda a repris de plus belle après quelques années d’accalmie lorsque le groupe M23 a pris le contrôle d’une grande partie du Nord-Kivu – avec le soutien financier et logistique du Rwanda, selon le gouvernement congolais et l’ONU. De son côté, le gouvernement congolais est accusé d’apporter de nouveau son soutien aux Hutus extrémistes. Parallèlement, le Rwanda et d’autres pays voisins qui soutiennent les milices au Congo ont des intérêts financiers dans les mines en RDC.

Germain Nyembo: « Cette situation nous semble profondément injuste »

Le Congo est riche en matières premières précieuses, comme le cobalt ou le zinc, qui sont nécessaires à la transition énergétique.
Le Congo est riche en matières premières précieuses, comme le cobalt ou le zinc, qui sont nécessaires à la transition énergétique.

Quid de la communauté internationale ?

Un nouvel acteur s’est récemment ajouté à la dynamique déjà complexe de l’est de la RDC : l’organisation État islamique. Jusqu’à présent, toutes les tentatives pour instaurer un cessez-le-feu durable entre les groupes rivaux ont échoué. Malgré cela, Germain Nyembo garde espoir en une amélioration de la situation. « Des efforts diplomatiques sont en cours, tant au niveau régional qu’international, pour trouver une résolution à la crise », explique-t-il. « Il est crucial d’engager un dialogue sincère avec le Rwanda et l’Ouganda, avec l’implication de la communauté internationale. » Cependant, cette dernière est actuellement absorbée par d’autres crises, notamment en Ukraine et au Proche-Orient.

« Cette situation nous semble profondément injuste », ajoute Germain. « Alors que le monde entier condamne l’agression russe en Ukraine, peu semblent se soucier des nombreux décès, déplacements forcés et violences faites aux femmes dans l’est du Congo. S’agit-il d’un cas de traitement inégal ? » Germain craint même qu’il y ait un complot visant à diviser le pays, car cette situation arrange certains acteurs de la communauté internationale, y compris des multinationales opérant depuis le Rwanda et l’Ouganda.

« Ce qui manque avant tout, c’est une volonté politique », déplore Germain. « À la tête de régimes profondément antidémocratiques, les personnes dirigeantes sont motivées par le pouvoir et les richesses tirées des ressources naturelles du Congo. Elles devraient promouvoir le dialogue et la coexistence pacifique entre nos nations, mais cela nécessiterait un soutien accru de la part de la communauté internationale. Car, au final, seule une solution politique permettra d’apaiser durablement le conflit. »

En RDC, Action de Carême travaille en partenariat avec des organisations locales afin de réduire durablement la faim. Dans le cadre de nos projets, nous assurons l’alimentation de 16 000 Congolaises et Congolais. Souhaitez-vous faire un don pour soutenir notre engagement en RDC et toucher encore plus de personnes ?

Germain Nyembo, coordinateur local de Fastenaktion au Congo, souhaite davantage de solidarité internationale.
Germain Nyembo, coordinateur local de Fastenaktion au Congo, souhaite davantage de solidarité internationale.

Les gangs criminels de l’île des Caraïbes ont uni leurs forces et exercent désormais un contrôle sur environ 80 % de la capitale, Port-au-Prince. Face à cette escalade, le gouvernement a instauré l’état d’urgence, fermé les aéroports internationaux et scellé la frontière avec la République dominicaine. Dans ce contexte tendu, le coordinateur du programme d’Action de Carême se retrouve bloqué dans une banlieue de la capitale, avec pour l’instant un approvisionnement suffisant. Malgré ces défis sécuritaires, notre programme national se poursuit.

La situation, déjà précaire depuis des années, s’est brutalement détériorée ces derniers jours. Des alliances inattendues entre bandes criminelles ont été formées, entraînant la mort de plusieurs policiers et une prise de contrôle significative de Port-au-Prince. Par ailleurs, la libération de quelque 4000 détenus, parmi lesquels des individus très dangereux, provenant de deux prisons, accentue la pression sur une situation déjà explosive. Les gangs exigent maintenant la démission du Premier ministre Henry, actuellement bloqué à l’étranger et sans moyen de retourner dans son pays. Cette crise sécuritaire a entraîné la fermeture des aéroports internationaux de Port-au-Prince et du Cap-Haïtien, ainsi que la mise en place de mesures strictes à la frontière avec la République dominicaine, voisine immédiate d’Haïti.

Ambassades fermées

Le gouvernement haïtien a déclaré l’état d’urgence et instauré un couvre-feu nocturne. Cependant, l’application de ces mesures dans la capitale, Port-au-Prince, s’annonce ardue. La communauté internationale réagit également face à cette crise : la Suisse, tout comme d’autres nations, avait déjà fermé son ambassade l’année dernière, et les autres représentations diplomatiques sont désormais également fermées. Les États-Unis ont recommandé à leurs citoyens de quitter immédiatement le pays, une tâche difficile dans les circonstances actuelles.

Le coordinateur de programme d’Action de Carême, dont nous préservons l’anonymat pour des raisons de sécurité, réside dans la banlieue de Port-au-Prince et effectue son travail depuis son domicile. Malheureusement, toutes les routes menant hors de son quartier sont bloquées, l’empêchant de se déplacer. Heureusement, il dispose d’un stock suffisant d’eau et de provisions à son domicile pour faire face à cette situation, du moins pour le moment.

Surtout active dans les zones rurales, Action de Carême maintient son programme

La majorité des partenaires d’Action de Carême opèrent dans les régions rurales, relativement épargnées par l’activité des gangs jusqu’à présent. Cela permet le maintien des activités de projet, assurant ainsi un approvisionnement en denrées alimentaires locales pour les communautés touchées.

Cependant, l’accès aux services bancaires, tous situés dans les villes, devient encore plus problématique qu’à l’accoutumée. De plus, il est à craindre que certains criminels évadés ne retournent dans leur région d’origine, ce qui pourrait potentiellement déstabiliser les zones rurales. Dans l’ensemble, la situation de l’approvisionnement alimentaire devient de plus en plus précaire. Dans l’un des pays les plus défavorisés de la planète, cette instabilité accroît le risque de voir une augmentation du nombre de personnes confrontées à la faim dans un avenir proche.

La maggior parte delle nostre organizzazioni partner ad Haiti opera nelle aree rurali.

Les gangs, nouveaux acteurs politiques

Dans une tentative de comprendre les motivations derrière l’escalade de violence perpétrée par les gangs criminels en Haïti, Benno Steffen, responsable du programme en Haïti chez Action de Carême à Lucerne, partage son point de vue lors d’un entretien avec notre coordinateur. Selon lui, il semblerait que les gangs cherchent à s’affirmer comme des acteurs politiquement légitimes. Cette assertion intervient alors que des forces de police étrangères, agissant sous mandat de l’ONU, sont sur le point d’intervenir pour stabiliser la situation dans l’île des Caraïbes.

« Les gangs cherchent probablement à établir une position de force afin de négocier ultérieurement leur impunité, comme cela s’est déjà vu dans d’autres pays d’Amérique latine », explique Benno Steffen. Cette stratégie vise peut-être à anticiper les négociations à venir avec les forces internationales, renforçant ainsi leur position dans le processus de résolution de la crise haïtienne.

En Haïti, des crises multiples mettent à mal la population. L’alimentation de plus de 3,6 millions de personnes est menacée. Pour en savoir plus sur les projets d’Action de Carême en Haïti, cliquez ici.

La maggior parte delle attività del progetto può quindi continuare nonostante l'escalation.

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Le 14 février débute la Campagne œcuménique organisée par Action de Carême, l’EPER et Être Partenaires. L’accent est mis principalement sur les conséquences désastreuses de la crise climatique, en particulier pour les habitant·e·s des pays les plus pauvres, qui souffrent de plus en plus de la faim. Avec le slogan «Moins, c’est plus – chaque geste compte!», la campagne vise à promouvoir des modes de consommation raisonnés. Ainsi, nous apportons non seulement notre aide aux plus démuni·e·s, mais nous contribuons également à la lutte contre le réchauffement climatique tout en améliorant notre propre qualité de vie. 

Aujourd’hui déjà, les conséquences de la crise climatique se font ressentir partout dans le monde: vagues de chaleur, sécheresses, tempêtes, inondations, fonte des glaciers, érosion en montagne. Et chaque dixième de degré supplémentaire vient aggraver ces effets. Les calculs du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) montrent à quel point un réchauffement climatique de 2 °C aurait des conséquences dévastatrices par rapport à un réchauffement de 1,5 °C: plus du double de personnes exposées à des chaleurs extrêmes, des pertes de récoltes dans les régions tropicales ainsi que des pertes piscicoles multipliées par deux, voire plus. D’où l’importance de limiter le réchauffement, et ce, même d’un dixième de degré. 

Conseils pour un comportement plus respectueux du climat

Avec le slogan «Moins, c’est plus», Action de Carême, l’EPER et Être Partenaires souhaitent appeler à l’action, notamment à une réduction de la consommation. Le nouveau calendrier de carême en ligne donne des conseils pour préparer le carême de manière respectueuse du climat. De plus, des ateliers seront organisés pour inciter les participant·e·s à réduire leur empreinte écologique ou à agir davantage pour lutter contre le réchauffement climatique. 

L’idée est d’encourager la mise en œuvre d’actions conjointes en faveur du climat afin de remettre en question les structures existantes et de les modifier activement. Cela implique notamment de s’engager politiquement en faveur des personnes et des lois qui protègent le climat ; de recueillir des idées auprès de personnes qui partagent les mêmes valeurs ; ou encore d’encourager chacun·e à agir dans son voisinage, sur son lieu de travail, dans les églises ou au sein d’associations.

Eine Guatemaltekin spaziert durch ihren kleinen Hausgarten, der mit nachhaltiger Landwirtschaft bepflanzt wurde
Le réchauffement climatique entraîne une augmentation de la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes, une situation qui met en danger la sécurité alimentaire de pays comme le Guatemala.

Renforcer la résilience des plus démuni·e·s 

Le réchauffement climatique est certes une problématique universelle, mais ce sont les populations du Sud qui sont le plus directement touchées. Non seulement elles ont moins contribué à la crise climatique que les pays du Nord, mais elles ne disposent pas des moyens financiers nécessaires pour s’adapter à ses effets dévastateurs. Souvent, les habitant·e·s des pays du Sud pratiquent une agriculture à petite échelle, rendue difficile par des conditions météorologiques imprévisibles: parfois, il ne pleut pas pendant des semaines, puis les précipitations sont si violentes qu’elles emportent tout sur leur passage. C’est l’une des raisons pour lesquelles la faim est de nouveau en augmentation dans diverses régions du monde depuis quelques années. 

Action de Carême et l’EPER mènent des projets dans plusieurs pays du Sud afin de renforcer la résilience des communautés locales. Elles forment les habitant·e·s pour les aider à s’adapter à la situation climatique actuelle. Ainsi, les méthodes agroécologiques permettent d’assurer les récoltes et de contribuer à une alimentation saine et variée. Les programmes de reboisement protègent des glissements de terrain et des sécheresses. Action de Carême et l’EPER s’engagent également au niveau international pour offrir de meilleures conditions politiques et juridiques aux communautés paysannes. Avec la Campagne œcuménique, elles espèrent inciter les personnes en Suisse à apporter elles aussi leur contribution.

Pendant la Campagne œcuménique, nous appelons, au nom des personnes défavorisées dans les pays du Sud, à prendre conscience des injustices climatiques et à agir dans le respect du climat. Apprenez-en plus ici.

Action de Carême soutient les communautés paysannes pour qu'elles puissent assurer leurs récoltes malgré le réchauffement climatique.

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Action de Carême est toujours à pied d’œuvre en Haïti, en dépit d’une situation très délicate qui rend l’accompagnement des projets d’autant plus important, comme nous l’explique notre coordinateur local.

Une interview de J. V.*, coordinateur d’Action de Carême en Haïti
Texte : Ralf Kaminski, rédacteur chez Action de Carême

Comment progressent les projets d’Action de Carême en Haïti ?

Bien, pour l’instant. Les techniques agroécologiques et les groupes de solidarité promeuvent la sécurité alimentaire, améliorent la situation financière et renforcent la confiance en soi des communautés villageoises. Toutefois, notre programme, qui touche plus de 20 000 personnes, n’avance que parce que la situation sécuritaire est encore plus ou moins bonne en zone rurale.

Et pas ailleurs ?

Non. La situation n’a cessé de se dégrader depuis que je suis entré en fonction en 2019, au beau milieu d’une crise politique.

Quelles sont les causes de cette crise ?

C’est un soulèvement populaire contre la corruption des dirigeants qui en est à l’origine. Mais, aujourd’hui, des groupes lourdement armés ont mis un terme aux manifestations et sèment la terreur dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, ce qui entrave gravement les déplacements.

Un exemple ?

Il vaut mieux ne pas quitter la ville avant de s’être renseigné sur la situation à notre destination et tout au long du trajet. Pour ce faire, je suis plusieurs groupes sur WhatsApp pour me tenir au courant des événements, j’appelle les gens sur place, j’écoute la radio. Et il arrive fréquemment que j’annule une visite parce que le danger est simplement trop grand. Souvent, la solution consiste à prendre l’avion pour une partie du trajet, puis de poursuivre en voiture.

Que font ces groupes ?

Ils dressent des barrages sur les routes et prélèvent un « péage ». Les enlèvements sont aussi monnaie courante. En 2023, durant les neuf premiers mois de l’année, il y en a déjà eu plus de 900, dont 63 concernant des personnes étrangères. De plus, des bandes pillent des quartiers entiers et en chassent les habitant·e·s. Les personnes déplacées se comptent déjà par dizaines de milliers.

Eine Bäuerin bewirtschaftet ihr agrarökologisches Feld.
La plupart des projets d'Action de Carême en Haïti sont situés dans des régions rurales, où la situation sécuritaire est moins tendue.

L’accès à nos projets en souffre-t-il aussi ?

La plupart d’entre eux se trouvent à la campagne, dans des zones moins exposées aux dangers. Toutefois, cela fait deux ans que, pour des raisons de sécurité, je ne peux plus rendre visite à deux de nos organisations partenaires situées dans le département d’Artibonite. Or, les événements rendent notre travail d’autant plus important. Grâce à l’agroécologie, les familles paysannes cultivent elles-mêmes les aliments dont elles ont besoin et grâce aux groupes de solidarité, elles peuvent emprunter de petites sommes d’argent. En revanche, nous avons de la peine avec toutes les activités pour lesquelles le bon fonctionnement des institutions est indispensable.

Pendant un an, un millier de policiers étrangers supervisés par l’ONU contribueront à la lutte contre les groupes armés. Cela va-t-il changer quelque chose ?

La dernière mission de ce genre s’est terminée il y a cinq ans sur un résultat manifestement mitigé, d’où le scepticisme de la population. Il est cependant indéniable qu’un soutien armé est nécessaire, car Haïti n’a pas d’armée et moins de 10 000 policiers pour 12 millions d’habitant·e·s.

La situation en Haïti est difficile depuis plusieurs décennies. Où est le problème ?

La déliquescence de l’État est la résultante d’événements historiques et de lacunes structurelles. L’élite corrompue presse Haïti comme un citron et ne se soucie absolument pas de léguer à ses descendant·e·s un pays en état de marche. Et les pays bailleurs de fonds craignent toujours que la situation devienne complètement incontrôlable, raison pour laquelle ils soutiennent même des gouvernements très corrompus. La fuite des cerveaux est un autre grave problème : plus de 80 % des Haïtien·ne·s titulaires d’un diplôme universitaire vivent à l’étranger.

*En raison du contexte sécuritaire précaire en Haïti, nous préférons ne pas mentionner de noms.

Agrarökologischer Anbau ermöglicht eine unabhängige Nahrungsmittelversorgung.
Les techniques agroécologiques permettent aux agriculteurs et aux agricultrices de cultiver leurs propres aliments.

En Haïti, de multiples crises affectent la population. L’alimentation de plus de 3,6 millions de personnes est menacée. Apprenez-en plus sur nos projets dans le pays.

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En Haïti, les changements climatiques, des méthodes de culture inadaptées et un manque de gouvernance mettent à mal la population, menaçant l’alimentation de plus de 3,6 millions de personnes. Les projets d’Action de Carême apportent un soulagement essentiel.

Haïti est l’un des pays les moins r responsables des changements climatiques (il ne génère que 0,3 % des émissions mondiales de CO2), mais aussi l’un de ceux qui en souffrent le plus : les sécheresses s’allongent, la saison des pluies est plus courte mais plus violente, et les cyclones sont de plus en plus fréquents. « Aujourd’hui déjà, la côte recule à certains endroits », explique J. V.*, coordinateur d’Action de Carême en Haïti. « En même temps, le niveau des nappes phréatiques s’abaisse dans certaines régions, de sorte qu’il faut creuser toujours plus profond pour obtenir de l’eau douce ».

Le principal défi, c’est l’érosion, causée notamment par le déboisement. Même si plus de 70 % du pays est montagneux, « aucune pente n’est trop raide pour empêcher la culture d’aliments », estime-t-il, « c’est tout simplement inévitable ». Or, lorsque des pluies diluviennes déferlent sur l’île des Caraïbes, les terres arables sont particulièrement menacées. « Quand la couche supérieure est emportée par les flots, on ne peut plus rien cultiver, et dans les zones de plaine, on risque des glissements de terrain et des inondations. » Notre coordinateur craint que, d’ici 2030, environ 20 % des zones actuellement cultivées deviennent impropres à l’agriculture.

« Nos organisations partenaires sensibilisent la population et leur apportent aux habitant·e·s un savoir-faire technique. »

L'érosion entraîne également la perte de terres sur la côte, comme ici à Port Salut, dans le sud d'Haïti.

L’agroécologie et le reboisement émergent comme des solutions viables

L’une des solutions efficaces à ce problème, financée par Action de Carême, consiste à ériger des barrières anti-érosion qui peuvent prendre la forme de terrasses, de diguettes en pierre ou de barrières végétales. « Nos partenaires sensibilisent les personnes participant aux projets à cette cause et leur transmettent le savoir-faire nécessaire », ajoute le coordinateur. « Et nos barrières anti-érosion servent d’inspiration à d’autres paysan·ne·s, qui ne font pas partie de nos projets. » Une transmission qui n’est cependant pas assez systématique dans l’ensemble du pays : « C’est une tâche
titanesque. »

Le réchauffement planétaire n’a fait qu’aggraver une situation due à un déboisement excessif, une pratique qui remonte à de longues années. Certes, des projets de reboisement sont menés à terme, mais la superficie que l’on peut y consacrer est limitée, car la plus grande partie des terres arables doivent être utilisées pour nourrir une population en augmentation. En outre, la majorité des ménages cuisinent encore au bois ou au charbon de bois.

« Il n’en reste pas moins que nous enregistrons des avancées avec nos partenaires », se réjouit le coordinateur, « car nous nous engageons dans des régions particulièrement touchées par les changements climatiques. » Les techniques agroécologiques accroissent le rendement et promeuvent aussi la biodiversité. « Grâce à cette conversion et aux projets de reboisement, certaines espèces d’insectes et d’oiseaux se sont réinstallées dans la région », se félicite-t-il.

*En raison du contexte sécuritaire précaire en Haïti, nous préférons ne pas mentionner de noms.

Le travail d’Action de Carême est d’autant plus important en période d’instabilité et de crise et constitue une lueur d’espoir pour les personnes qui participent à nos projets. Apprenez-en plus sur notre programme national Haïti ici.

Des paysannes installent des barrières pour protéger leurs champs de l'érosion.

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Les projets d’Action de Carême au Kenya contribuent à enrayer la pauvreté dans les zones rurales. C’est ce qu’a révélé une évaluation externe du programme sur place.

Action de Carême est présente au Kenya depuis les années 1970. Nos projets dans le pays sont principalement axés autour du droit à l’alimentation. Pour ce faire, nous mettons en place des méthodes d’agroécologie, des groupes de solidarité ainsi que des activités de promotion de la paix. Le tout pour un budget annuel de 800 000 francs. En 2022, nous avons fait évaluer notre programme au Kenya par le bureau de conseil indépendant KEK-CDC, basé à Zurich. Les résultats du rapport sont désormais disponibles.

Des objectifs atteints, voire même dépassés

Les évaluateurs et évaluatrices du bureau KEK-CDC ont constaté que les objectifs fixés pour 2022 avaient été non seulement atteints, mais même dépassés. Ainsi, entre 2017 et 2022, 557 groupes de solidarité ont été créés dans le sud-ouest du pays, regroupant près de 9000 membres issus de petites exploitations agricoles. L’adoption de mesures de rigueur combinée à la culture de légumes et d’arbres fruitiers selon des méthodes agroécologiques ont eu une « incidence concrète sur l’amélioration de la nutrition et la promotion de la solidarité », indique notamment le KEK-CDC dans son rapport.

De manière générale, les neuf projets soutenus par Action de Carême constituent « une contribution de taille à la lutte contre la pauvreté dans les zones rurales». Le rapport souligne également que 77 % des participant·e·s aux groupes de solidarité sont des femmes et que les femmes occupent 72 % des postes de direction au sein de ces groupes. Le rapport met en outre en lumière une amélioration des compétences sociales ainsi que des capacités de gestion des conflits. Plus d’un quart des groupes de solidarité ont pu accorder de petits crédits pour l’achat de nourriture ou le paiement des frais scolaires à partir de leurs économies, évitant ainsi aux habitant·e·s de s’endetter auprès de créanciers à des taux usuraires.

Les besoins en bois de chauffage réduits de moitié

Le rapport salue également les efforts menés par un projet de réduction des émissions de CO2 dans le comté de Kitui, dans le sud du pays. De 2017 à 2022, le projet a permis la construction de 19 530 fours de cuisson améliorés, ce qui a contribué à réduire de moitié la consommation de bois de chauffage et à diminuer les émissions de CO2 d’une tonne par an pour chaque four. 

L’équipe d’évaluateurs et d’évaluatrices, qui s’est rendue sur place pour examiner certains projets, estime toutefois que d’autres améliorations sont possibles. La vente de produits inutilisés pourrait notamment être étendue aux marchés agroécologiques. En outre, les titres de propriété pour les terres exploitées ne sont pas toujours précisément définis, et doivent donc faire l’objet d’une clarification. Enfin, de nombreuses régions souffrent de plus en plus de la sécheresse, raison pour laquelle des stratégies adaptées doivent être mises en place pour garantir la durabilité des projets sur le terrain.

Cliquez ici pour consulter la synthèse détaillée du rapport (en anglais).

Depuis plus de 20 ans, les groupes de solidarité sont au cœur du travail d’Action de Carême. Grâce à cette approche, la faim est réduite de manière durable et à long terme. Apprenez-en plus ici.

Depuis que Melisa Khavala est membre d'un groupe de solidarité, ses conditions de vie se sont améliorées.

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Action de Carême s’engage pour la justice climatique, consciente que le réchauffement planétaire frappe de plein fouet les populations les plus vulnérables, exacerbant ainsi la crise alimentaire mondiale. Dans le cadre de cet engagement, nous prenons part cette année encore à la Conférence mondiale sur le climat qui se déroule du 30 novembre au 12 décembre à Dubaï. En unissant nos voix à celles d’autres acteurs engagés, nous aspirons à favoriser des solutions concertées pour atténuer les impacts des changements climatiques et à protéger les plus défavorisés. 

Un commentaire de Stefan Salzmann, responsable Climat et politique énergétique chez Action de Carême

En cette fin d’année, nous nous rendons à Dubaï, où se tient la Conférence mondiale sur le climat (COP28), un rendez-vous crucial pour plaider en faveur d’avancées immédiates dans la protection du climat. Pour atteindre l’objectif de réduction de moitié des émissions mondiales d’ici 2030 par rapport à 1990, tel qu’énoncé dans l’accord de Paris, des mesures concrètes sont impératives. Le temps presse et, actuellement, nous ne progressons pas suffisamment vite. À Dubaï, nous demandons instamment aux délégations internationales de reconnaître les données scientifiques et de prendre pleinement leurs responsabilités pour assurer un avenir climatique durable. 

Une voix pour les populations les plus démunies

En collaboration avec ses organisations partenaires brésiliennes et colombiennes, Action de Carême s’est fortement impliquée dans les préparatifs de la COP28. Ensemble, nous portons les perspectives et les besoins des personnes les plus défavorisées, offrant ainsi une voix à celles et ceux qui en ont le plus besoin. Malgré les défis, nos efforts progressent graduellement, et nous observons des améliorations significatives. 

La justice climatique, un rempart contre la faim

Nous ne pouvons garantir que ces modestes progrès seront suffisants pour ralentir le réchauffement climatique. Cependant, chez Action de Carême, nous sommes fermement convaincu·s que les négociations internationales jouent un rôle crucial dans la défense des intérêts des populations les plus vulnérables. À Dubaï, nous plaidons activement en faveur de mesures ambitieuses de protection du climat, notamment l’abandon des énergies fossiles et la promotion équitable des énergies renouvelables. Ce mandat peut être particulièrement délicat dans des pays tels que les Émirats arabes unis, mais il revêt une importance capitale. En effet, la justice climatique est indispensable pour éliminer la faim et bâtir un avenir viable pour toutes et tous.

Notre experte en systèmes alimentaires, Christa Suter, a répondu aux questions les plus urgentes sur les causes et les conséquences de la faim dans le monde. Lisez l’interview ici.

Plus de 700 millions de personnes sont touchées par la faim dans le monde. Le réchauffement climatique aggrave la situation des personnes les plus vulnérables.

Notre vision est celle d'un monde juste et sans faim. Voulez-vous soutenir notre engagement ?

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À Koupéla, un village situé dans la région du Centre-Ouest au Burkina Faso, Adèle Neya s’engage dans un large éventail d’activités pour subvenir aux besoins d’une famille nombreuse. Grâce au soutien d’Action de Carême et de son organisation partenaire ASD Paalga, elle a acquis une plus grande confiance en elle et bénéficie d’une meilleure sécurité financière.

Texte : Tiziana Conti, Médias, information et campaigning, Action de Carême

Adèle Neya, une femme dans la quarantaine, jongle entre son rôle de mère et de nombreuses activités pour s’assurer un revenu. En plus de ses cinq enfants, elle est tutrice de cinq autres, dont l’enfant de son défunt frère. Dans le village où elle réside, la vie tourne principalement autour de l’agriculture et de l’élevage. En raison des changements climatiques, caractérisés par des variations imprévisibles des précipitations et des températures en hausse, la population rurale burkinabè demeure particulièrement vulnérable aux crises alimentaires.

La promotion par l’État d’une agriculture conventionnelle a longtemps exacerbé cette vulnérabilité car, bien qu’elle prétende assurer un accès aux denrées alimentaires essentielles, cette pratique autorise néanmoins l’utilisation d’engrais chimiques et de pesticides. Ces produits entraînent des répercussions néfastes sur l’environnement et demandent l’emploi de semences améliorées qui doivent être rachetées chaque année, créant ainsi une dépendance chez les paysannes et paysans. La bonne nouvelle est que, dès 2022, les politiques publiques burkinabè ont intégré l’agroécologie dans leur stratégie nationale. Au cours des prochaines années, cette pratique agricole à petite échelle basée sur l’adaptation aux conditions locales, les échanges, la vente de proximité et la participation politique, devrait donc progressivement remplacer l’agriculture conventionnelle.

Un sol plus fertile

Action de Carême promeut les méthodes de culture agroécologiques à travers ses projets depuis de nombreuses années. Elles ont le double avantage d’offrir aux agricultrices et agriculteurs des moyens concrets pour s’adapter aux effets du réchauffement climatique et garantir l’accès à une nourriture saine et abondante sans recourir à l’utilisation d’intrants chimiques.

En 2019, Adèle saisit l’opportunité de participer à une formation axée sur la sécurité alimentaire et l’agroécologie, proposée par l’Association SOS Santé et Développement (ASD Paalga), une organisation partenaire d’Action de Carême. Les techniques apprises lors de ces cours ne nécessitant aucun investissement particulier, elle peut les appliquer sans tarder. Les bénéfices sont immédiats : en produisant son propre engrais liquide biologique, elle réduit sa dépendance vis-à-vis des intrants chimiques coûteux, améliore la résistance de ses cultures aux attaques d’insectes et augmente également les rendements de sa production. « Au cours de ma première année d’utilisation, j’ai récolté 4 charretées de sorgho, soit 40 kilos. Aujourd’hui, je peux en récolter jusqu’à 6 charretées, soit 60 kilos, lorsque les précipitations sont abondantes. »

Adèle maîtrise également la technique du zaï, qui consiste à concentrer l’eau et le fumier dans les trous creusés dans la terre pour favoriser la croissance des cultures. Grâce à cette méthode, elle peut désormais cultiver des légumes comme l’aubergine locale même en saison hivernale et s’assurer ainsi une source de revenu diversifiée grâce à la vente de ses produits sur le marché.

Adèle Neya avec son mari.

Des poulets en pleine forme

À la suite d’une formation récente dispensée par ASD Paalga, Adèle acquiert les compétences nécessaires pour devenir vaccinatrice de volaille au sein de son village. Cela lui permet également d’optimiser sa production avicole en réduisant de manière significative la mortalité de ses poulets. Le vaccin offre une protection efficace contre la grippe aviaire, une maladie qui a frappé sévèrement tout le territoire en 2022, entraînant d’importantes pertes. Au Burkina Faso, l’aviculture émerge comme un secteur en plein développement, porteur d’enjeux économiques insoupçonnés. Dans les grandes villes, les étals regorgent de variétés de poulets, grillés, sautés, à l’ail ou simplement flambés. Le célèbre « poulet bicyclette », emblème d’une race locale, contribue à la renommée du pays à l’étranger. Avec l’essor de l’aviculture moderne, le commerce de la volaille off re des moyens de subsistance à des milliers d’actrices et acteurs impliqués dans la production et la transformation. Posséder quelques poulets constitue une bouée financière précieuse à tout moment et agit comme une forme d’assurance pour les agricultrices et agriculteurs.

« Grâce à mes connaissances, je gagne en respect au sein de la communauté. »

Des gâteaux exquis et un avenir prometteur

L’activité principale d’Adèle, la vente de gâteaux, connaît également une évolution significative. Auparavant, elle préparait sa pâte à gâteau avec de la farine de blé, du sucre et de la levure. Aujourd’hui, elle ajoute de la farine de haricot, des œufs, du beurre ainsi que du sucre vanillé à son mélange. Elle a aussi ajusté le dosage de la levure. Ces astuces culinaires, apprises à travers le projet, confèrent à ses créations une nouvelle saveur et des qualités nutritionnelles intéressantes. Les recettes de ses ventes ont augmenté de 50 % !

L’amélioration de ces diverses pratiques a permis à Adèle de devenir autonome. « Grâce à mes connaissances, je gagne en respect au sein de la communauté. Je me sens plus confiante et capable de prendre des décisions éclairées. Tout cela a été rendu possible grâce au projet ASD Paalga et à Action de Carême », nous confie-t-elle. Adèle envisage l’avenir avec optimisme. Si un jour le village devait bénéficier d’un forage pour accéder à l’eau, elle souhaiterait se lancer dans le maraîchage durant la saison sèche. Elle rêve aussi d’acquérir une mobylette et de bâtir sa propre maison. Ces aspirations témoignent de sa détermination à transformer positivement sa vie et celle de sa communauté.

L’histoire d’Adèle Neya est parue dans le magazine « Perspectives » d’Action de Carême.
Ici, vous trouverez plus d’informations sur notre programme au Burkina Faso.

Adèle protège la volaille de son village contre la grippe aviaire.

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Au Burkina Faso, les femmes comme Oumou Oussalé Balori font face à de nombreux défis et sont souvent économiquement dépendantes de leurs conjoints. Dans le sud du pays, Action de Carême soutient un projet qui œuvre à accroître leur autonomie tout en renforçant la sécurité alimentaire de l’ensemble de la famille.

Texte : Tiziana Conti, Médias, information et campaigning, Action de Carême

Dans la province du Nahouri, la pluie se fait de plus en plus rare et les effets des changements climatiques se font particulièrement sentir. Entre les sécheresses persistantes et la dégradation des sols, due notamment à l’utilisation de produits chimiques dans les exploitations de mines d’or et à des pratiques agricoles non durables, les récoltes sont souvent mauvaises. Dans ce contexte, de nombreuses femmes sont confrontées à des défis quotidiens.

 À 38 ans, Oumou Oussalé Balori est mère de sept enfants et assume le rôle de femme au foyer et d’agricultrice, tout en étant membre active de la coopérative du village de Songo. Accaparée par les tâches domestiques et agricoles, elle dispose de peu de temps pour perfectionner ses connaissances. Son mari, Amadou, est orpailleur, une activité qui exige une présence constante sur les sites d’orpaillage, mais ne garantit pas pour autant un revenu fixe. Pourtant, chaque dépense d’Oumou, aussi minime soit-elle, dépend entièrement de lui. Cette situation fragilise économiquement toute la famille et contraint Oumou à vendre les produits de sa récolte à des prix dérisoires dès leur sortie de terre.

Tout a commencé avec du beurre de karité

Il a quelques années, Oumou découvre le projet Lougouzena, soutenu par Action de Carême depuis une décennie, et s’y investit progressivement. Elle participe à une formation sur la fabrication du beurre de karité et constate avec satisfaction les avantages immédiats des nouvelles techniques : « Avant, je produisais traditionnellement le beurre de karité sous le manguier sans me soucier de l’hygiène. Mais aujourd’hui, un nouveau processus de fabrication me permet d’avoir un produit de meilleure qualité. »

La production de beurre de karité est une source de revenus importante pour les femmes comme Oumou Oussalé Balori.

Le beurre de karité, utilisé dans l’alimentation, la santé, les soins de la peau, des cheveux et même en savon, joue un rôle économique et social crucial dans les zones rurales d’Afrique de l’Ouest. Il procure un revenu complémentaire aux femmes, leur garantissant une certaine indépendance financière, notamment pour les frais de scolarité et de santé de la famille.

À travers un accompagnement et des formations variées, le projet Lougouzena vise à autonomiser économiquement et à renforcer la sécurité alimentaire de 634 femmes issues de 26 sociétés coopératives. En tenant compte des membres des ménages, il impacte indirectement 3514 personnes. Le projet met l’accent sur la diversification des revenus, rendue possible grâce à l’application de nouvelles techniques de transformation des aliments et à l’acquisition de notions en marketing et gestion financière.

Évoluer dans sa vie et dans son couple

Grâce au projet Lougouzena, Oumou peut prendre en charge ses dépenses quotidiennes sans dépendre de son mari. L’ouverture d’un compte bancaire lui permet de financer la production de semoule de manioc, de beurre de karité et de savon. La vente de ses produits lui procure un bénéfice mensuel de 20 000 à 25 000 francs CFA [ndlr : environ 36 francs suisses]. « Les activités de renforcement des capacités et les rencontres au sein de notre coopérative m’ont ouvert les yeux. J’ai finalement pris conscience de mon potentiel en tant que femme. Aujourd’hui, je me sens plus forte et indépendante », affirme Oumou, fière de ses résultats.

Le projet a également eu un impact positif sur son couple : « Bien que  nous nous entendions déjà très bien, aujourd’hui, notre entente est encore meilleure et notre cohésion s’est renforcée. Amadou me fait davantage confiance et nous avons instauré un dialogue entre nous. » Cet exemple met en lumière le fait que chaque avancée vers une plus grande égalité des genres va au-delà de la simple promotion des femmes et participe à un changement social plus profond. C’est pourquoi Action de Carême place la question de l’égalité entre les sexes au cœur de tous ses projets.

Oumou kniet auf dem Boden und kontrolliert ihre Ernte, die zum trocknen in der Sonne liegt.
Oumou fait sécher sa récolte. En raison du réchauffement climatique, les pertes de récoltes sont de plus en plus fréquentes.

« J’ai finalement pris conscience de mon potentiel en tant que femme. »

Un regard vers l’avenir

Le projet Lougouzena insuffle à Oumou de nouvelles aspirations. « J’aimerais pouvoir perfectionner davantage ma production de beurre de karité afin de rendre mon produit plus attractif et ainsi améliorer sa commercialisation. Un jour, je souhaiterais bâtir une nouvelle maison pour offrir davantage de confort à ma famille. L’acquisition d’une mobylette pourrait aussi faciliter mes déplacements. »

L’histoire d’Oumou Oussalé Balori est parue dans le magazine « Perspectives » d’Action de Carême.
Ici, vous trouverez plus d’informations sur notre programme au Burkina Faso.

Depuis qu'Oumou a pris part au projet d'Action de Carême, la relation avec son mari Amadou s'est améliorée.

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Christa Suter est spécialiste des systèmes alimentaires et responsable du programme d’Action de Carême au Kenya. À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, elle nous explique pourquoi tant de personnes souffrent de la faim et présente quelques initiatives porteuses d’espoir. 

À travers le monde, une personne sur dix souffre de la faim. Pourquoi ce chiffre est-il si élevé? 

Chaque région a ses spécificités. Cependant, les changements climatiques affectent l’agriculture dans le monde entier et réduisent les récoltes. À cela viennent souvent s’ajouter des facteurs politiques et économiques. Tout le monde n’a pas les moyens de se procurer des aliments sains, de qualité et en quantité suffisante.Dans de nombreuses régions, les prix des céréales et d’autres denrées alimentaires ont explosé car les coûts de l’essence et de l’énergie ont eux aussi augmenté. Sans compter l’inflation, qui est bien plus forte dans les pays où Action de Carême est présente qu’en Suisse. Dans un tel contexte, les populations les plus démunies ne peuvent tout simplement pas subvenir à leurs besoins. 

« La situation de la faim dans de nombreux pays reste très préoccupante »

Fait positif, on estime que le nombre de personnes souffrant de la faim a baissé de près de 100millions par rapport à l’année dernière, atteignant un total de 700millions. Cela serait-il le signe d’une amélioration globale de la situation? 

Pas vraiment, car la situation reste dramatique. Alors que la faim a progressivement reculé depuis l’an 2000, nous assistons depuis 2015 à une stagnation des progrès, voire à une nouvelle aggravation de la faim pendant la pandémie de Covid-19. Les succès sont ponctuels, mais la situation de la faim dans de nombreux pays est toujours très préoccupante et personne n’est à l’abri. La faim peut avoir des répercussions tout au long de la vie, notamment sur le développement des enfants. Mais pas seulement: les femmes sont également fortement touchées car ce sont souvent elles qui se privent lorsque la nourriture vient à manquer. 

Dans les faits, est-il possible de produire suffisamment de nourriture pour le monde entier? 

Oui, en réalité, il y a assez de nourriture pour tout le monde, c’est surtout la répartition qui est injuste, tant entre le Sud et le Nord qu’à l’intérieur même des pays. À cela vient s’ajouter un énorme gaspillage alimentaire. La lutte contre la faim est davantage une question éthique. Il faudrait plutôt se demander si la communauté internationale est prête à remédier à cette situation injuste. 

Plus les gens produisent eux-mêmes leurs aliments, plus ils sont indépendants des prix élevés du marché.

Vous êtes également responsable du programme national d’Action de Carême au Kenya. Quelle est la situation dans ce pays? 

Dans l’ouest du Kenya, les agriculteurs et agricultrices ont pu récolter, mais une sécheresse a suivi. Lors de la deuxième saison de culture, il a de nouveau plu. Cependant, les précipitations ont été si violentes qu’elles ont causé des inondations dans de nombreuses régions du Kenya, alors que dans d’autres, les habitant·e·s attendent toujours la pluie. Dans le sud-est du pays, cinq saisons des pluies ont été anormalement absentes. Les agricultrices et agriculteurs ne possèdent pas de systèmes d’irrigation et vivent donc à la merci de la sécheresse. Par ailleurs, au Kenya la misère s’aggrave en raison de la hausse globale des prix. 

« Une approche importante consiste à encourager la mise en réseau des agricultrices et agriculteurs  »

Quelles sont les mesures mises en place par Action de Carême pour lutter contre la faim au Kenya? 

Nous donnons aux agricultrices et agriculteurs les moyens d’établir des systèmes alimentaires locaux, indépendants et plus résistants à la sécheresse. Il s’agit d’agroécologie, une approche qui consiste à mettre en place des méthodes agricoles adaptées aux conditions locales et respectueuses de l’environnement. Une approche importante est la mise en réseau des agricultrices et agriculteurs: nous les soutenons dans la formation de groupes de solidarité afin qu’ils et elles puissent s’aider mutuellement. Dans les projets d’Action de Carême au Kenya, nous dénombrons déjà 545 groupes de solidarité, qui réunissent un total plus de 10000 membres, dont trois quarts sont des femmes. Grâce à l’agroécologie, les familles paysannes parviennent à produire suffisamment d’aliments sains et à renforcer ainsi leur résistance aux changements climatiques, notamment la sécheresse. 

Grâce aux méthodes de culture agroécologiques, il est possible de produire suffisamment de nourriture malgré les sécheresses.

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Les effets de la crise climatique se font fortement sentir au Népal. Les pluies de mousson sont de plus en plus irrégulières, ce qui a de graves conséquences pour l’agriculture. Samrat Katwal est notre coordinateur de programme au Népal et nous parle des répercussions sur la population du pays.

« Au Népal, les pluies assurent l’irrigation d’environ deux tiers des exploitations agricoles, qui sont donc largement tributaires des précipitations liées aux moussons. Dans le pays, l’agriculture ne représente qu’un quart du produit intérieur brut, mais elle nourrit plus de la moitié de la population. L’économie népalaise est liée à l’agriculture, qui dépend à son tour des aléas climatiques. Malheureusement, les paysannes et paysans n’ont aucun pouvoir sur le climat, puisque celui-ci est influencé par les modes de vie de millions de personnes dans le monde et les politiques menées par des dizaines de pays étrangers. En maints endroits du Népal, il n’a guère plu durant l’hiver, ce qui a compromis la production de blé. S’en est suivie une deuxième période de sécheresse au printemps, touchant quant à elle la culture du maïs. Or, ces deux céréales représentent la base de l’alimentation de la population, en particulier dans les régions reculées où il est impossible de faire pousser du riz. Aussi, au début de la saison de la mousson, s’étalant du mois de juin au mois de septembre, les sources d’eau ne coulaient plus.

L’agroécologie comme solution

Au Népal, la sécheresse est une réalité de l’agriculture et la paysannerie a dû s’y adapter. Cependant, les précipitations font désormais également défaut à la saison des pluies et la sécheresse persiste, ce qui inquiète tant les chercheurs et chercheuses que les cultivatrices et cultivateurs. La solution est à trouver dans la mise en place d’un système alimentaire résilient à travers l’adaptation de l’agriculture à l’écologie locale et la création de filets de sécurité grâce à la solidarité sociale et culturelle. Dans ce sens, étudier les vieilles coutumes et les pratiques agricoles traditionnelles permet de redécouvrir la sagesse des ancêtres ainsi qu’un savoir longtemps négligé qu’il convient de faire revivre, notamment à travers la culture de variétés anciennes de tubercules, de millet et d’orties. Si l’agroécologie a démontré être un facteur de résilience en temps de crise, elle n’est pas pour autant une utopie à même de se concrétiser du jour au lendemain, mais une voie dont l’exploration exige patience et engagement. Afin d’assurer la survie des habitant·e·s, il est dès lors important de leur fournir provisoirement toute l’aide alimentaire nécessaire jusqu’à la réalisation de cet objectif. »

L’agriculteur Sete Budha emploie des méthodes de culture agroécologiques et des semences résistantes.
L'agriculteur Sete Budha a appris à utiliser des méthodes de culture agroécologiques dans le cadre du projet Action de Carême.

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Le réchauffement climatique touche le plus durement les groupes les plus vulnérables, dont la population sénégalaise. Aboubarcry Sall est le coordinateur de notre projet Bamtaree-Podor. Il nous raconte les conséquences de la crise climatique et les mesures qui sont prises.

 

« La sécheresse et le manque d’eau qui sévissent dans la région du Fouta au nord du Sénégal sont une des conséquences du réchauffement planétaire. Cela entraîne une disparition tragique d’espèces végétales et animales et porte de plus en plus atteinte à la sécurité alimentaire des populations et du bétail. Les pâturages et les ressources en eau diminuent comme peau de chagrin, notamment en raison de l’essor des cultures irriguées – notamment rizicoles – et de l’abus d’engrais chimiques et de pesticides, ces derniers ayant également des effets néfastes sur la santé des habitant·e·s. À la recherche de pâturages, les éleveuses et éleveurs doivent parcourir de longues distances, ce qui les éloigne de leur domicile habituel. S’ils emmènent leur famille, c’est l’éducation des enfants qui s’en ressent.

Précipitations irrégulières

Depuis plus de trois décennies, nous enregistrons des précipitations irrégulières en constante diminution. Auparavant, la saison des pluies durait de mai à octobre, soit six mois, et apportait 400 à 500 mm de précipitations. Ces vingt dernières années toutefois, elle ne dure que d’août à octobre et apporte moins de 250 mm. En revanche, nous subissons des inondations lors des années pluvieuses.

S’adapter au réchauffement climatique

Malgré tout, la population fait preuve de résilience et met au point des stratégies d’adaptation à la nouvelle donne. Pour assurer leur approvisionnement en eau, les habitant·e·s forent des puits et construisent des mares. Dans le domaine agricole, la sélection de semences résistantes à la sécheresse pour les cultures céréalières et maraîchères sur les champs familiaux ou collectifs fait des merveilles. En outre, la création de groupes de solidarité permet aux familles paysannes de s’entraider en temps de pénurie. »

L’approche des groupes de solidarité est originaire du Sénégal et constitue un pilier central du travail de l’Action de Carême. Pour en savoir plus sur les groupes de solidarité, cliquez ici.

Die anhaltende Trockenheit lässt Menschen und Tiere in Senegal leiden.
La sécheresse persistante affecte tant les humains que les animaux.

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À Madagascar, l’ombre menaçante de la crise climatique se dessine, oscillant entre des périodes de sécheresse et des pluies diluviennes associées à des cyclones dévastateurs. Ces phénomènes engendrent d’importantes pertes de récoltes dans le secteur agricole, comme le souligne notre coordinatrice de programme à Madagascar, Diary Ratsimanarihaja.

« Après trois années de sécheresse consécutives à Madagascar, ce sont deux cyclones, Batsirai et Emnati, qui ont ravagé le sud de l’île en février 2022. Dans le district de Betioky, la pluie n’a fait sa réapparition qu’en février et mars de cette année. Si les habitant·e·s se réjouissent de ces précipitations, ces dernières n’apportent toutefois pas les bienfaits escomptés. Les fortes pluies, en particulier celles qui ont accompagné les cyclones, ont en effet dévasté les champs. La principale culture de la région, le manioc, n’a ainsi produit aucun tubercule, certaines boutures ayant par ailleurs pourri à cause de l’excès d’eau. En outre, les semences de légumes que les paysan·ne·s n’ont pas pu utiliser pendant les trois années sans pluie, n’ont pas germé une fois mises en terre. Cet allongement des périodes de sécheresse est imputable au réchauffement climatique. Étant donné que le sud de Madagascar connaît un climat semi-aride, les précipitations y sont déjà rares « en temps normal ». À la suite de cette longue période d’absence de pluie, la situation ne s’est pas encore rétablie. De fait, en raison des semences périmées, les récoltes engrangées cette année ne suffisent toujours pas. Si la pluie vient aussi à manquer durant la prochaine période de culture, la population de la région s’exposera à un nouveau risque de famine.

Groupes de solidarité et agroécologie : deux approches clés

Pour prévenir ces difficultés, il est important de renforcer les groupes de solidarité afin de reconstituer les épargnes collectives. La formation aux techniques de culture agroécologiques est l’un des axes du programme Tsinjo Aina, soutenu par Action de Carême. Ces pratiques sont nos alliées dans l’amélioration de la résilience face aux conséquences des changements climatiques. Il s’agit de favoriser la diversification et l’association des cultures en vue de limiter l’incidence des insectes ravageurs et de garantir une alimentation variée aux familles paysannes.

L’eau, un bien précieux

L’expression « l’eau, source de vie » prend véritablement son sens dans la région : l’or bleu représente une ressource précieuse indispensable à l’agriculture. Grâce au projet Rano Aina, certains villages disposent de puits et de forages à proximité desquels les habitant·e·s peuvent mettre en pratique les techniques agroécologiques apprises lors des formations sur des champs communautaires. En plus de participer à la production de nourriture et de semences, ces parcelles offrent aussi une source de revenus d’appoint pour les membres des groupes de solidarité. Malheureusement, plusieurs de ces puits sont vétustes et endommagés. La réhabilitation des pompes améliorerait considérablement la résilience des paysan·ne·s, qui sont prêt·e·s à s’investir dans ce travail, par exemple en mettant à disposition de la main-d’œuvre ou en fournissant du sable et des gravillons. »

Depuis plus de 20 ans, les groupes de solidarité sont au cœur du travail d’Action de Carême et de ses organisations partenaires. Grâce à cette approche, la faim diminue de manière durable et à long terme. Apprenez-en plus ici.

Der Familienvater Etahery ist Mitglied einer Solidaritätsgruppe. Er hat agrarökologische Anbaumethoden angewendet, um verschiedene Gemüsesorten anzubauen.
Etahery, père de famille, est membre d'un groupe de solidarité. Il a utilisé des méthodes de culture agroécologiques pour cultiver différentes variétés de légumes.

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Notre collègue Daria Lepori est revenue récemment d’un voyage en Colombie au cours duquel elle a eu l’occasion de rencontrer des représentant·e·s de nos organisations partenaires ainsi que des personnes impliquées dans nos projets. Elle nous fait part de ce qui l’a particulièrement impressionnée.

Entretien avec Daria Lepori, chargée de la Sensibilisation et de la Campagne œcuménique en Suisse italienne

Quelles sont les conditions de vie des habitant·e·s de la région que tu as visitée ?

Les gens vivent dans des habitations modestes. À Morales, dans le département du Cauca, à l’ouest de la Colombie, nous avons notamment visité deux fincas (fermes). Dans cette région, environ neuf fermes sur dix cultivent des plants de coca. Au niveau politique, il existe une volonté claire de se débarrasser de cette activité, illégale et polluante en raison des nombreux engrais et pesticides utilisés. Abandonner la culture de coca pour se consacrer exclusivement à une agriculture de subsistance et durable est cependant un revirement qui demande du courage et de la détermination de la part des familles paysannes, ainsi qu’un soutien extérieur – tel que celui apporté par notre programme dans le pays – qui offre une alternative. Pour beaucoup, la culture de coca est la seule source de revenus et la pression des narcotrafiquants est constante. L’endettement est très répandu au sein de la population rurale. En effet, les agricultrices et agriculteurs sont souvent contraints de contracter des prêts avec des taux d’intérêt élevés auprès d’usuriers pour acheter les engrais onéreux nécessaires à cette culture. Ils doivent ensuite rembourser ces prêts au quotidien, un système appelé gota a gota (goutte à goutte).

De quoi s’occupe l’organisation partenaire que tu as rencontrée au cours de ton voyage ?

L’organisation Semillas de Agua mène des projets dans différents départements de Colombie et s’occupe principalement de la réhabilitation des sols. Son directeur, David Diaz, agronome de formation, s’est engagé à aider les familles paysannes à comprendre l’importance d’un sol fertile pour produire des denrées de qualité afin de s’assurer une alimentation et une vie saines. Il leur apprend à transformer, grâce à des méthodes agroécologiques, un sol contaminé par les pesticides en un sol fertile et productif, capable également de capter le CO2. En Colombie, le sol est source de conflits : les un·e·s veulent l’exploiter pour en extraire des matières premières, les autres pour y faire pousser des plants de coca.

Qu’est-ce qui t’as particulièrement frappé chez les personnes impliquées dans le projet soutenu par Action de Carême ?

Certainement la détermination et l’enthousiasme de ces personnes à vouloir choisir une autre vie, alors que tout le monde autour d’elles cultive la coca, avec les pressions inévitables, entre autres psychologiques, que cela implique. Cette approche change réellement leur vie pour le mieux. Les personnes impliquées dans le projet ne consomment pratiquement que des aliments autoproduits, du café à la papaye.

Ein Mann und Frau aus Kolumbien stehen in ihrem Garten.
Au cours du voyage, Daria Lepori a rencontré plusieurs familles paysannes dans leur ferme.

Quels effets du projet as-tu constatés sur la vie des personnes impliquées ?

Grâce au projet, les familles paysannes commencent à porter un regard critique sur ce qui a été fait jusqu’à présent et comprennent les effets positifs d’une agriculture différente pour l’environnement et pour les êtres humains. Un jeune agriculteur a rapporté que depuis qu’il pratique l’agroécologie, non seulement sa récolte a augmenté, mais la santé de son père malade s’est également améliorée. De plus, grâce au projet d’Action de Carême, les gens se mettent à construire des fourneaux économes en bois pour cuisiner. Pour enrichir leur alimentation, ils élèvent également des poissons dans des étangs alimentés par l’eau pompée dans les cours d’eau voisins à l’aide de pompes solaires. Le surplus de production est vendu au marché, ce qui leur assure un petit revenu, et les prises sont stockées dans des réfrigérateurs fonctionnant à l’énergie solaire.

Y a-t-il quelque chose qui t’a particulièrement frappée ?

L’entité forte que j’ai perçue partout de manière particulière, c’est la Terre, le contexte environnemental, ce qu’on appelle l’environnement moyen. C’est l’endroit, à mon avis, où les deux entités, l’être humain et Dieu, se rencontrent. On perçoit vraiment la Terre-Mère qui nourrit et produit par exemple ce café que je consomme depuis des années et que je n’ai jamais vu pousser. Lors de visites d’autres projets et de rencontres, ce qui m’a le plus frappé, ce sont les blessures profondes laissées par les années de guerre civile. Les déplacements forcés, les assassinats et les disparitions de personnes ont durement marqué la population colombienne.

En Colombie, Action de Carême s’engage à garantir et à protéger le droit à l’alimentation de la population. L’agriculture durable joue un rôle central à cet égard. Plus d’informations sur notre travail et notre programme dans le pays.

Besuch eines Projekts in Kolumbien.
Les projets favorisent la création d'étangs piscicoles, ce qui permet d'assurer la sécurité alimentaire.

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Plus de 40 % des exportations mondiales de riz proviennent d’Inde. L’interdiction d’exporter du riz blanc imposée par le gouvernement au mois de juillet rend encore plus précaire la situation des pays les plus défavorisés comme le Népal ou le Sénégal, qui souffraient déjà de la forte hausse des prix des denrées alimentaires de base.

En raison de pluies de mousson tardives ou trop abondantes, l’Inde s’attend cette année à une mauvaise récolte de riz. Afin de stabiliser les prix déjà en hausse dans le pays, le gouvernement a décidé, le 20 juillet dernier, d’interdire l’export de certaines variétés de riz. La décision est avant tout motivée par des questions de politique intérieure et vise à obtenir l’adhésion des classes les plus défavorisées, qui joueront un rôle important lors des prochaines élections de 2024.

Nouvelle augmentation du prix du riz

Pour plus de trois milliards d’individus, le riz représente un aliment de base. En 2022, l’Inde a exporté plus de dix millions de tonnes des variétés de riz frappées d’interdiction d’exportation, en particulier vers des pays d’Afrique comme le Bénin, le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Togo, mais aussi vers les pays voisins comme la Chine, le Bangladesh ou le Népal. La situation des populations pauvres de ces pays, qui doivent déjà faire face à une hausse des prix des aliments de base suite à une météo capricieuse et à l’attaque russe en Ukraine, devient problématique.

Le Népal, deuxième plus grand importateur de ces variétés de riz après le Bénin, souffre en outre cette année de mauvaises récoltes dues à une grande sécheresse, et le prix du riz a déjà sensiblement augmenté dans le pays.

Eine trägt einen 30 Kilogramm schweren Reisbeutel auf ihrer Schulter.
Le Népal est fortement dépendant des importations de riz indien.

L’espoir renaît 

« Il semble toutefois que le Népal puisse s’assurer, grâce à des négociations avec l’Inde, au moins une partie des exportations habituelles pour cette année également », explique Samrat Katwal, qui coordonne les projets d’Action de Carême en lien avec l’alimentation au Népal. Il y a donc de l’espoir que l’interdiction d’exporter n’aggrave pas trop les choses.

Néanmoins, la situation alimentaire reste difficile pour de nombreuses personnes. « En cas de hausse des prix, elles sont contraintes de s’endetter davantage en renforçant ainsi leur dépendance. De telles situations renforcent les structures de pouvoir existantes qui emprisonnent les plus vulnérables de la société dans un cercle vicieux de pauvreté. » 

L’agroécologie fait partie de la solution

La transformation de l’agriculture selon les principes de l’agroécologie, telle qu’elle est soutenue au Népal, au Sénégal et dans d’autres pays d’intervention d’Action de Carême, contribue à lutter contre ce phénomène. Il s’agit d’une agriculture adaptée aux conditions locales et respectueuse de l’environnement, qui offre par ailleurs une meilleure résistance aux conséquences du réchauffement climatique. « Les pratiques agricoles traditionnelles apportent des réponses possibles à cette crise », affirme Samrat Katwal. « La sagesse des ancêtres recèle un grand potentiel pour faire face aux problèmes actuels. »

Les organisations partenaires d’Action de Carême en Asie, en Afrique et en Amérique latine s’engagent pour des approches agroécologiques. Pour en savoir plus :

Agroécologie : une science doublée d’un mouvement social – Action de Carême

Ein agrarökologisches Feld in einem nepalesischen Dorf.
Afin de réduire durablement la faim, Action de Carême mise sur une agriculture adaptée aux conditions locales et respectueuse de l'environnement.

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Grâce à l’action de Justiça nos Trilhos, une organisation partenaire d’Action de Carême, la municipalité d’Itapecuru-Mirim s’est dotée en juin 2023 d’une loi garantissant un contrôle social et transparent des ressources fiscales de l’exploitation minière. Une première dans ce pays qui pourrait encore faire des émules.

François Mercier, responsable Matières premières et droits humains

Depuis des années, Justiça nos Trilhos (qui signifie « justice sur rails »), avec l’appui d’Action de Carême, dénonce l’impact de la plus grande mine de fer au monde à Carajás, dans l’Amazonie brésilienne. Pour transporter le minerai de fer depuis cette mine jusqu’au port le plus proche, à São Luís, une ligne de chemin de fer de près de 900 km a été construite. Jour et nuit, 48 trains de 330 wagons chacun traversent les localités situées le long de la voie ferrée. Il faut 15 minutes pour qu’un train passe. Les habitant·e·s des villages souffrent du bruit et des accidents réguliers causés par les trains. L’énorme bénéfice de la mine n’est pratiquement pas versé aux villages concernés le long des voies ferrées.

Les manœuvres opaques des multinationales

En juillet 2022, Justiça nos Trilhos dénonçait en particulier les manœuvres fiscales de la multinationale VALE. Dans cette étude réalisée en collaboration avec Action de Carême, il ressort que les exportations de fer, qui s’appuient sur des filiales logées en Suisse, sont systématiquement sous-facturées.

La loi brésilienne prévoit que les taxes liées à l’exploitation du fer soient réparties entre le gouvernement national, l’état concerné et les municipalités affectées. Or, ces dernières n’en ont jusqu’à présent pas ou peu profité en raison de l’évitement de l’impôt pratiqué par l’entreprise, mais aussi de l’opacité de la gestion municipale et de la corruption.

Les bénéfices fiscaux de l’exploitation minière profitent désormais à la population

Les communautés affectées sont pour la plupart pauvres et sans ressources. Justiça nos Trilhos a entamé des discussions avec la population ainsi que de nombreuses municipalités sur le sujet de la péréquation fiscale et de l’utilisation des ressources. Ces pourparlers commencent à porter des fruits : le 1er juin 2023, Itapecuru-Mirim a adopté la loi 1601/2023, qui prévoit la création d’un comité avec participation citoyenne pour la gestion des ressources fiscales provenant de l’exploitation minière. Grâce à cette loi, 50 % des ressources fiscales seront affectées directement au développement durables des communautés les plus touchées. Les discussions se poursuivent avec d’autres municipalités pour des projets similaires.

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En Afrique du Sud, la politique agricole ne prend pas en compte l’approche agroécologique. Afin de contrer les effets du réchauffement climatique, de nombreuses agricultrices et agriculteurs sud-africains s’engagent donc auprès de réseaux locaux et nationaux. L’agroécologie est-elle la bonne voie vers un modèle agricole socialement équitable et respectueux du climat ? Une étude d’Action de Carême se penche sur cette question. Elle explore comment renforcer les initiatives agroécologiques en Afrique du Sud, ainsi que les moyens d’ancrer une stratégie nationale d’agroécologie dans la politique agricole du pays. 

Un commentaire de Claudia Fuhrer, responsable Justice alimentaire à Action de Carême 

De nombreux réseaux locaux et nationaux d’agricultrices et agriculteurs ainsi que d’organisations non gouvernementales voient dans l’agroécologie une alternative à l’agriculture industrielle : elle met un frein au réchauffement climatique et respecte les droits des familles paysannes. L’étude d’Action de Carême analyse les forces et les faiblesses des efforts en matière d’agroécologie en Afrique du Sud en s’appuyant sur des entretiens et des visites de terrain auprès de 35 organisations et réseaux.  

Des défis subsistent 

L’étude met en lumière les lacunes dans la mise en œuvre de l’agroécologie en Afrique du Sud. Les initiatives agroécologiques sont encore largement fragmentées, et une compréhension commune de l’agroécologie reste à établir. De plus, la plupart des agricultrices et agriculteurs impliqués cultivent des petites parcelles et des jardins familiaux. En grande partie constituée de femmes âgées, cette population est souvent marginalisée dans la société et fait face à la prédominance de l’agriculture industrielle. 

L’agroécologie est une alternative viable

L’étude conclut que les initiatives agroécologiques peuvent servir de base à des alternatives à l’agriculture industrielle, tout en promouvant le droit à l’alimentation. Afin de favoriser un tel développement de l’agroécologie en Afrique du Sud, il est nécessaire de mettre en place une coordination efficace, de renforcer et de créer des liens entre les différentes initiatives agroécologiques, tout en établissant une stratégie commune pour influencer la politique agricole nationale. Un financement adéquat de la part de l’État est notamment essentiel pour soutenir les initiatives existantes. 

Vous trouverez ici l’étude en anglais

Les organisations partenaires d’Action de Carême en Asie, en Afrique et en Amérique latine s’engagent pour des approches agroécologiques. Pour en savoir plus sur l’agroécologie, c’est par ici.

L'agroécologie est une agriculture adaptée aux conditions locales et respectueuse de l'environnement. Dans nos projets, cette approche est centrale pour réduire la faim.

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« Sois le changement que tu veux voir dans le monde. » Ces paroles prononcées par Mohandas Gandhi nous interpellent toutes et tous. Elles nous rappellent que chacune de nos actions ou de nos omissions a des répercussions sur la planète et sur la vie des générations futures.

Un commentaire de Selina Stadler, responsable communication de la campagne œcuménique

Avec sa devise « De quel monde voulons-nous être responsables ? », la Campagne œcuménique 2023 aborde tout particulièrement la question des conséquences de nos actes. Le thème de la responsabilité est souvent mis en relation avec les notions de devoir et de faute. Il s’agit toutefois aussi d’une occasion à saisir : nous pouvons et devons faire ce qui est en notre pouvoir pour susciter des changements positifs en adoptant une conduite responsable. Troisième volet du cycle relatif à la justice climatique, la campagne 2023 met l’accent sur la nourriture et le droit à l’alimentation pour toutes et tous.

Tout est étroitemnt lié

Climat, faim et planète sont autant de thématiques de premier plan. Quel impact peuvent avoir mes habitudes alimentaires ? La manière dont nous produisons et consommons notre nourriture représente l’un des principaux facteurs de la crise climatique, puisque plus d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre sont liées à la production alimentaire. Toutes les opérations qui mènent du champ à l’assiette sont en cause : agriculture, transformation, conditionnement, transport et consommation. Les changements climatiques entraînent des événements extrêmes tels que sécheresses, fortes précipitations et ouragans, lesquels mettent à leur tour en péril la production de nourriture et, de ce fait, le droit à l’alimentation de millions de personnes. Ce phénomène plonge les familles paysannes de l’hémisphère Sud dans la faim et la pauvreté alors qu’elles contribuent le moins au dérèglement climatique.

L’agroécologie comme réponse

Si l’agriculture industrielle représente l’une des principales sources de gaz à effet de serre à l’origine de la crise climatique, l’agroécologie, au contraire, propose d’importantes pistes de solution. En effet, cette démarche axée sur la production d’aliments sains et variés, sans recours aux pesticides ni surexploitation des ressources, vise aussi la mise en place de relations commerciales et de conditions de travail dignes et équitables. En plus de promouvoir l’agroécologie à travers la réalisation de projets, la Campagne œcuménique demande aussi aux responsables politiques de prendre davantage d’initiatives dans le domaine. À l’échelle individuelle, nous pouvons apporter notre soutien à une politique qui favorise les droits des paysannes et paysans, promeut les semences locales et lutte contre le dérèglement climatique. Lorsque nous consommons des aliments locaux, de saison et produits de manière équitable, nous agissons au niveau économique, politique, écologique et social. Et nous contribuons à un monde plus juste et sans faim. Ensemble, faisons la différence !

Vous pouvez découvrir la campagne ici.

Vous trouverez le communiqué de presse de la campagne œcuménique 2023 ici.

La Campagne œcuménique en bref 

Depuis 1969, l’EPER et Action de Carême organisent chaque année une Campagne œcuménique durant les six semaines qui précèdent Pâques. Les deux organisations ont été rejointes, en 1994, par Être Partenaires, l’œuvre d’entraide de l’Église catholique-chrétienne de la Suisse. La Campagne œcuménique vise à sensibiliser le public aux inégalités à l’origine de la famine et de la pauvreté qui touchent plus de 800 millions de personnes dans le monde. Toutefois, prendre conscience de cette réalité ne suffit pas. C’est pourquoi les trois œuvres d’entraide proposent des possibilités d’action concrètes : changer son mode de consommation, faire un don pour soutenir les personnes des pays du Sud impliquées dans les projets, participer à une action… Ainsi, la Campagne œcuménique devient un exemple on ne peut plus concret de solidarité. Les trois organisations mènent des projets de développement et des projets climatiques dans plusieurs pays du Sud. Elles promeuvent, entre autres, le droit à l’alimentation pour toutes et tous et la justice climatique.